La structure est ajustée au millimètre près. Selon qu’il fasse soleil ou non, selon qu’il fasse chaud ou non, le métal qui soutiendra les façades s’étire ou rétrécit.

Le Grand Théâtre se drape de verre

Depuis le toit du Grand Théâtre, nous avons une vue magnifique sur les montagnes du nord… et sur les premiers panneaux de verre géants installés pour encapsuler le bâtiment qui se dégradait rapidement.

Mercredi, nous étions au sommet du haut lieu culturel de la capitale à nous faire venter! Un souffle assez fort pour terrasser une des palissades du chantier de 30,3 millions $; mais qui ne semble pas ébranler la nouvelle paroi de verre qui viendra recouvrir complètement le cube de béton.

À nos côtés, plusieurs guides nous racontaient l’évolution de l’entreprise, les défis techniques, les imprévus… et l’échéancier incertain. Du nombre le président-directeur général, Gaétan Morency, ainsi que le chef du Service de l’immeuble, Albani Boudreau.

Alors, où en êtes-vous? À terme, quelque 900 panneaux de verre, pesant chacun autour d’une demi-tonne, envelopperont le Grand Théâtre, dénombre M. Boudreau. «On en a une vingtaine de posé!»

C’est que le boulot doit être minutieux, poursuit-il. «La structure est ajustée au millimètre près.» Selon qu’il fasse soleil ou non, selon qu’il fasse chaud ou non, le métal qui soutiendra les façades s’étire ou rétrécit. Les experts doivent donc calculer en conséquence la position du verre, des fixations, des joints.

Aussi, histoire d’être très précis, ils ont même accroché d’immenses bacs de sable de 2 tonnes au bas de la toile d’araignée métallique conçue pour tenir les vitres. Ces lests servent à tirer la structure vers le bas comme si les pesantes plaques transparentes y étaient déjà fixées; ainsi, les ouvriers sont certains que l’ouvrage est à l’endroit exact où il sera une fois le boulot terminé. Pas simple, d’autant plus qu’à chaque vitre installée, il faut enlever un peu de lest au bas pour maintenir l’équilibre.

Depuis le toit du Grand Théâtre, la vue est magnifique sur les montagnes du nord… et sur les premiers panneaux de verre géants qui ont été installés.

«C’est la première fois en Amérique du Nord que se fait un concept comme ça», avance M. Boudreau. Certaines techniques utilisées pour soutenir les grands carreaux seraient même des «premières mondiales».

«[L’entrepreneur] Pomerleau nous “donne” une garantie de 10 ans, alors c’est sûr qu’ils ne prennent pas de chance», ajoute le pdg, Gaétan Morency. «Il n’y a rien qui est laissé au hasard.»

Toute cette prévoyance influe sur l’échéancier. M. Morency espérait fermer le dossier avant la rentrée culturelle de septembre, mais ce ne sera pas possible. Les spectacles seront néanmoins présentés en soirée, comme ce fut le cas au cours des derniers mois. Le bruit cesse avant que le rideau soit levé; les artistes en répétition durant la journée doivent par contre s’adapter.

Chacun des 900 panneaux de verre qui envelopperont l’édifice pèse autour d’une demie de tonne.

Prendre soin du GTQ

Le gestionnaire insiste malgré tout sur la nécessité de prend soin du Grand Théâtre pour en assurer l’intégrité. Et escompte que le remède choisi permettra de prolonger sa vie d’au moins 50 ans. 

«Ça va vraiment changer l’allure du Grand Théâtre de belle façon tout en respectant l’aspect originel du bâtiment», vante-t-il.

Rappelons qu’en 2014, Le Soleil avait appris que le Grand Théâtre vieillit mal. Dans des documents consultés, l’équipe de la société d’État était très explicite : «[Le] revêtement extérieur du GTQ est affecté par un processus de dégradation importante du béton, irréversible et nécessitant des travaux majeurs à court terme.»

Il a fallu de nombreux rapports d’experts avant qu’un concept soit choisi puis présenté au gouvernement québécois qui finance le projet.

Le Grand Théâtre de Québec a été conçu par l’architecte Victor Prus. Il avait gagné un concours en 1964. Il s’agit d’un édifice patrimonial emblématique du courant «brutaliste».

Le Grand Théâtre abrite deux salles de spectacles, le Conservatoire de musique de Québec, une galerie d’art et deux salles de répétition. Quatre institutions culturelles de la capitale y logent : le Club musical de Québec, l’Opéra de Québec, l’Orchestre symphonique de Québec et le Théâtre du Trident.