Le Conseil régional de l’environnement souhaite mettre en lumière des chiffres qui semblent être mis de côté dans le projet de troisième lien depuis son annonce.

Le troisième lien «incohérent» selon les tendances démographiques

Avec les tendances démographiques annoncées pour la région de Québec, entre autres une plus grande quantité de personnes aînées, le projet de troisième lien entre les deux rives deviendrait «contre-intuitif».

Le Conseil régional de l’environnement de la Capitale-­Nationale (CRE) estime que les enjeux démographiques représentent un aspect important dans la réflexion de l’aménagement du territoire, et donc de la construction d’un tel projet d’infrastructure qu’est le tunnel Québec-Lévis.

Le CRE souhaite mettre en lumière des chiffres qui semblent être mis de côté dans ce projet qui envahit les médias et l’opinion publique depuis son annonce. Il a publié vendredi une analyse détaillée sur la question de la démographie, un groupe travaille sur le document depuis le mois de novembre. 

«Les chiffres démontrent qu’on n’a absolument pas besoin d’un troisième lien à l’est. On a souvent entendu qu’il fallait prévoir pour les générations futures... Et je savais qu’on avait un problème de vieillissement, mais je ne savais pas que c’était aussi important que ça», exprime Alexandre Turgeon, directeur général CRE Capitale-Nationale.

Selon des chiffres dévoilés par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la population de la Rive-Sud de Québec se verrait perdre environ 8000 personnes entre 20 et 64 ans alors qu’elle gagne 24 000 personnes de 65 ans et plus, pour une croissance totale de 12 400 personnes, entre 2016 et 2041. Quant à la Rive-Nord, elle accueillera environ 70 000 aînés en plus et quelque 550 personnes chez les 20-64 ans, sur une croissance totale de 80 000 personnes. 

«Sachant que les 20-64 ans composent la majeure partie des travailleurs et étudiants, qui eux-mêmes sont les principaux responsables du trafic sur les ponts aux heures de pointe, la baisse de cette population sur la Rive-Sud, qui est d’ailleurs déjà entamée, laisse présager une atténuation des pics de circulation. Cela même sans compter sur toutes les autres alternatives qui pourraient y contribuer plus efficacement qu’un troisième lien», indique le CRE, dans un communiqué.

Experts unanimes

Le scénario de l’ISQ suppose aussi une forte augmentation de l’immigration et un rehaussement de la fécondité, mais «il permettrait à peine à la population des 20-64 ans de se maintenir d’ici 2030».

Le CRE rappelle aussi que les habitudes de déplacements seront décidément différentes dans les années à venir.

«Plusieurs éléments nous permettent également de présager que les jeunes générations seront moins attirées par le mode de vie tout-à-l’auto, proposé par les promoteurs du troisième lien.»

M. Turgeon est d’avis que les villes de la région «surévaluent» les besoins en demande de logement résidentiels. «À force de trop construire ce type d’habitation, pour des familles, il va commencer à manquer d’acheteurs quand les personnes âgées vont vendre leur maison», insiste-t-il.

L’organisation appelle donc le gouvernement du Québec et les autres promoteurs du troisième lien à dévoiler les chiffres justifiant l’infrastructure. 

«Tous les experts qui se sont penchés sur la question démentent les arguments un après l’autre, il faut faire connaître les chiffres, et surtout ramener un peu de raison dans le débat. Ce n’est juste pas raisonnable, la population n’est pas stupide, les Québécois n’accepteront pas un investissement démesuré pour un non-besoin. Il faut prendre les chiffres pour ce qu’ils sont», termine M. Turgeon. 

Analyse détaillée du CRE > ici