Une reproduction de la sculpture de l’artiste français Jean-Pierre Raynaud, Autoportrait, sera installée au parc de l’Amérique-Française.

Le «cube blanc» de retour au parc de l’Amérique-Française

Trois ans après sa démolition dans la controverse, une reproduction de l’œuvre d’art contemporain Dialogue avec l’histoire — désignée familièrement comme le «cube blanc» — sera installée au parc de l’Amérique-Française, près du Grand Théâtre de Québec. Cinq autres villes et musées de la province voulaient la recevoir.

La sculpture de l’artiste français Jean-Pierre Raynaud a été démolie par la Ville de Québec en juin 2015, après des décennies d’une relation d’amour-haine avec le public de Québec. L’administration Labeaume a invoqué des raisons de sécurité. Le cadeau de la Ville de Paris, qui trônait depuis 1987 à la place de Paris dans le Vieux-Port, prenait l’eau et menaçait de s’écrouler. Il a été question de reconstruire, mais le projet municipal n’a pas abouti.

L’avocat et collectionneur d’art contemporain Marc Bellemare a repris la balle au bond et fait l’acquisition des droits moraux de l’oeuvre. Le mécène paiera environ 200 000 $ pour la reproduction nommée Autoportrait, son transport, son installation et son entretien sur une période de 25 ans. 

Me Bellemare avait le droit de relocaliser la sculpture n’importe où en Amérique du Nord et avait déjà six propositions de villes et de musées, seulement au Québec. Son premier choix était toutefois qu’elle demeure dans la capitale. «Compte tenu de l’histoire de l’œuvre, de sa destruction malheureuse en 2015, on a voulu corriger cette erreur en ramenant Jean-Pierre Raynaud dans l’espace public», a-t-il raconté en entrevue téléphonique. «C’est un des grands, un des majeurs [en art contemporain]. Je me suis dit : “Il ne faut pas laisser aller ça.”»

Un «élément fort»

La Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) a proposé d’installer Autoportrait sur la colline parlementaire, dans le parc de l’Amérique-française. La proximité de grandes institutions, le fait que le parc soit fréquenté toute la journée et à l’année, l’environnement bâti contemporain ainsi que la présence d’arbres matures ont contribué à ce choix, a expliqué Anne-Marie Gauthier, porte-parole de la société d’État. «Ce sera un élément fort au centre du parc», point de convergence de plusieurs sentiers. 

Le nouveau «cube blanc», qui est en fait un rectangle coiffé d’un cube, mesurera 7,5 mètres de haut, soit un mètre de plus que l’ancienne version. Les sculpteurs québécois Jean-Pierre Morin et Ludovic Boney en font le montage actuellement. 

«Conçue selon les plans de l’artiste, la sculpture sera fabriquée en matériau composite constitué de charges minérales et de résine d’acrylique. Ainsi, elle sera mieux adaptée au climat québécois et son entretien sera facilité. Les œuvres de Raynaud issues de la série Autoportrait se trouvent aux quatre coins du monde, et celle-ci sera la plus grande de toutes», dit le communiqué de presse diffusé lundi matin par la Commission de la capitale nationale du Québec.  

La Ville de Québec, à la fois critiquée et applaudie pour avoir fait disparaître l’original de Raynaud, paiera jusqu’à 50 000 $ pour préparer le site. C’est toutefois la CCNQ qui est maître d’œuvre du projet. 

Questionné sur le retour de l’œuvre dans le domaine public, le maire de Québec Régis Labeaume a répondu sur un ton, en apparence ironique. «Je suis vraiment content. Je suis vraiment excité. C’est beau», a-t-il laissé tomber, sans vouloir commenter davantage. 

Me Bellemare se soucie peu de l’accueil qui sera fait à Autoportrait. «L’art, c’est toujours très subjectif. Il y a des gens qui peuvent aimer ou ne pas aimer. Ça fait partie de la polémique qui entoure à peu près toutes les œuvres d’art public», dit-il. Il souhaite par contre que d’autres collectionneurs prêtent ou donnent des œuvres pour les exposer publiquement pour embellir la ville.  Avec Jean-François Néron