Le maire Régis Labeaume
Le maire Régis Labeaume

Le trambus abandonné pour financer le tramway plus cher que prévu

Il n’y aura finalement pas de trambus dans le réseau structurant de transport en commun de Québec. Le bureau de projet réhabilite en lieu et place les moins dispendieux autobus articulés, ce qui lui permet d’économiser 700 millions $ qui seront investis dans le tramway, nettement plus coûteux qu’estimé.

Pour justifier la décision, les experts de la Ville avancent qu’il n’y aura pas assez de passagers entre Limoilou et l’Université Laval pour justifier l’investissement. «L’offre de trambus serait trop capacitaire pour la demande attendue», explique Alejandro Calderon-Quintero, responsable de l'intégration urbaine - Architecture et design urbain. «On passe d’un trambus articulé à un métrobus articulé.»

Une nouvelle ligne de métrobus fera donc son apparition en Basse-Ville, sur le boulevard Charest notamment. Puisque les véhicules circuleront sur des voies réservées, sans aménagements particuliers, l’implantation sera beaucoup moins dispendieuse que celle d’un trambus roulant sur une plateforme spéciale.

«Ce n’est pas que le trambus disparaît. C’est que le trambus est remplacé», insiste Daniel Genest, directeur du bureau de projet. Il répète : le métrobus articulé permettra de répondre amplement à la demande.

Surtout, il y a des économies importantes à la clé : autour de 700 millions $. Des millions requis pour construire une «colonne vertébrale super solide» au réseau structurant de transport en commun, plaide-t-il. Une colonne vertébrale se matérialisant dans le tramway de 22 km qui coûtera 3,1 milliards au lieu de 2,35 milliards $, selon les évaluations financières revues et corrigées.

«C’est le bon moment de faire des choix judicieux», note M. Genest, soulignant que le bureau de projet a multiplié les ajustements au cours des dernières semaines, avant d’inviter des entreprises à soumissionner.

Labeaume confiant

Le maire de Québec, Régis Labeaume, affirme d’ailleurs que l’abandon du trambus est le dernier changement majeur. Le temps serait venu de lancer les appels d’offres afin de profiter d’un marché de la construction qu’il juge favorable — il espère notamment épargner sur le coût du tunnel du tramway sous la Haute-Ville.

La mise de côté du trambus, une de ses composantes importantes du réseau structurant de transport en commun, n’affecterait donc en rien la valeur de l’entreprise : autant de passagers pourront être véhiculés, fait-il valoir. «Ce qui compte pour moi, c’est le résultat final.»

Et cela lui évite de devoir retourner vers les gouvernements supérieurs afin de demander plus d’argent. «Ce qui est écarté, c’est de dépasser 3,3 milliards $.»

https://www.reseaustructurant.info/

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QUÉBEC 21 DEMANDE À LA CAQ DE GELER LE BUDGET DU TRAMWAY

Le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Québec, Jean-François Gosselin, demande au gouvernement national d’intervenir, même de geler le budget du projet de tramway en attendant les prochaines élections municipales.

«Je vais écrire au premier ministre demain», a affirmé l’élu au cours d’un point de presse. «Je demande au gouvernement du Québec s’il continue d’endosser ce projet-là.»

M. Gosselin pense que les députés de la Coalition avenir Québec ne savaient pas que le futur réseau structurant serait amputé de certaines composantes initialement annoncées, dont le trambus. «C’est majeur, c’est gros, ce n’est plus le même projet du tout.»

«Le maire vient enlever des morceaux de son projet. […] Je veux savoir ce qu’ils en pensent: est-ce qu’ils continuent de l’endosser?»

«Est-ce qu’on a le bon projet pour la Ville de Québec ? De moins en moins», évalue le chef de Québec 21. «Ce n’est pas le bon projet pour Québec, ce n’est pas un projet qui a une valeur ajoutée pour Québec.» 

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ACCÈS TRANSPORTS VIABLES «CONSTERNÉ» 

«Consterné» par l’abandon du trambus dans le projet de réseau structurant de transport en commun de la Ville de Québec, Accès transports viables réclame l’intervention des gouvernements supérieurs afin de garantir la livraison de toutes les composantes promises à l’origine.

«La force du [réseau structurant], c’est qu’il permet de mettre le bon mode de transport au bon endroit en prenant compte des besoins de mobilité de la population, du centre jusque dans les couronnes. Abandonner le volet trambus, c’est comme si on lui coupait un bras», critique le directeur général Étienne Grandmont dans un communiqué de presse. 

«La population a été conviée à entrer dans la modernité grâce à un projet qui répondait au grand rattrapage que nous devions faire en matière de transport en commun et de mobilité durable. Nous parlons d’un tel projet depuis le début des années 1990! Les gouvernements doivent s’asseoir pour trouver des solutions pour que ce projet, sur mesure pour la région de Québec, soit réalisé tel que présenté à la population.» 

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LE COMITÉ DE CITOYENS DE SAINT-SAUVEUR DÉNONCE LA PERTE DU TRAMBUS

«Le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) considère que le retrait de la portion trambus du projet de réseau structurant constitue une perte pour notre quartier. Les autres secteurs du centre-ville bénéficieront d’une amélioration de la desserte en transport en commun et du réaménagement des artères qui favorisent la mobilité active. Le quartier Saint-Sauveur reste, encore une fois, en plan.»

Par écrit, le chargé de projet Guillaume Béliveau Côté regrette que la Ville privilégie l’automobile. «Le trambus annonçait une amélioration de la desserte en transport en commun et, plus largement, offrait la possibilité de repenser la mobilité dans le quartier pour qu’elle soit plus durable.»

«Si l’on veut accroître la mobilité active et collective et réduire les impacts négatifs du transit automobile, notamment la pollution atmosphérique et l’insécurité des cyclistes et des piétons et piétonnes, il faut que la Ville pose des actions concrètes rapidement.»