La donne change maintenant que le premier ministre du Québec et ses lieutenants ouvrent la porte au rail, croit le maire de Québec.

Le tramway de retour sur les rails

Le tramway redevient une «hypothèse sérieuse» pour Québec, a annoncé jeudi le maire Régis Labeaume.

«J’ai eu le signal du premier ministre du Québec [Philippe Couillard] et du ministre responsable de la région de Québec, Sébastien Proulx, qu’ils sont ambitieux pour Québec et que pour eux autres, un tramway, c’est une hypothèse dans laquelle ils sont prêts à embarquer», a déclaré le maire de Québec, jeudi.

«Pour nous autres, ça devient une hypothèse sérieuse dans la mesure où le premier ministre nous dit : nous autres, on est prêts à embarquer là-dedans. C’est une hypothèse sérieuse pour nous autres si ça a du bon sens», a-t-il poursuivi.

M. Labeaume a rappelé avoir déjà «travaillé fort là-dessus», mais s’être fait répondre qu’il n’y avait pas d’argent disponible pour un si gros projet. D’où le choix du service rapide par bus (SRB) en 2015.

La donne change maintenant que le premier ministre et ses lieutenants ouvrent la porte au rail, dit l’élu municipal.

Dans une entrevue accordée au Soleil, mercredi, André Fortin a donné carte blanche à l’administration Labeaume pour son projet de réseau de transport structurant : «Ces décisions appartiennent aux villes, que ce soit Québec ou ailleurs. Nous, on n’a pas de préjugé plus favorable pour un mode de transport ou un autre. On veut attendre de voir ce que le maire [Régis Labeaume] va mettre sur la table.»

Le maire a reçu le même signal la semaine dernière de la part du premier ministre et doit lui reparler prochainement.

M. Labeaume a promis en campagne électorale d’améliorer les services de transport en commun en banlieue, particulièrement dans le nord et l’est de Québec. Il n’est toutefois pas acquis que le tramway se rende jusque-là.

«Pas obligé d’avoir un système uniforme partout parce qu’il faut l’opérer après. Pour l’opérer de façon bénéficiaire avec un tramway, il faut qu’il y ait du monde qui embarque. Alors c’est là où il y a de la densité. On a dit aux gens de la périphérie : il va y avoir un système. Alors on travaille là-dessus. Peut-être que ça ne sera pas la même chose partout parce qu’on l’opère avec les taxes des gens», a expliqué le maire en mêlée de presse en marge de l’étude du budget en comité plénier.

«Il faut trouver la balance entre le bon système à la bonne place, là où il y a de la densité et il y a moins de densité. C’est toujours une question de revenus et de dépenses.»

M. Labeaume n’a pas dit quand il allait dévoiler officiellement ses plans, mais le ministre Fortin a évoqué un dépôt au début de l’année lors de son entrevue au Soleil.

Réactions opposées de l'opposition

Une phrase est venue à l’esprit du chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec après avoir pris connaissance de la nouvelle position du maire : «C’est une blague?»

«Je ne peux pas croire qu’on vient de faire une campagne électorale et il n’en a pas dit un mot, il était contre le projet que Mme [Anne] Guérette proposait», a soupiré Jean-François Gosselin. «Nous, on continue d’être contre. Contre le SRB, contre le tramway», a-t-il répété à plusieurs reprises.

Le seul élu de Démocratie Québec, Jean Rousseau, était au contraire très satisfait. «Je trouve ça extraordinaire. M. Labeaume a lu le programme de Démocratie Québec. Ça ressemble à ce que nous avions présenté lors de la dernière élection. Nous avions d’excellentes idées. La plus belle des flatteries, c’est de se faire copier. M. Labeaume comprend que c’est une technologie d’avenir, prometteuse, qui est appropriée à Québec», a-t-il déclaré.

Selon M. Rousseau, le tracé reste toutefois «un enjeu». Il a souligné que le projet initial du SRB ciblait le boulevard Charest «avec le tiers du trajet qui passait dans des champs». «On ose croire que la notion de générateurs de déplacement va être au cœur de la discussion des tracés», a-t-il lancé, soucieux que les zones denses où les usagers sont déjà rompus au transport commun soient desservies d’abord pour plus de rentabilité. 

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PARTISANS DU TRAMWAY HEUREUX

Les partisans d’un tramway à Québec ont eu une bonne journée, jeudi.

Après le ministre des Transports, André Fortin, c’était au tour du maire de Québec de remettre le projet de tramway à l’ordre du jour. 

«On commence à avoir les conditions gagnantes pour être capable de prendre les meilleures décisions. On a enlevé tous les a priori sur la technologie et sur le tracé. On fait table rase et on va pouvoir travailler avec les vrais critères», a réagi Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables (ATV) et membre du comité de mobilité durable de la Ville de Québec. 

Ce dernier est d’accord avec l’analyse coûts-bénéfices que Québec va exiger. Le tramway, s’il coûte plus cher au départ, représente généralement un meilleur investissement à long terme, plaide M. Grandmont. Il fait valoir que le véhicule est plus durable et que les dépenses d’opération, ressources humaines et entretien, sont également moindres. 

Christian Savard, directeur général de Vivre en ville, organisme aussi favorable au tramway depuis des années, pousse maintenant pour une décision rapide concernant le réseau structurant de transport en commun de Québec. «Il ne faut pas tomber dans une nouvelle ronde de ré-ré-ré-études qui va nous mener à une décision dans trois ans», prévient-il. 

Avec le programme d’infrastructures du gouvernement du Canada pour le transport collectif, «on est capables de diviser la facture et il faut en profiter», dit M. Savard.