Aymen Derbali a été frappé par l’affluence en entrant dans la cathédrale Holy Trinity. «Ça démontre la générosité du peuple québécois. J’ai été surpris de voir beaucoup de monde comme ça, ça me fait énormément plaisir.»

Le survivant Aymen Derbali célébré à Québec

Elle en avait pris gros sur ses épaules; ça commençait à peser. Elle s’inquiétait. Il était 15h, dimanche, et le héros n’était toujours pas arrivé. Même si une salle plutôt bien remplie l’attendait…

Elle, c’est Béatrice Madeleine Cadrin. Musicienne, productrice, chef d’orchestre, altiste. Frappée par un article publié en décembre dans le Globe and Mail relatant le parcours du combattant de celui qui se laissait désirer, elle avait entrepris d’organiser une cérémonie à la cathédrale anglicane Holy Trinity pour lui venir en aide. Pourquoi là? Parce qu’elle y a chanté ses croyances des années durant avant de s’envoler vers Montréal.

Il était donc 15h. Et elle cherchait désespérément son cellulaire dans l’église du Vieux-Québec pour essayer de le joindre. 

Il était 15h13. Dans le vestibule, le doyen de la cathédrale du culte anglais, Christian Schreiner, faisait les cent pas. À 15h16, le prêtre a interrompu son échange avec Le Soleil. Il s’est décidé, sur les conseils de son équipe, à prendre le micro pour expliquer que la vedette du jour n’était pas encore là.

Sauf que le «célébré», Aymen Derbali, survivant de l’attentat de janvier 2017 contre les fidèles de la Grande Mosquée de Québec, entrait justement. Les dizaines de personnes réunies ont applaudi. Il s’est arrêté un temps, frappé par l’affluence. «Ça démontre la générosité du peuple québécois. J’ai été surpris de voir beaucoup de monde comme ça, ça me fait énormément plaisir.»

Une surprise ambivalente. «Je ne suis pas surpris parce que je connais le fonds, la nature, des Québécois. Sinon je ne serais pas resté ici après un tel drame, une telle tragédie. […] Je reste à Québec depuis 2001. Je n’ai pas changé ma ville. Ça reste toujours ma ville bien-aimée. Ça ne change rien malgré qu’il y ait eu un événement tragique dans ma vie.»

«C’est Aymen qui nous honore tous d’être présent parmi nous», a dit au micro l’imam Hassan Guillet.

Au micro, voici l’imam Hassan Guillet, sorti de l’ombre à la suite d’un discours à la mémoire des victimes de Québec récité peu après l’attentat. «Le 29 janvier 2017, nous avons rencontré le pire de nous. […] Mais aussi nous avons découvert le meilleur de nous.»

«C’est Aymen qui nous honore tous d’être présent parmi nous. […] Aymen, devant le danger, il fuyait pas.» Il a pris des balles pour les autres.

15h31, trêve de mots. Peu après le prêcheur, des enfants armés de violons ont investi l’église. Ils ont canardé l’audience de notes. C’est par la musique que l’hommage a été projeté.

Pendant que les sons apaisaient, dans un coin une bénévole additionnait. Beaucoup de 5 $, beaucoup de 20 $, quelques 100 $.

Peu après le prêche, des jeunes ont joué du violon.

Bilan

Le cellulaire affichait maintenant 18h27. Au bout du fil, Béatrice Madeleine Cadrin. Alors, l’audience a été généreuse? «Je suis très satisfaite.» Combien? Exactement 3178 $. Dont l’équivalent d’une quinzaine de dollars en pesos dominicains!

Mme Cadrin, au-delà d’un article de journal, qu’est-ce qui vous a poussée vers l’action? Elle aimait Québec, ville où elle a élevé sa fille. Elle aimait la sécurité. 

La tuerie l’a commotionnée. Le récit du combat de Aymen Derbali l’a émue. «Ça m’a vraiment marquée, vraiment déchirée, quand ça s’est produit.»

«Il y a des victimes vivantes qui portent les conséquences lourdes de ce qui s’est passé ce soir-là. M. Derbali, entre autres, qui s’est sacrifié pour ses compagnons. […] Je considère comme une responsabilité morale et sociale envers une communauté comme ça qui a vécu une attaque directe. Il faut contrer ça en allant vers eux, par des mouvements de soutien.»