C'est la deuxième fois que Cayouche chante aux Fêtes de la Nouvelle-France.

Le «phénomène Cayouche» en Nouvelle-France

«Moi, les villes... je ne suis pas fou de ça.» Mais samedi soir, Cayouche s'est laissé bercer par la capitale et ses admirateurs pour les Fêtes de la Nouvelle-France. Parce que c'est sur scène que cet «Acadien manqué» prend son pied. Entrevue avec cette icône du country dont la popularité ne se dément pas. 
Rendez-vous à 16h, dans le hall du Hilton. Pile à l'heure, le grand gaillard descend de l'ascenseur au même moment où débarque un autobus bondé de Chinois. Il n'est pas difficile à repérer avec sa stature imposante et sa longue barbe grisonnante. «C'est toi la fille de l'entrevue? Viens, on va aller dans une place plus tranquille», lance-t-il. 
Cayouche n'aime pas les foules ni le bruit de la ville. «On est en prison icitte», rigole-t-il, faisant allusion à sa chambre au 14e étage. Le chanteur vêtu d'un vieux blouson de cuir s'attable au restaurant de l'hôtel. «J'aime ça être avec beaucoup de monde, mais quand je suis assis sur un stage», nuance-t-il. Sinon, bien peu pour la frénésie urbaine. 
C'est la seconde fois qu'il chante aux Fêtes de la Nouvelle-France. Chaque spectacle, où qu'il soit, attire les foules. Son succès est tel que plusieurs parlent du «phénomène Cayouche». L'homme qui roule sa bosse depuis près de 25 ans est l'un des seuls artistes de la musique populaire acadienne à avoir vendu plus de 100 000 albums. 
Comment expliquez-vous votre popularité? «Je sais pas, on s'amuse», répond-il avec une simplicité désarmante. «Mon affaire, c'est que c'est plus moi qui fait le show, c'est le monde. Le monde, ça chante, c'est spécial icitte. C'est ça que j'aime des Québécois, ils adorent la musique. Ailleurs, ça crie tout le temps», relate le vieux routier. 
Le Québec serait d'ailleurs plus mordu de country qu'au Nouveau-Brunswick, où est né l'artiste, selon lui. «Ça run icitte», dit-il. «Les festivals country au Québec, ils n'ont pas besoin de subventions, du monde country, il y en a partout. J'ai toujours dit qu'au Québec, les femmes sont belles et les Jouals [Québécois] sont ben», poursuit le chanteur.
«Le country, c'est de la vraie musique. Tu peux t'exprimer, raconter des histoires. J'ai toujours dit que je faisais de la musique pour le petit monde, pas pour les grosses portes là», renchérit Cayouche. Son authenticité n'est d'ailleurs pas étrangère à la popularité de l'homme, qui s'inspire également des «petites choses de la vie» pour créer. 
Influence américaine
Celui qui a passé 17 ans aux États-Unis s'est laissé influencer par les grands du country américain. C'est en retournant au Nouveau-Brunswick qu'il a choisi d'écrire. «Quand je suis arrivé au Canada, j'avais toutes ces mélodies dans la tête, je me suis dit que j'allais mettre des mots sur ce que je voyais au quotidien dans mes chansons.» 
Pour la petite histoire, la fameuse pièce La reine du bingo raconte l'histoire de la femme d'un «bootlegger» du coin de Cayouche. «Il était assis avec son vieux chien, il buvait une bière. Je lui ai demandé où était Émilienne, il m'a dit qu'elle était au bingo. Il m'a dit ensuite, tu vas voir quand elle va arriver, il va lui avoir manqué juste un numéro.» 
Il n'en fallait pas plus pour que la ritournelle naisse. «C'est toutes des petites affaires de même, c'est comment je vois la vie», résume-t-il. D'ailleurs, tel un cordonnier mal chaussé, Cayouche n'écoute jamais de musique, ni même la radio. «Ça me prend juste une phrase pour écrire une toune», confie celui qui a cinq albums à son actif. 
Même si la ville l'épuise un brin, l'homme ne se voit pas ailleurs que sur scène. «J'espère faire encore de la tournée longtemps, je suis trop vieux pour swinger du marteau anyway», pousse le chanteur de 68 ans. Pour l'avenir, il se réjouit de voir que sa musique a une relève. «Le country, les gens grandissent dedans, je suis fier que ça continue.»