Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, nie pour l’instant toutes les allégations de harcèlement psychologique ou de comportements incorrects, disant n’y voir que de la «vengeance» et «un coup monté».

Le côté sombre de la force de Lévis

CHRONIQUE / Les colères, excès verbaux et impatiences du maire Gilles Lehouillier étaient connus.

Ce qui ne l’était pas, c’était les dommages qui pouvaient en résulter.

M. Lehouillier nie pour l’instant toutes les allégations de harcèlement psychologique ou de comportements incorrects, disant n’y voir que de la «vengeance» et «un coup monté».

On laissera la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) mener son enquête et au tribunal le soin d’en juger.

Ce qu’on peut déjà dire cependant, c’est que derrière les portes closes de l’hôtel de ville, le maire est souvent colérique et impulsif.

Les employés du cabinet n’étaient pas les seuls à subir ses foudres. Des cadres de la Ville et des partenaires d’affaires en furent aussi victimes ou témoins.

Un notaire de Québec m’a raconté s’être un jour présenté au bureau de M. Lehouillier pour lui faire signer des documents importants sur une acquisition de terrain.

Comme le veut la pratique, le notaire a d’abord demandé au maire une pièce d’identité.

Mauvaise idée.

M. Lehouillier s’en est offusqué.

«T’en auras pas de pièce d’identité. Pis, je ne signerai pas en ta présence», a-t-il lancé au notaire avant de le crisser dehors du bureau.  

La transaction était importante. Le notaire a insisté, demandant à la greffière, puis au chef de cabinet d’intervenir. Rien à faire.

Le notaire est rentré bredouille. Il en rit aujourd’hui, mais ne riait pas à l’époque.

Un autre notaire a dû être envoyé pour faire signer les documents. Il avait été prévenu de ne pas demander de pièce d’identité.

L’anecdote n’a pas de lien avec l’affaire qui nous occupe ni d’implications comparables. Mais elle en dit long sur le tempérament et la vanité du maire de Lévis.

Ce qui ne lui enlève pas ses autres qualités et la vision qui ont contribué à faire de Lévis ce qu’elle est devenue.

***

J’avais rencontré M. Lehouillier l’automne dernier pour un portrait-entrevue à l’approche de l’élection à la mairie. 

Nous avions passé un bon moment au local de son parti.

Je n’avais alors aucune information spécifique suggérant qu’il ait fait du harcèlement ou instauré le climat de «terreur» décrit cette semaine par des témoins.

Mais j’avais entendu beaucoup de bruit sur ses emportements au travail et j’avais noté le taux de roulement anormalement élevé du personnel du cabinet.

J’avais aussi été frappé par le ton belliqueux qu’il venait d’adopter dans le débat l’opposant au maire Labeaume sur le projet de transport structurant.

Loin de calmer le jeu, le maire de Lévis semblait trouver plaisir à mettre de l’huile sur le feu.

On découvrait un homme différent de son image publique de politicien tolérant, posé, rassembleur et respectueux d’autrui qu’il projetait jusque-là.

J’avais titré ma chronique du lendemain «L’autre visage de Gilles Lehouillier».

Le Journal de Québec a utilisé les mêmes mots cette semaine pour le titre d’un article solide dans lequel une douzaine d’ex-employés du cabinet décrivent le côté sombre de la force de Lévis.

Lors de notre entretien, M. Lehouillier avait reconnu se fâcher quand les choses ne vont pas à son goût. «Un de mes grands défauts, je suis très exigeant», disait-il. Il convenait que «par bout ça peut être difficile [avec lui] et que ça se passe «parfois raide».

«Je peux aller jusqu’à dire aux gens : “Sachez qu’ici c’est le citoyen d’abord; si vous n’avez pas le citoyen à cœur, on peut vous aider à vous trouver une autre job.”»

Je n’étais pas dupe. La réalité devait être autrement plus crue que le récit qu’il m’en faisait, mais personne ne s’en était encore plaint publiquement.

M. Lehouillier ne croyait pas que son tempérament ait pu lui faire perdre des collaborateurs, aimant croire à un «roulement normal» de personnel.

Il se trompait.

Nombre d’ex-employés confirment avoir quitté à cause de ses colères et du manque de plaisir à travailler au cabinet.

***

Tout le monde ne réagit pas de la même façon et n’a pas la même tolérance aux exigences et sautes d’humeur d’un patron intense.

Certains ne s’en formalisent pas, d’autres encaissent, puis finissent par partir, parfois blessés plus qu’il pouvait y paraître.

Travailler dans l’entourage d’un politicien ou acteur public en vue est un travail qui demande beaucoup. Il y a de la pression, des urgences, des horaires éreintants qui ne conviennent pas à tout le monde ni à toutes les périodes de la vie. Pas étonnant qu’on retrouve beaucoup de jeunes dans les cabinets.

Mettre de la pression est parfois la seule façon d’obtenir un résultat et il peut être difficile d’établir les limites de ce qui est acceptable ou pas.

Aucune urgence ne peut cependant justifier le harcèlement, les insultes et les attaques personnelles.