Le fascinant patrimoine vu du ciel de Lahoud [VIDÉO] [PHOTOS]

L’historien et photographe Pierre Lahoud a légué des milliers de photos aériennes du Québec, prises ces 40 dernières années, à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Un don rare et inestimable selon Sophie Côté, archiviste responsable des acquisitions privées.

Pierre Lahoud a commencé à prendre des photos aériennes en 1977 à la demande du ministère des Affaires culturelles, qui souhaitait un grand inventaire patrimonial du Québec. «Jean-Paul L’Allier voulait faire un état des lieux en cinq ans. On s’est demandé quel était le moyen le plus susceptible de faire l’inventaire et c’était en avion, sinon on aurait mis 300 ans», explique-t-il. 

En 1982, à la fin de son contrat, l’historien a pris goût à ce genre d’aventure aérienne. Il a donc continué à voler pour croquer des milliers de paysages vus d’en haut. En 40 ans, il a accumulé plus de 850 000 photos, dont 250 000 diapositives. «Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment une ville s’est formée. On a des traces encore du régime seigneurial qui est ici depuis le début de la colonie. On a aussi des traces très fortes des installations de villes comme Québec. Quand Champlain s’est installé ici, il s’est installé sur un site qui était vraiment idéal au confluent d’un territoire et qui pouvait aider à la défense d’un territoire», raconte-t-il.

En ce qui concerne, la ville de Québec, M, Lahoud trouve qu’elle s’est embellie ces 30 dernières années avec la disparition des stationnements à ciel ouvert. Il a pris la ville sous toutes ses coutures. Il a entre autres photographié le Château Frontenac, l’île d’Orléans et le Carnaval de Québec. «Quand il y avait un projet de construction, je prenais l’avion. Je me suis fait un devoir de photographier tous les carnavals depuis 40 ans. Dès qu’il y avait quelque chose de marquant pour la ville, je prenais une photo», mentionne-t-il.

Conditions difficiles 

D’en haut, il a pu photographier des choses qu’il n’aurait jamais pu faire au sol. «Il y a une absence d’obstacles qui nous permet de voir les horizons. On peut aller dans des lieux qui sont pratiquement inaccessibles pour l’humain», fait-il valoir. 

Au début, il était surtout intéressé par le patrimoine architectural, mais au fil des années, il a vu le Québec changer et il s’est «pris au jeu de découvrir d’autres intérêts, dont l’érosion du territoire».

Selon M. Lahoud, les changements climatiques ont un effet négatif sur le Québec. «Dans le nord du Québec, il y a des territoires qui ont été ravagés par des minières. En Gaspésie, il y a des cimetières qui sont en train de tomber dans l’eau. Aux îles de la Madeleine, on perd plus de 30 cm de terre par année, c’est énorme. Qu’est-ce qui va arriver dans 100 ans?», se questionne-t-il.

Pour prendre les photos, les conditions devaient être parfaites, ce qui ne laissait pas beaucoup de marge de manœuvre, entre la pluie, la neige, le vent ou les nuages. «En plus maintenant vient s’ajouter d’autres éléments comme le smog qu’on avait pas avant. J’ai une plage de 20 jours par année pour prendre des photos partout au Québec avec des horizons impeccables, une visibilité extraordinaire, et sans pollution», souligne-t-il.

Les conditions très instables de la météo l’ont également souvent obligé à faire demi-tour. «Une fois, dans la région de Matapédia, les gens de la météo me disent que je peux y aller et quand je suis arrivé, il y avait de la brume. Il n’y avait rien à faire. D’autres fois, c’était le vent qui brassait l’avion», relate-t-il. 

Pierre Lahoud

Conserver ce trésor 

Pierre Lahoud a décidé de faire don de ses photos à la BAnQ en pensant à la conservation des photos et aux générations futures. «La BAnQ est un lieu idéal pour conserver de façon intacte le fond. Je me plais à penser que dans 50, 100 ans, il y a des gens qui vont venir consulter ce fond-là et qu’ils vont dire : “Ce Lahoud-là avait bien raison de survoler le Québec et de regarder comment évolue un territoire”.»

Pour l’archiviste responsable des acquisitions privées, Sophie Côté, ce legs de milliers de photos aériennes du Québec est un véritable trésor. «C’est très rare qu’on ait un don qui allie autant la quantité et la qualité des photographies. C’est vraiment un don exceptionnel», se réjouit-elle.

La BAnQ a comme pour objectif de rendre ces photos accessibles au public sur son portail dès qu’elles auront été traitées pour assurer leur conservation.