Le président du RTC Rémy Normand

Le tramway est le plus optimal pour Québec, tranche Systra dans une étude [VIDÉO]

La Ville de Québec peut se rassurer : le tramway est le mode de transport le mieux adapté pour son territoire, tranche la firme Systra Canada. La ville serait trop petite pour un métro. L’étude comparative, dont les conclusions sont appuyées par deux experts de HEC Montréal, reste cependant incomplète aux yeux de Québec 21.

«Il n’y a tout simplement pas assez de monde, la densité de la population est importante. Québec se rapproche des villes qui choisissent d’implanter un tramway plutôt qu’un métro. Indépendamment des coûts de production, le métro ne serait pas une solution rentable», insiste Robert Vallée, professeur aux HEC qui s’est penché sur le dossier. 

Systra avait été mandatée au printemps dernier pour réaliser une étude comparative, qui se voulait indépendante. Cette étude avait été exigée par le ministère de l’Environnement afin de répondre aux préoccupations citoyennes. Il est à noter que la Ville de Québec travaille déjà depuis 10 ans sur le réseau structurant.

Le tramway, le train léger sur rail, le monorail et le métro sont les types de transports qui ont été considérés. Or, seulement le tramway et le métro ont été retenus pour une analyse approfondie. 

«Un métro serait surdimensionné et trop coûteux pour les besoins de Québec. Les coûts de construction sont généralement de quatre à cinq fois supérieurs à ceux du tramway», résume le président du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Rémy Normand.

Même que Systra a étudié deux options pour le métro, un parcours court (16,3 km) et un parcours long (20,5 km). Le tramway veut quant à lui s’étirer sur 23 km.

Les conclusions de l’étude montrent que le tramway serait le seul projet réaliste pour Québec. L’achalandage attendu serait faible pour justifier le choix d’un métro, puis sa construction demeure très coûteuse. Ces coûts dépendent d’autres facteurs imprévisibles, tels que la nature des sols dans lesquels il serait implanté. 

Le train léger est écarté en raison de son «gabarit difficilement compatible» avec le territoire de Québec. Le trajet aurait aussi trop de courbes pour un tel type de transport. Pour le monorail, les conséquences de son installation sur le territoire urbain de la ville seraient trop importantes. 

Pour «assurer la transparence» de l’étude réalisée par Systra, les deux professeurs de HEC Montréal ont révisé les démarches. M. Gagné et Jacques Roy ont appuyé toutes les conclusions.

La facture pour les études s’élève à 178 000 $ pour l’instant. 

Conditions climatiques

Quelque 400 villes partout dans le monde ont implanté un tramway, les différents projets ont d’ailleurs aidé Systra dans la prise de décision. Québec a été comparée à la ville d’Helsinki, en Finlande, où les chutes de neige et la température seraient des facteurs similaires.

«Deux facteurs importants qui vont faire que le rail du tramway va se retrouver recouvert par la neige, bloqué. La ville d’Helsinki a mis sur pied des façons pour maintenir le service [...] Les tramways eux-mêmes peuvent sortir la neige du rail, s’il y a beaucoup de neige, on fait intervenir des engins spéciaux. C’est une logistique à mettre en place, on repose beaucoup sur la réactivité des opérateurs pour assurer les services», exprime Maud Bernard, de la firme Systra.

Il est aussi mentionné dans les documents d’étude, mis en ligne sur le site www.reseaustructurant.info, que même avec les coûts d’exploitation évidents qui viendront pour le tramway, le coût final serait inférieur à celui de la construction d’un métro court. Mme Bédard ne peut cependant pas s’avancer sur des coûts précis, seulement des fourchettes de prix larges sont fournies. L’étude de production nous informera de la suite.

M. Normand ajoute d’ailleurs que d’autres études viendront cet automne. Autres étapes à venir : des façons de minimiser les impacts sur les résidents et commerçants ainsi que le lancement de «comités de bon voisinage» pour faciliter le dialogue. 

Une étude incomplète

«On travaille à l’envers, on a choisi le mode de transport avant l’étude comparative», a lâché Patrick Paquet, conseiller de Québec 21. 

Systra Canada travaillait déjà sur la conception du tramway de Québec avec la Ville avant de réaliser le mandat de l’étude. L’opposition de la Ville juge donc qu’elle aurait pu prédire le résultat de cette étude et remet en question la crédibilité de Systra. «Si on avait vraiment voulu une étude indépendante, on ne l’aurait pas demandé à Systra, insiste Jean-François Gosselin. Elle a été réalisée à partir de moyennes de chiffres de projets de partout dans le monde. Ça ne tient pas compte des spécificités de la ville de Québec.»

Étant donné que les aspects spécifiques n’ont pas été pris en compte ni calculés dans les fourchettes de prix estimées, Québec 21 indique que les coûts avancés seront encore plus grands. 

250 M$ d’écart

Rémy Normand a été questionné à propos d’un écart important dans les montants avancés pour le projet du tramway. Sur son site, et depuis plusieurs mois, on parlait de 2 milliards $ pour le coût total. C’est d’ailleurs ce qui était indiqué sur le site officiel du réseau structurant avant 11h30 jeudi. Dans le document de Systra, on parlait plutôt de 2,26 milliards $.

«Arrêtez de gosser sur des petites affaires. C’est toujours à 2,264 milliards $ le projet. On ne chipotera pas. On va rentrer dans le budget», avait répondu M. Normand. 

Le conseiller Jean Rousseau juge que «l’on prend à la légère le fait qu’il y ait des différences de coût dans la planification». «C’est un peu dommage, c’est une attitude de désinvolte.»

Du côté de Québec 21, M. Gosselin n’a pas mâché ses mots. «250 millions $, si M. Normand trouve que c’est des détails, on est dans le trouble.»

Le site du réseau structurant a été mis à jour depuis la conférence de presse. Le coût total a été ajusté. 

+

15 000 LAISSEZ-PASSER POUR J'AI MA PASSE

Le mouvement de soutien au Réseau structurant de transport en commun semble prendre de l’ampleur : J’ai ma passe a rassemblé 15 000 adhérents.

La campagne compte aussi sur le soutien de 15 employeurs majeurs et plus de 60 commerces. 

«On le sent sur le terrain : les gens ont envie que l’on facilite leurs déplacements, mais surtout que l’on mette de l’avant des projets de mobilité durable qui soient écologiques. On sent vraiment un engouement de la population pour le Réseau structurant de transport en commun. Plus de 50 personnes se sont portées volontaires pour être bénévoles», indique Angèle Pineau-Lemieux, agente de mobilisation pour J’ai ma passe.

Les citoyens qui se procurent gratuitement leur laissez-passer sur le site jaimapasse.org auront un premier passage dans le futur Réseau structurant de 2026. 

J’ai ma passe est une initiative de Accès transports viables, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, le Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale, Équiterre et Vivre en Ville.  Judith Desmeules