Le CIUSSS mal équipé pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre, selon la CSN

La CSN critique vivement le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS-CN) qui ne se serait pas préparé adéquatement pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre longuement annoncée. Résultat, des travailleurs seraient notamment forcés de combler des quarts de travail la fin de semaine dans des unités où loge une clientèle violente sans avoir la formation adéquate. La direction réfute.

«Les gestionnaires du CIUSSS de la Capitale-Nationale souffrent de myopie aiguë», attaque la présidente du Conseil central de Québec et Chaudière-Appalaches de la CSN, Ann Gingras. «Ils savaient que la question de la pénurie s’en venait, mais ils n’ont pris aucune mesure pour essayer d’y répondre.»

Des efforts sont investis pour recruter du personnel, reconnaît-elle néanmoins. Mais les établissements du réseau peineraient à conserver les nouveaux venus. «Pour retenir les salariés, il faut être attractif.»

«Le CIUSSS-CN n’a pas été assez prévoyant», charge à son tour François Proulx-Duperré, président du Syndicat des professionnèles, techniciennes et techniciens de la santé et des services sociaux (SPTSSS-CSN). «Il ne font qu’aggraver le problème.»

CRDI de Québec

Le syndicaliste cite cette fois en exemple la gestion des horaires au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Québec (CRDI). Au cours des derniers mois, des dizaines de quarts de travail d’éducateurs spécialisés étaient vacants, jusqu’à 50 par fin de semaine dans les résidences où habite une clientèle pouvant avoir de graves troubles du comportement, dit-il.


« Ils savaient que la question de la pénurie s’en venait, mais ils n’ont pris aucune mesure pour essayer d’y répondre »
Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec et Chaudière-Appalaches

Pour boucher les trous, la direction voulait forcer le personnel des autres secteurs du CRDI à travailler dans ces unités, critique Émmanuelle Lachance, représentante syndicale. «On parle d’usagers qui sont vraiment imprévisibles.»

Après des protestations, des aménagements auraient été négociés pour stimuler le volontariat plutôt que de contraindre les travailleurs, notamment en les payant en heures supplémentaires. Cela aurait permis de réduire la «découverture».

Vrai que la gestion des horaires était un casse-tête dans les services d’hébergement du CRDI cet été, commente Lisane Boisvert, patronne de la Direction des programmes en déficience intellectuelle, troubles du spectre de l’autisme et déficience physique, la DITSADP pour les initiés. Quelques employés ont effectivement dû travailler certaines fins de semaine estivales «pour assurer la sécurité de nos milieux résidentiels». Tous auraient cependant reçu le support et la formation adéquate.

La direction serait en outre à pied d’œuvre pour trouver des solutions pérennes. «Oui, la pénurie touche le CIUSSS grandement», remarque Marleen Cameron, cheffe du Service de recrutement. Par contre, 3420 embauches ont été effectuées depuis avril 2017, avance-t-elle. «On a vraiment la pédale au fond.»

Au CRDI, le temps d’une crise, le problème a été réglé en bonifiant les conditions de travail, note François Proulx-Duperré, du Syndicat. Mais cette problématique reviendra, au CRDI comme dans d’autres établissements du réseau, tant que la pénurie frappera, selon lui. 

«La solution, c’est d’offrir des conditions de travail qui sont attractives, qui sont intéressantes, aux gens. On ne demande pas la panacée. On demande juste des conditions de travail qui sont décentes, du support et assez de gens pour donner les quarts de travail sur le plancher.»