Les insectes pourraient permettre à l’humain de s’alimenter dans les prochaines années. Cette solution pour sauver la planète sera abordée à Québec du 2 au 6 juin au Centre des congrès de Québec.

Le monde des insectes comestibles s’en vient à Québec!

Des centaines d’amateurs de bibittes comestibles s’amènent à Québec! Pas seulement pour discuter des meilleures recettes de vers. Il sera aussi question de sous, de gros sous. Et de sauver la planète.

Du 2 au 6 juin, donc, le Centre des congrès de la capitale accueillera des chercheurs venus d’un peu partout dans le monde afin de débattre de l’avenir de notre alimentation. «On attend probablement 500 “académiques” et peut-être quelques centaines d’autres personnes des industries, du gouvernement», annonce le responsable de l’événement, Grant Vandenberg, professeur au département de sciences animales de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Oui, on a aussi pensé à vous, lectrices et lecteurs, qui rêvez d’en croquer! «Le 6 juin, c’est un samedi, on va avoir une activité au Grand marché de Québec.» Kiosques, chef cuisinier aux fourneaux, produits à base d’insectes…

Voilà une façon de présenter l’industrie naissante au grand public. Car il faut bien l’admettre, il n’y a pas encore de grande percée dans le marché alimentaire occidental. «C’est sûr que ce n’est pas aussi populaire ici qu’ailleurs dans le monde. […] Ailleurs, partout, on en mange.»

Le potentiel économique serait néanmoins considérable. «Le marché des insectes comestibles dépasse les 112 millions $US à l’échelle mondiale en 2019 et devrait croître annuellement de 47 % entre 2019 et 2026», selon des données compilées par l’entreprise étatsunienne Global Market Insights. La demande pour des sources de protéines peu dispendieuses, les nouvelles tendances alimentaires, pourraient propulser l’industrie.

«Au Canada, des compagnies d’insectes comestibles sont maintenant bien établies et les produits ont reçu leurs premières accréditations par l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour l’alimentation de la volaille et des poissons», ajoute-t-on dans des documents de la Ville de Québec. «Le Québec compte actuellement plus d’une quarantaine d’entreprises actives ou en démarrage.»

«La production et la consommation d’insectes comestibles connaissent une effervescence en Amérique du Nord», observe également le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. «Ces insectes représentent une nouvelle source de protéines. Dans certaines épiceries, elle peut prendre la forme de farines et de barres énergétiques ou protéinées.»

Élevage intensif

Pour s’emparer des parts de marché, les investisseurs intensifient la production, explique Grant Vandenberg, de l’Université Laval. «Avant, il y avait la consommation par les humains des insectes sauvages. Mais, depuis quelque temps, on assiste à un mouvement très important et assez soutenu d’élevage d’insectes, et pour la consommation humaine, et pour la consommation du bétail.»

Une industrialisation appuyée par le milieu académique. À l’Université Laval, les chercheurs s’intéressent notamment à la récupération des déchets agroalimentaires — «On perd 30 % de ce qu’on produit». Plutôt que de jeter cette ressource, on l’offre à des larves qui s’en nourrissent. Ces larves produites sur une matière destinée à la poubelle sont ensuite intégrées à l’alimentation du bétail, entre autres.

Car, au-delà des dollars à empocher par les entrepreneurs, les insectes offrent une alimentation à haut rendement qui a un impact réduit sur la planète, souligne M. Vandenberg.

Mais il faudra être patient pour que les palais occidentaux s’habituent au goût et à la texture. «Je ne me fais pas d’illusions.» Le bétail sera gavé d’insectes avant les humains.

Il faudra néanmoins s’y faire. «Dans 30 ans, lorsqu’on va être 9 milliards de personnes, il va falloir rationaliser nos ressources alimentaires. […] Dans une perspective de changements climatiques, il va falloir qu’on fasse quelque chose.»

À Québec, durant le congrès de la première semaine de juin, il sera question de cette utilisation optimisée des ressources afin de nourrir la population mondiale. Il sera également question : de moulée d’insectes pour les animaux de compagnie; d’économie; du dégoût ressenti par les consommateurs; des méthodes d’élevage; des équipements de ferme; de la transformation en produit d’épicerie; de santé; etc. «Ça couvre très très large.»

Le congrès Insects to Feed the World 2020 est une création de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Il s’agirait du seul congrès d’envergure internationale spécialisé en production en masse d’insectes comestibles.

La première édition du congrès a eu lieu aux Pays-Bas en 2014. Le second rassemblement a eu lieu en 2018 à Wuhan, en Chine, ville aujourd’hui connue comme épicentre d’une épidémie virale.