Au Club social Victoria, à la jonction des quartiers Saint-Roch et Limoilou, environ 250 personnes ont bravé la queue de la tempête pour se faire expliquer le tramway, le trambus et les autres bonifications prévues au réseau de transport collectif d’ici 2026.

Le tramway fait salle comble

«Je ne croyais pas voir ça de mon vivant.» Le commentaire, à connotation positive, a été entendu plusieurs fois lors de la première séance d’information et de consultation sur le réseau structurant de transport en commun (RSTC), mercredi soir.

Salle comble au Club social Victoria, à la jonction des quartiers Saint-Roch et Limoilou, pour ce premier rendez-vous citoyen organisé par la Ville de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC). 

Environ 250 personnes ont bravé la queue de la tempête pour se faire expliquer le tramway, le trambus et les autres bonifications prévues au réseau de transport collectif d’ici 2026. Il y en a pour 3 milliards $, financés par les gouvernements du Québec et du Canada.

La très grosse majorité des citoyens qui se sont présenté au micro étaient ravis du projet présenté. Les organisateurs ont eu droit à de nombreuses félicitations, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre de rencontre. 

Une critique est revenue plusieurs fois : l’ajout de voies sur le boulevard Charest entre la rue Marie-de-l’Incarnation et le boulevard Langelier pour permettre le passage du trambus sans nuire aux automobiles. Les intervenants y détectent une atteinte potentielle à la quiétude du quartier. Selon eux, il ne faut pas avoir peur de sacrifier des voies automobiles pour favoriser le transport en commun. 

Le directeur du Bureau du transport de la Ville de Québec, Marc Des Rivières, a défendu la position municipale en faisant valoir qu’autrement, les navetteurs risquent de se rabattre sur les rues parallèles pour éviter tout ralentissement. 

Une suggestion a aussi été répétée : faire connaître les coûts réels de possession d’une automobile aux citoyens. Martial Van Neste, président de la Table de concertation vélo des conseils de quartier, a fait valoir qu’un bon réseau de transport collectif n’est pas une dépense, mais un investissement collectif. «Pourquoi on fait ça? Parce que ça coûte moins cher», a-t-il laissé tomber. 

Trois autres séances d’information et de consultation auront lieu jeudi à 19h au campus de Charlesbourg du Cégep Limoilou, samedi à 9h au Centre communautaire Michel-Labadie sur l’avenue Chauveau, et samedi à 14h à l’Édifice Andrée-P.-Boucher à Sainte-Foy.

Contre l'auto

Un citoyen, Rémy Lacasse, a dénoncé que «le tramway va être un emmerdement pour l’automobile». Il a réclamé l’impact économique de son arrivée sur les commerces, qui selon lui vont «crever» tout le long du tracé. «Vous allez créer un trou de beigne à l’intérieur de la ville», a-t-il dénoncé, recueillant très peu d’appuis dans la salle.  

La rencontre avait débuté par le mot de bienvenue du maire Régis Labeaume, qui a raconté comment son équipe s’est dissociée d’un mode de transport après l’abandon du service rapide par bus (SRB) pour plutôt imaginer un réseau. Il s’est fait rassurant sur le budget, insistant sur la réserve de 500 millions $ pour imprévus. 

M. Labeaume a aussi assuré qu’il y avait encore de la place pour des améliorations, à condition de faire vite car il a hâte de lancer les ingénieurs dans les plans et devis. L’issue du projet ne fait pour lui pas de doute: «Je vous garantis qu’il va marcher, je vous jure qu’il va marcher.»

Le maire n’a pu s’empêcher d’exprimer son «plaisir» que «la planète politique au Québec, tous les partis politiques importants ont appuyé le projet». «Hier soir, au conseil, vous le croirez pas, ça a été accepté à l’unanimité», a-t-il fait remarquer, Le chef de Québec 21 et de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin, présent sur place, a grimacé devant la bravade.

Trois autres séances d’information et de consultation auront lieu jeudi à 19 h au campus de Charlesbourg du Cégep Limoilou, samedi à 9 h au Centre communautaire Michel-Labadie sur l’avenue Chauveau, et samedi à 14 h à l’Édifice Andrée-P.-Boucher à Sainte-Foy.

Le RTC a fusionné sa propre tournée d’information avec celle de la Ville de Québec. Si bien que les rencontres prévues la semaine prochaine ont été annulées, l’objectif étant de «permettre aux citoyens d’obtenir des réponses à toutes leurs questions en un seul endroit».

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QUESTIONS CITOYENNES, RÉPONSES MUNICIPALES

Le maire n’a pu s’empêcher d’exprimer son «plaisir» que «la planète politique au Québec, tous les partis politiques importants ont appuyé le projet».

Q Le tramway desservira-t-il un jour l’aéroport de Québec et le futur train à grande fréquence (TGF)?

R Dans un horizon prévisible, non, a répondu le directeur général du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Alain Mercier. C’est plutôt le futur parcours d’autobus numéro 6, qui sera en opération au printemps 2019, qui fera le lien entre l’aéroport international Jean-Lesage et le tramway. Une correspondance est prévue au pôle d’échanges de Sainte-Foy. La gare du Palais sera pour sa part desservie par le trambus et celle de Sainte-Foy par un parcours régulier de bus. Si les installations sont modifiées pour accommoder un éventuel TGF, des discussions auront lieu pour ajuster l’offre de transport en commun. 

Q À quelle profondeur circulera le tramway dans sa partie tunnel? 

Les ingénieurs ne peuvent s’avancer sur la profondeur des tunnels avant la réalisation des plans et devis. Benoît Carrier, chef de projet du réseau structurant de transport en commun (RSTC), a toutefois indiqué que sous la place d’Youville, le tramway pourrait rouler environ six mètres sous terre. Par la suite, il plongera sous le stationnement D’Youville. Le long du boulevard René-Lévesque, il devra passer sous le Centre des congrès et les passages piétons souterrains afférents. À la hauteur de la rue Cartier, le tunnel sera moins profond, car il faut émerger à l’avenue des Érables. 

Q Pourquoi avoir choisi le boulevard René-Lévesque plutôt que le chemin Sainte-Foy pour le tramway? 

R Benoît Carrier a convenu que le chemin Sainte-Foy est un «axe très fort» dont le potentiel a été étudié au même titre que le boulevard René-Lévesque. Par contre, les usagers du transport en commun s’y déplacent souvent sur de courtes distances. Comme les arrêts d’un tramway sont plus éloignés les uns des autres, l’effet est plus «bénéfique» sur René-Lévesque. La largeur de l’emprise du chemin Sainte-Foy est aussi très variable d’un tronçon à l’autre, ce qui affecterait la performance du tramway et compliquerait la vie des automobilistes, a expliqué le chef de projet.  

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