Robert Lepage a présenté son projet Le Diamant aux hommes et femmes d’affaires de Québec, lundi.

Le financement du Diamant de Robert Lepage va bon train

C’est un Robert Lepage toujours aussi à l’aise devant une assistance, composée cette fois d’hommes et de femmes d’affaires de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, qui a présenté lundi les grandes lignes de son projet Le Diamant, dont l’ouverture officielle est prévue pour septembre 2019.

Si l’essentiel de son allocution avait déjà fait l’objet d’une rencontre de presse il y a un an, l’homme de théâtre était cette fois en représentation afin de sensibiliser la communauté d’affaires, réunie au Manège militaire, à l’importance de soutenir ce nouveau joueur du paysage culturel de la capitale.

Aussi a-t-il été permis d’apprendre au cours de son discours que la campagne de financement du Diamant a permis d’amasser jusqu’à maintenant 7 millions $ sur un objectif de 10 millions $.

«Nous sommes confiants d’atteindre notre objectif d’ici un an», croit Lepage. Le gouvernement du Québec contribue à hauteur de 30 millions $ au projet. Dix autres millions de dollars proviennent du gouvernement fédéral et 7 millions $ de la Ville de Québec.

Le metteur en scène estime que Québec a tout à gagner à devenir «une capitale culturelle», comme l’a fait il y a une vingtaine d’années Bilbao, en Espagne. L’ouverture d’un musée Guggenheim dans cette ville, jusqu’alors en déclin économique, a contribué à son essor, à telle enseigne qu’elle s’est vue décerner le titre de ville européenne la plus innovante de 2018.

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Dans la même veine, a-t-il poursuivi, la petite ville ontarienne de Stratford, avec son festival de théâtre annuel, est un exemple à suivre pour séduire une clientèle extérieure, 30 % des spectateurs habitant dans un rayon de 150 et 700 kilomètres, et 10 % entre 700 et 3500 km.

«Pouvoir d’attraction»

Par son «pouvoir d’attraction» international, le Diamant pourrait être appelé à jouer un rôle similaire pour Québec. La firme derrière le projet, Ex Machina, installée à l’ombre du château Frontenac depuis 25 ans, est la plus grosse compagnie de théâtre au Canada, avec son chiffre d’affaires annuel de 10 millions $ et ses 4000 représentations de ses productions dans une quarantaine de pays.

En outre, des collaborations avec des joueurs majeurs de l’industrie du spectacle, comme le Metropolitan Opera de New York, ouvrent la porte à plusieurs projets porteurs. Il n’est pas exclu que la firme japonaise responsable du spectacle d’ouverture des Jeux olympiques d’été de 2020, à Tokyo, vienne répéter au Diamant.

En excluant les spectateurs qui ont assisté aux représentations du Moulin à images, c’est quelque 2,5 millions de personnes que Ex Machina a attiré au fil de son histoire, soit «1000 fois le grand chapiteau du Cirque du Soleil».

Une locomotive

En rencontre de presse, à l’issue de sa conférence, Lepage a soutenu que l’arrivée du Diamant ne devrait pas chambouler radicalement le milieu du spectacle de la capitale.

«C’est sûr que ça risque de brasser un peu les affaires. On est à Québec, dans une écologie culturelle très particulière. On a toujours fait la promesse qu’on ne viendrait pas voler les spectateurs des autres, au contraire; le Diamant servira de locomotive et donnera le goût aux gens de sortir davantage.»

La programmation de la future salle de spectacles sera «multidisciplinaire», avec du théâtre, de l’opéra, du cirque, du cinéma, de la musique électro, et même des shows de lutte. Par sa situation névralgique, au cœur du prochain petit quartier des spectacles qu’est appelée à devenir la place D’Youville, elle représentera un atout majeur pour des activités culturelles satellites comme le Festival d’été, le Festival de cinéma (FCVQ) et le Carrefour de théâtre, avance Lepage.

Si tout va comme prévu, le Diamant devrait être inauguré officiellement à la fête du Travail, en septembre 2019, indique son directeur général Bernard Gilbert. «Mais on souhaite faire des petites choses avant», ajoute-t-il, en pensant à des ouvertures sporadiques pour faire découvrir les lieux au public.

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LEPAGE PEU BAVARD AU SUJET DE SLAV ET KANATA

Accusé de faire de l’appropriation culturelle en raison de la controverse entourant ses productions SLAV et Kanata, Robert Lepage n’a pas voulu pousser l’affaire plus loin, en point de presse, à l’issue de son discours à la Chambre de commerce et d’industrie de Québec.

Dès le départ, devant une poignée de journalistes, son attaché de presse les avait avertis que l’entretien devait porter exclusivement sur le projet du Diamant. N’empêche, à une question posée en anglais, en fin de parcours, par une reporter de Radio-Canada-CBC, le metteur en scène s’est ouvert du bout des lèvres.

«C’est un sujet complexe et très délicat. Il y a un temps et un lieu pour en discuter, pour en parler de façon honnête avec les autres intervenants impliqués dans le débat.»

Une place au Diamant?

Est-ce que les deux pièces trouveront une place au Diamant? a demandé Le Soleil. «Possiblement, s’il y a un avenir à la tournée de ces spectacles», s’est-il contenté de répondre, avant de tourner les talons.

En juillet, le Théâtre du Nouveau Monde de Montréal avait retiré de l’affiche la pièce SLAV, après trois représentations, dans la foulée d’un mouvement de protestation accusant Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi d’une appropriation culturelle de l’héritage noir par des créateurs blancs.

Quelques jours plus tard, un autre de ses projets, Kanata, était à son tour la cible de critiques, cette fois de la part d’une vingtaine de personnalités autochtones qui dénonçaient l’absence de membres de leurs nations dans la production. 

Dans un communiqué, Lepage avait rétorqué en parlant d’«un affligeant discours d’intolérance» et de «coup porté à la liberté d’expression artistique». Quelques jours plus tard, dans une entrevue que son équipe avait sollicitée auprès de Radio-Canada, le metteur en scène s’était dit sensible aux arguments évoqués par ses détracteurs, mais qu’il prônait une liberté de création totale. «Il faut que les gens aient le droit d’utiliser les histoires des autres pour parler des leurs», avait-il déclaré.