Le Carnaval tatoué sur le cœur

Lorsque le téléphone a sonné et qu’au bout du fil on lui demandait s’il était disponible pour conduire l’un des chars allégoriques du défilé de la haute-Ville, Daniel Bouchard n’a pas pu résister. L’homme a le Carnaval tatoué sur le cœur… Ce qui est normal, après y avoir été impliqué pendant 35 ans.

Le Soleil avait rendez-vous à 18h au Collège Saint-Charles-Garnier, point de départ du traditionnel défilé. La neige tombait, le temps était doux… «Je peux déjà te dire que c’est un succès», dira celui qui sera au volant du char d’ouverture. 

Son histoire d’amour avec le Carnaval débute en 1983, alors qu’il participe comme bénévole à la vente des bougies dans le duché de Montcalm. «C’est Jean Pelletier [un ancien directeur général du Carnaval], mon ami d’enfance, qui m’avait à l’époque invité à faire du bénévolat».

Puis au début des années 90, on lui a offert un poste permanent. «J’ai fait plus que la moitié de ma vie au Carnaval», raconte l’homme de 59 ans. «J’ai rencontré la mère de mes enfants au Carnaval, c’était la reine en 1985!», confie-t-il. Il y a aussi connu sa deuxième conjointe, avec laquelle il partage encore sa vie aujourd’hui. 

Sur le coup de 19h, le char se met en marche. Daniel Bouchard est connu de tous ici; celui qui a décidé de quitter l’organisation du Carnaval l’année dernière est en terrain déjà conquis. 

Un technicien lance soudain une balle de neige sur le pare-brise de notre camion. «Tu vois, les gens ont le carnaval tatoué sur le cœur. Étant donné qu’il y a plusieurs permanents et des bénévoles qui y travaillent, ça crée une belle synergie. C’est vraiment un événement rassembleur, une grande famille et une organisation qui a une belle âme». 

Première fois au volant

Daniel Bouchard n’en est pas à son premier défilé, mais celle de samedi revêt un caractère singulier. «Habituellement je le marche, mais là, c’est la première fois que je le conduis!» dit-il au sujet du parcours de trois kilomètres, qui débutait de l’avenue Joffre, sur le boulevard René-Levesque, jusqu’au Parlement, en passant par l’avenue Cartier.

L’ancien directeur de la production a l’œil fier, même s’il n’est qu’un «simple bénévole» de ce défilé. Questionné sur sa plus grande fierté durant son engagement au sein de l’organisation, l’homme prend un instant pour réfléchir. 

«Ma plus grande fierté c’est peut-être d’avoir participé à la qualité et à la grandeur de l’événement, de l’avoir vu grandir en 35 ans. C’est un événement qui est capital pour la capitale.»

En cours de route, Daniel Bouchard témoigne de l’affection qu’il porte envers Bonhomme Carnaval. «J’ai 59 ans et Bonhomme, j’ai encore du fun à le rencontrer. Bonhomme c’est un ami. Il fait le tour du monde et c’est incroyable le pouvoir d’attraction de ce personnage-là.»

Notre char est sur le point de tourner pour emprunter l’avenue Cartier. À son avis, il s’agit de la partie la plus excitante du parcours en raison de la proximité avec les gens. D’ailleurs, il se prêtera au jeu en baissant sa fenêtre, saluant au passage parents et enfants. 

«Quand tu as un spectacle de 50 000 personnes sur les Plaines, c’est un succès. Ici, on a 50 000 personnes réparties sur trois kilomètres. C’est un succès aussi!»

«Le défi va toujours être grand pour le Carnaval parce qu’il n’existe pas de comparatif. Il faut que tu te réinventes, que tu crées de la nouveauté, mais tout en gardant nos traditions. D’autres disent qu’il faut abandonner les traditions. Tu es toujours un peu pris entre les deux», avance celui qui est optimiste pour l’avenir du rendez-vous annuel. 

«Le Carnaval a été le seul événement hivernal pendant plusieurs années. Ce qui a changé à Québec, c’est la naissance de plusieurs autres activités en hiver. Les résidents de Québec ne peuvent pas faire vivre tout ça en même temps. La clientèle se distribue à travers tout ça, mais le Carnaval réussit toujours à tirer son épingle du jeu», ajoute-t-il.

Il se souvient qu’en 1996, la décision de retirer les duchesses avait soulevé l’indignation. Puis, en 2008 lors des fêtes du 400e anniversaire de la ville, la formule des défilés de nuit avait été revue en entier. «Cette année, ça revient», explique M. Bouchard au sujet de la vaste réflexion qu’entamera l’organisation au courant de la prochaine année. N’empêche, l’ancien directeur de la production reste confiant. «Ça ne peut pas disparaître, c’est impossible.»

Daniel Bouchard travaille aujourd’hui pour une jeune entreprise basée à Montréal, pour laquelle il a accepté de relever de nouveaux défis. Mais difficile de sortir le Carnaval du cœur d’un homme qui y a consacré la moitié de sa vie. Il ne cache pas son désir de revenir s’installer à Québec, quand l’heure de la retraite sonnera. 

Quelques instants avant que le représentant du Soleil quitte le confort du camion, M. Bouchard se confiera: «Conduire cette année, ça me garde un petit lien [avec l’organisation]. On verra si l’an prochain j’en trouverai pas un autre différent.»

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Dans l'ordre

Le défilé de la Haute-Ville s’est déroulé dans l’ordre, a indiqué le Service de police de la Ville de Québec, samedi soir. Plusieurs milliers de carnavaliers s’étaient donné rendez-vous le long du parcours, qui s’est par ailleurs déroulé dans l’horaire prévu. Dimanche, l’organisation du Carnaval tiendra un point de presse pour faire un premier bilan de la présentation 2018.