Le MAPAQ pas chaud à l'idée du frigo solidaire de Soupe et Cie

Depuis un mois, les clients du Soupe & Cie, à Limoilou, peuvent laisser un repas qu'ils n'ont pas fini dans un frigidaire devant l'établissement, en quittant. Une initiative de solidarité envers les démunis du quartier mise en péril par le MAPAQ, au grand désarroi du propriétaire du restaurant, François Bouchard.
Le frigidaire rose devant Soupe & Cie a été installé une semaine avant Noël. «Mettons fin au gaspillage, c'est fin pour ceux qui ont faim», peut-on lire sur la porte. L'idée n'est pas de lui, assure François Bouchard, elle se fait ailleurs dans le monde. Mais il avait envie de démarrer le mouvement à Québec. Lorsque ses clients ne terminent pas leur repas, on leur propose d'abord de ramener le reste chez eux. S'ils ne sont pas intéressés, on leur suggère plutôt de le laisser dans le frigidaire installé devant le resto. 
«Ce n'est pas le restaurant qui donne les restes, ce sont les clients qui donnent la nourriture qu'ils ont achetée. On leur offre seulement une opportunité de donner», explique le propriétaire. «Je ne ferais pas ça dans notre restaurant de Lévis, mais à Limoilou, j'ai vu des gens manger dans les poubelles.»
Sauf que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) ne semble pas le voir ainsi. Lundi, une inspectrice du MAPAQ est venue donner un avertissement à Soupe et Cie. On a expliqué à François Bouchard que comme le frigidaire lui appartient, il est responsable de la salubrité de la nourriture à l'intérieur. Il ne peut donc pas donner des repas à moitié mangés. 
François Bouchard considère plutôt que le frigo est comme une poubelle, simplement que la nourriture est gardée réfrigérée si quelqu'un d'affamé en a besoin pour manger à sa faim. D'autant plus que le frigidaire n'est pas sur son terrain, plutôt en avant. Il confie avoir demandé davantage d'explications, que l'employée du MAPAQ et son supérieur n'ont pas été en mesure de lui fournir, lundi. Un chef d'équipe du ministère devait le rappeler, mardi, mais il a contacté les médias en amont. C'est qu'une menace d'amende le forcerait bel et bien à retirer le frigo. 
«Je n'ai rien contre le MAPAQ, il nous protège plus qu'autre chose, mais ils sont aveuglés par les règlements», déplore François Bouchard, appelant au gros bon sens. 
«Eux, ils réagissent à une plainte et veulent que je l'enlève. Je ne vois vraiment pas qui pourrait porter plainte. C'est clairement quelqu'un qui n'a jamais connu la faim. Le concept du frigidaire est aussi le fun pour nos clients que ceux qui en bénéficient. C'est plaisant de donner, ça fait du bien.»
D'ailleurs, des résidents du quartier commencent à utiliser le frigidaire pour venir porter leurs propres aliments, pointe le propriétaire. «Quelqu'un qui part à Cuba une semaine et qui va perdre le contenu de son frigo, il peut venir en porter.»
Le concept devient donc similaire à celui du frigo du Parvis, dans Saint-Roch. Sauf que ce dernier ne contient que de la nourriture cuisiner par les gens, le MAPAQ ne peut donc pas le régir, explique M. Bouchard. 
Initiative saluée
Plusieurs ont salué son initiative sur la page Facebook du restaurant, pointe-t-il, désireux que l'idée soit reprise ailleurs. Une poignée d'autres lui ont cependant reproché de donner des restes plutôt que de la nourriture préparée spécialement pour les plus démunis. Un reproche absurde, dénonce-t-il. «Ça fait neuf ans que l'on sert la nourriture gratuitement aux enfants.»
Porte-parole du MAPAQ, Yohan Dallaire-Boily a confirmé qu'une plainte avait été reçue envers le frigidaire extérieur de Soupe & Cie et une inspectrice envoyée. Il ne pouvait cependant pas s'avancer davantage sur le cas précis du restaurant de Limoilou. «On est favorable aux initiatives de ce genre-là. Il n'y a pas de permis requis concernant les dons alimentaires. Sauf qu'il ne faut pas mettre en péril la santé des consommateurs», a-t-il expliqué, ne pouvant faire de compte-rendu sur les constats du MAPAQ lors de l'inspection de lundi.