Le maire de Québec prêt à payer pour le SRB

Le maire de Québec est prêt à payer de sa poche pour compléter le financement du service rapide par bus (SRB).
C'est un Régis Labeaume «pas inquiet» qui s'est présenté devant les journalistes, jeudi, pour réagir au budget fédéral. Même s'il n'y avait pas de «signal clair» en faveur du projet et même si les libéraux fédéraux limitent à 40 % le financement des nouveaux projets de transport en commun pour la prochaine décennie.
Les villes de Québec et Lévis travaillent depuis des mois pour un partage de la facture moitié-moitié entre les gouvernements du Québec et du Canada. Si le provincial n'augmente pas sa participation, cela veut dire que les municipalités devront payer une centaine de millions de dollars sur le total estimé entre 1 et 1,4 milliard $. 
«Je préfère 100 % pour pas payer une cenne. Mais 90 %, c'est jamais arrivé au Québec, alors on laissera pas passer un projet parce qu'on aurait juste 90 % de subvention. Il faut être plus intelligent qu'orgueilleux. Pis honnêtement, on n'est pas démunis à la Ville de Québec. Je vous rappelle que dans le PTI [programme triennal d'immobilisations] on en a 1,5 milliard $ [d'investissements] pour trois ans», a expliqué M. Labeaume. 
Comme à l'automne, le maire de Québec s'est montré peu empathique envers son homologue de Lévis. Gilles Lehouillier a déjà dit qu'il n'était pas capable de financer le projet, même en partie. «La Ville de Lévis fera ce qu'elle veut. Nous, on va avoir un SRB à Québec. [...] Je ne quitterai pas la politique sans avoir réglé le problème du transport en commun à Québec», a lancé M. Labeaume. 
Toujours en négociation
Cela dit, le maire assure qu'il est toujours en négociation avec le gouvernement du Québec pour obtenir un maximum de financement. Jusqu'à maintenant, le premier ministre Philippe Couillard a toujours parlé d'une participation de 50 %. Jeudi, le ministre des Transports, Laurent Lessard, a refusé de répondre aux questions sur ce thème. 
Le député et ministre fédéral Jean-Yves Duclos s'est pour sa part montré enthousiaste. «La bonne nouvelle, c'est qu'il y a maintenant 40 %. En l'absence de ce plan d'appui au transport collectif du gouvernement canadien, c'est le gouvernement du Québec et les municipalités qui auraient assumé le 100 % au complet. C'était comme ça que c'était prévu depuis quelques années, avant l'élection du nouveau gouvernement», a-t-il expliqué en entrevue téléphonique au Soleil, jeudi. 
M. Duclos a rappelé que le gouvernement québécois a ramassé toute la facture des grands projets de transport en commun à Mont­réal, notamment le métro, tandis qu'en Outaouais, le SRB a été payé à hauteur de 80 %, toujours par Québec. 
Le libéral voit donc dans l'annonce du nouveau fonds fédéral «un appui considérable pour Québec, la région de Québec, pour alléger le fardeau des municipalités et faire en sorte que ce projet [le SRB Québec-Lévis] se réalise le plus rapidement possible». 
La balle «dans le camp du provincial»
À Lévis, c'est le maire suppléant, Robert Maranda, qui a réagi en l'absence de Gilles Lehouillier. Il s'est aussitôt tourné vers le gouvernement provincial pour remplir le trou de 100 millions $ creusé par le fédéral. Selon le conseiller municipal, la réponse doit venir dans le budget de la semaine prochaine. «Pour l'instant, nous on demeure quand même confiants. Maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement provincial. Mais il est certain qu'on aurait aimé avoir des indications un peu plus précises dans le budget fédéral», a-t-il commenté. 
M. Maranda considère qu'il y a encore du temps pour trouver les sommes requises pour construire les 43 km de voies réservées du SRB puisque la Banque de l'infrastructure du Canada ne sera pas créée avant la fin de l'année. 
Le directeur général d'Accès transports viables, Étienne Grandmont, croit lui aussi que le provincial est capable d'en faire plus. Il rappelle que le développement du réseau (achat d'autobus, abribus, voies réservées, etc.) est déjà financé à hauteur de 75 %. Il ne voit pas pourquoi la barre serait fixée à 50 % dans le cas du SRB. 
«Le premier ministre avait lui-même dit qu'il mettait ces projets-là en priorité. On va voir s'il est capable d'accoter», a-t-il souligné.
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À la recherche d'un interlocuteur à Ottawa
Le maire de Québec, Régis Labeaume, s'ennuie du bon vieux temps où il avait un interlocuteur désigné au gouvernement fédéral. Il réclame un ministre responsable à qui parler des dossiers régionaux et provinciaux.
Dans sa réaction au budget fédéral, le maire a insisté sur les difficultés de communication avec le gouvernement Trudeau. «C'est compliqué maintenant faire affaire avec le gouvernement fédéral, c'est compliqué...» a laissé tomber M. Labeaume.
Il a précisé que le député de Québec et ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, a une bonne oreille. «En même temps, lui, il m'a dit qu'il n'avait pas de responsabilité au niveau québécois pis pas pour la région», précise le maire. 
Le ministre de l'Infrastructure, Amarjeet Sohi, trouve aussi grâce à ses yeux. «Mais bon, si je veux lui parler de la côte Gilmour à Québec, il sait pas c'est quoi pis c'est normal», fait ressortir l'élu municipal. 
«Moi, à l'époque, quand j'avais un problème à régler, j'appelais le ministre [conservateur Denis] Lebel pis je le réglais pis je plaidais. Tandis que là, je sais pas qui appeler. [...] Je pense qu'à un moment donné, il va falloir qu'on comprenne c'est qui l'interlocuteur pis où est la référence, ça va prendre une référence évidente parce qu'actuellement c'est diffus et c'est compliqué», a-t-il martelé, en précisant que ce n'est pas une question de couleur politique, mais de gouvernance. 
En haut lieu
Le maire a donné l'exemple du service rapide par bus (SRB) Québec-Lévis, mégaprojet de transport en commun, qui devrait selon lui être dans les mains d'un lieutenant québécois. «Les grosses sommes, il faut que ce soit plaidé quelque part en haut lieu. Il va falloir qu'ils [les libéraux] s'organisent pour nous créer un leadership clair au Québec. À un moment donné, ça a des conséquences : on sent pas dans le budget ce qui est bon pour le Québec», a fait valoir M. Labeaume. 
La réaction d'Ottawa est venue du bureau du premier ministre Justin Trudeau. «Les Québécois sont très bien représentés à Ottawa : ils ont élu une députation forte, parmi laquelle on retrouve plusieurs ministres et même le premier ministre. Les priorités du Québec et de la Ville de Québec, notamment en matière de transport collectif, sont aussi nos priorités. 
«Notre gouvernement est régulièrement en contact avec le bureau du maire Labeaume et avec le gouvernement du Québec, et nous continuerons de travailler avec eux. Comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, nous n'avons pas l'intention de nommer de ministres régionaux», a fait savoir par écrit l'attachée de presse Andrée-Lyne Hallé.
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Lessard «déçu», mais peu bavard
Laurent Lessard était devant les journalistes à la cabane à sucre du Bois-de-Coulonge, jeudi. Mais sans son chapeau de ministre des Transports qu'il a refusé de troquer avec celui de ministre de l'Agriculture, lorsque questionné sur l'absence du service rapide par bus (SRB) dans le budget fédéral de la veille.
«C'est la journée de l'érable. Donc on va garder ça sur l'érable», a tranché M. Lessard, titulaire à la fois des Transports et de l'Agriculture. «Pour le transport collectif, prenez l'autobus pour venir à la cabane à sucre! C'est ce que je dois vous dire pour l'instant. On aura d'autres commentaires plus tard.» Pas de commentaires, donc, si ce n'est que pour évoquer une «déception». 
«Ils auraient pu être plus précis», a-t-il ajouté timidement à propos du budget Morneau. «Ils ont indiqué que Montréal allait recevoir des sommes, mais Québec n'a pas été mentionnée. Peut-être que le maire de Québec aura une réaction pour vous», s'est limité à dire le ministre des Transports.  Valérie Gaudreau