Au fil des ans, il y aurait eu environ 2700 trous creusés pêle-mêle sur le futur site du terminus Saint-Roch pour y enterrer des cercueils de bois.

Le RTC déterre des ossements humains! [VIDÉO]

Le Réseau de transport de la Capitale (RTC) a trouvé des ossements humains à l’intersection des rues de la Croix-Rouge et de la Pointe-aux-Lièvres, dans le terrain qui accueillera un important terminus du futur réseau structurant de transport en commun.

Pas de panique! Les policiers n’ont pas été appelés… plutôt des archéologues spécialisés, des bioarchéologues. 

Pour se situer un peu mieux, souvenons-nous que ce terrain logeait la Croix-Rouge et un édifice du gouvernement fédéral. Les deux ont été rasés pour que puisse germer le «pôle d’échanges Saint-Roch» du RTC. Là se croiseront des bus et le tramway.

Sauf que pour pouvoir construire, il faut d’abord creuser. Et sous terre, il y a des vestiges historiques.

Ancien cimetière

Durant le régime français, avant la Conquête de 1759-1760, des plans d’époque indiquent qu’il y avait des canons dans le champ. Ceux-ci pointaient vers la rivière pour protéger un pont, explique un archéologue consultant de la Ville, Mario Savard. Mais les traces de cette occupation se trouvent sous les couches supérieures occupées par le reliquat des industries qui se sont plus tard installées le long de la Saint-Charles.

Le site a également servi de cimetière. Autour de 1824, la construction de l’hôpital de la marine a été entreprise — celui-ci deviendra l’hospice Saint-Charles au siècle suivant. Et sur le lot étaient enterrés les marins morts, probablement aussi des immigrants qui étaient malades, mais avaient réussi à éviter la quarantaine de Grosse-Île.

Puis, en 1832, le choléra s’est abattu sur la capitale. M. Savard évoque 6000 morts.

Au fil des ans, il y aurait donc eu environ 2700 trous creusés pêle-mêle derrière l’hôpital pour y enterrer des cercueils de bois, avance M. Savard sur la foi des relevés de la paroisse. La grande majorité a cependant été déplacée ultérieurement, probablement vers le cimetière Saint-Charles.

Les archéologues pensaient donc qu’il ne restait que 13 sépultures, poursuit la propriétaire de Truelle et cie, Désirée-Emmanuelle Duchaine, mandatée pour les fouilles. Mais ils en ont déniché plus d’une cinquantaine jusqu’à maintenant.

Travail méticuleux

Ils ne manquent donc pas de boulot. Car ces ossements ne peuvent être simplement pelletés dans des sacs. 

Chaque os est brossé délicatement, photographié, dessiné, scanné avec un appareil le reproduisant en trois dimensions. La pièce est ensuite envoyée dans un labo de Québec pour différents examens qui permettront notamment de déterminer l’âge et le sexe ainsi que les éventuelles maladies qui auraient terrassé le défunt. Puis l’os est envoyé à Montréal. Là-bas, des tests plus poussés permettront d’en apprendre plus sur l’origine ethnique, la cause du décès, le régime alimentaire, etc. 

Pour le Réseau de transport de la Capitale, l’archéologie est une nouveauté. «Il s’agit du tout premier chantier de fouilles au RTC», souligne le président et conseiller municipal Rémy Normand. 

Selon lui, ces recherches historiques ne repousseront pas l’échéancier de construction de l’infrastructure du RTC sur le terrain. M. Normand préfère même que les vestiges soient trouvés maintenant plutôt que pendant les travaux du pôle d’échanges, ce qui freinerait les ouvriers.

Les découvertes ont eu lieu au chantier du futur pôle d’échanges de Saint-Roch du RTC.