Faute d’espace, la paroisse St. Patrick a dû se résoudre à prendre de l’expansion.
Faute d’espace, la paroisse St. Patrick a dû se résoudre à prendre de l’expansion.

Le cimetière St. Patrick s’agrandit [VIDÉO]

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Sa capacité presque atteinte, le cimetière St. Patrick, l’un des plus anciens de Québec, lance un projet d’agrandissement qui accueillera à terme quelque 200 lots de sépulture supplémentaires. Si tout va comme prévu, les travaux devraient être terminés au printemps prochain.

Plans et croquis en main, le surintendant Robert Beaudoin montre au Soleil l’endroit où ont été amorcés les travaux, à droite, au sortir du chemin ombragé qui serpente depuis le chemin Saint-Louis. Une grille en fer forgé, en face de la rue Sheppard, indique l’une des deux entrées. «Il n’y a pas beaucoup de personnes qui savent qu’il y a un cimetière ici. C’est un endroit caché, très isolé des routes passantes.»

Le cimetière St. Patrick est intimement lié à l’histoire de la communauté irlandaise catholique de la capitale. Sur les stèles, les noms évoquent ces racines celtiques qui courent ici depuis 1879. Y dorment pour l’éternité les McGrath, Connell, Walsh et autres O’Connor, inhumés aux côtés de défunts aux patronymes québécois de souche. Au total, l’endroit compte plus de 15 000 morts répartis dans quelque 5000 lots.

Faute d’espace, la paroisse St. Patrick a dû se résoudre à prendre de l’expansion. Ce n’est pas la place qui manque. Séparées par des boisés, plusieurs parcelles de terrain sont disponibles. Même la vaste zone à proximité de la St. Brigid’s Home pourrait un jour servir si le besoin s’en faisait sentir.

Même si le nombre d’inhumations a sensiblement augmenté cette année, la pandémie ne saurait en être responsable, estime Anne Black, gestionnaire de la paroisse St. Patrick. «On ne le sait pas parce qu’on ne demande pas aux familles la cause du décès. Ça reste personnel. Cette année, on va dépasser notre nombre moyen annuel d’enterrements. Il y en a eu une soixantaine jusqu’à maintenant et la saison n’est pas terminée.»

«Nous ne sommes pas à pleine capacité, mais presque. L’emplacement choisi est une suite logique pour se développer», mentionne M. Beaudoin, un ancien inspecteur maritime chez Transports Canada.

La tombe la plus ancienne

Havre de paix au coeur de la cité, le cimetière St. Patrick est un endroit fréquenté par les promeneurs du quartier. À travers les bouquets géants d’hydrangées et de magnifiques pins, le site offre un coup d’oeil imprenable sur le Saint-Laurent. Plusieurs défunts font la demande d’y être enterrés afin que leurs proches puissent profiter du panorama lorsqu’ils viennent se recueillir sur leur tombe.

Le cimetière a été aménagé en 1879 dans le domaine de Woodfield, qui a d’abord appartenu au marchand anglais William Sheppard, puis aux frères Gibb. Plusieurs sépultures ont été transférées à Sillery depuis l’ancien cimetière St. Patrick, ouvert au milieu du 19e siècle, sur Grande Allée, pour inhumer des victimes du choléra

John O’Connor, secrétaire-trésorier de la Irish Heritage Foundation, montre un monument funéraire du révérend Thomas Holton, un prêtre mort à Grosse-Île, en 1832, aux côtés d’immigrants irlandais atteints du typhus, après avoir fui la grande famine dans leur pays. Il s’agit de la plus ancienne sépulture du cimetière. «La pierre tombale a été transférée de l’ancien cimetière St.Pat’s, mais on croit que le corps n’est pas ici», explique M. O’Connor.

Deux anciens gardiens de but

Plusieurs personnalités reposent au cimetière St. Patrick, dont deux ex-maires de Québec, Charles Alleyn et Owen Murphy, ainsi que Charles Gaven Power, ancien ministre de la Défense nationale dans le gouvernement de Mackenzie King pendant la Seconde Guerre mondiale. On y retrouve la quarantaine d’Irlandais morts en septembre 1889 dans l’éboulement de la rue du Petit-Champlain, ainsi que des victimes de l’Empress of Ireland, qui a fait naufrage près de Rimouski en mai 1914. 

Le bouillant gardien de but des Bulldogs de Québec, Patrick «Paddy» Moran y a été porté à son dernier repos en 1966, aux côtés de sa femme et de ses deux fils morts en bas âge. Étrangement, le nom du hockeyeur n’apparaît pas sur la pierre tombale. Un autre ancien portier, du Canadien de Montréal celui-là, Gerry McNeil, natif de Québec, y a aussi été inhumé en 2004.