Les membres de Legitime violence

Le Centre Durocher annule un concert néonazi

Le Centre Durocher a annulé samedi soir un concert qui devait mettre en scène trois groupes à tendance néonazie quelques minutes avant qu’il n’ait lieu au Centre Monseigneur Bouffard, dans Saint-Sauveur. La salle aurait été réservée sous de faux prétextes par l’un des organisateurs du spectacle qui prétendait vouloir y tenir une fête pour souligner un quarantième anniversaire.

Depuis quelques jours, une annonce circulait sur le réseau social Facebook à l’effet que le groupe black metal néonazi français Baise Ma Hache, le groupe skinhead néonazi de Québec Légitime Violence et le groupe black metal néonazi de Québec Hollentur allaient se produire à Québec samedi dans un endroit à être annoncé plus tard. Les formations d’extrême droite, qui ne sont souvent pas les bienvenues dans les salles de spectacle traditionnelles, procèdent souvent de cette façon pour éviter de voir leurs spectacles annulés. L’annonce indiquait que le spectacle était présenté par le gang de rue néonazi Québec Stomper et portait aussi le logo du mouvement d’extrême droite Atalante Québec, qui ont tous les deux comme leaders le chanteur et le guitariste de Légitime Violence, Raphaël Lévesque et Benjamin Bastien.

Cependant, en début de soirée, l’organisation Québec Antifasciste publiait une photo de membres de Baise Ma Hache et de militants d’Atalante devant le Centre Monseigneur Bouffard, pointant du doigt la Ville de Québec et le Centre Durocher, le centre communautaire qui administre la salle où devait avoir lieu le spectacle.

Annulé sur-le-champ

«La soirée n’aura pas lieu... C’était prévu pour 19h et ils étaient en train de s’installer. Ils n’avaient pas commencé encore», a déclaré au Soleil Éric Cadorette, directeur général adjoint du Centre Durocher. «La salle n’avait pas été louée pour ça, elle avait été louée par un particulier qui disait vouloir y fêter un quarantième anniversaire. Tout avait été respecté, mais on ne savait pas de quoi il s’agissait. On ne veut pas être associé à des groupes comme ceux-là.»

M. Cadorette a assuré que toutes les vérifications avaient été faites par l’employé qui avait loué la salle. «Mais on ne pouvait pas deviner quand c’est un citoyen qui vient louer en son nom personnel pour un quarantième anniversaire. Il passe 170 000 personnes par année au Centre vous savez...»

Du côté du service de police de la Ville de Québec, le lieutenant Jean-François Michaud a déclaré au Soleil que la police était au courant de la tenue du concert et qu'elle avait exercé une surveillance sur place. "Mais nous n'avons pas eu à intervenir puisque les gens ont quitté les lieux lorsqu'ils ont été invités à le faire par le gestionnaire du Centre Monseigneur Bouffard, qui leur avait loué la salle sans savoir ce qu'ils avaient l'intention d'y faire", a-t-il expliqué.

Ce n’est pas la première fois que des organisations d’extrême droite de Québec louent des locaux sous de faux prétexte pour tenir leurs activités. En février 2018, le mouvement Storm Alliance avait fêté son premier anniversaire au sous-sol d’une église catholique de Charlesbourg après qu’un des organisateurs ait loué la salle en son nom personnel.

Baise Ma Hache n’en est pas non plus à sa première annulation. Selon le site rue89lyon.fr, l’espace culturel de Saint-Étienne, en France, avait annulé l’un de ses concerts avec deux autres groupes de la même mouvance en 2015. Le groupe de la Haute-Savoie utilise les symboles des jeunesses hitlériennes (la hache et l’os) en plus de reprendre intégralement un poème de l’auteur antisémite Robert Brasillach, exécuté pour avoir collaboré avec le régime de Vichy durant la Deuxième Guerre mondiale, et de rendre hommage à Dominique Venner, une autre figure de l’extrême droite radicale.