Des sources avaient souligné, il y a un an, que le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, était parfois «colérique», pouvait «perdre le contrôle» ou «crier après les gens», créant un «climat de terreur»

Lehouillier: les plaintes de harcèlement sous enquête

Près d’un an après le dépôt de trois plaintes pour harcèlement psychologique contre le maire de Lévis Gilles Lehouillier, la CNESST amorce son enquête, a appris Le Soleil.

Il s’agit d’une étape importante dans le processus du dépôt d’une plainte puisque l’enquête de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pourrait aboutir devant le tribunal administratif du travail, qui tranchera la question.

Dans son site Internet, la CNESST explique le cheminement d’une plainte : l’analyse préliminaire, la médiation (libre et volontaire), l’enquête, la préparation du dossier en vue de l’audience, et l’audience devant le tribunal administratif. La fermeture d’une plainte comme le processus de médiation peuvent survenir jusqu’au moment du passage devant un juge.

À l’automne, le maire Gilles Lehouillier avait dit ne pas fermer la porte à la médiation. «On va participer à toutes les étapes», avait-il déclaré. La médiation vise à trouver une entente négociée plutôt que de débattre du dossier devant le tribunal administratif.

Joint au téléphone, un représentant de la Ville de Lévis ne pouvait parler du litige en cours. «Je dois vous indiquer qu’on ne commente pas l’évolution du processus. On a toujours dit qu’on ne ferait pas de commentaires afin de ne pas interférer dans le dossier», a fait savoir le directeur général adjoint, Christian Tanguay.

Même son de cloche à la CNESST. «Les plaintes en matière de normes du travail, ainsi que leur traitement, sont confidentielles, et ce tout au long du processus incluant leur dénouement. Si les dossiers ne se règlent pas dans le cadre d’un processus de médiation, ils seront déférés devant le tribunal administratif du travail. La diffusion publique d’informations sur ces dossiers relève alors de cette instance», a-t-on répondu au Soleil par courriel.

En septembre, Radio-Canada révélait le dépôt de trois plaintes concernant des événements qui se sont déroulés lors du premier mandat du maire entre 2013 et 2017. Les situations alléguées concernent plusieurs «altercations verbales et une altercation physique», rapportait alors la société d’État.

Jointes par Le Soleil, des sources avaient confirmé que le maire était parfois «colérique» et pouvait «perdre le contrôle». Selon leurs dires, il pouvait piquer des crises au point de «déchirer des dossiers» et «crier après les gens». Une ex-employée a aussi raconté avoir travaillé dans «un climat de terreur». 

Pour se défendre, M. Lehouillier avait évoqué le désir de «vengeance». «Je connais la façon dont je traite les gens qui m’entourent et laissez-moi vous dire que j’ai la conscience très tranquille», avait-il déclaré la journée même des révélations.

«Je n’ai pas l’intention de me laisser distraire. J’ai bâti une carrière publique depuis 32 ans. Jamais je n’accepterai qu’on s’attaque injustement à ma réputation», avait conclu le maire.

Code resserré

Parallèlement, la ministre des Affaires municipales a déjà amorcé une réflexion concernant le resserrement du code d’éthique et de déontologie des élus lorsqu’une plainte est déposée devant la Commission municipale du Québec.

Le Soleil a voulu savoir si la question du harcèlement psychologique, assortie de sanctions plus sévères, pourrait faire partie de cette réflexion. 

À ce sujet, la réponse de son Cabinet demeure vague. «La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation a l’intention de resserrer les règles d’éthique et de déontologie. Son ministère travaille sur des propositions en ce sens. Il est cependant encore trop tôt pour présenter les résultats de ces travaux ou pour commenter les analyses en cours», a répondu par courriel son attachée de presse.