Gaëtan Gagné, président et chef de la direction de l’aéroport de Québec, dit avoir deux nouvelles cartes dans son jeu pour convaincre les transporteurs aériens d’offrir des vols à partir de la capitale.

Le «big data» au secours de l'aéroport de Québec

Le président et chef de la direction de l’aéroport de Québec, Gaëtan Gagné, a deux nouvelles cartes dans son jeu pour convaincre les transporteurs aériens d’offrir des vols à partir de la capitale. Il y a bien sûr l’agrandissement du terminal, en voie d’être complété, mais aussi le «big data», les mégadonnées, qui confirment l’intérêt des passagers pour des départs de Québec.

«Ça nous donne des indices sur les gens qui veulent partir de Québec et ce qu’ils veulent comme prix. Avant, on travaillait à convaincre des compagnies aériennes. Maintenant, on travaille avec du data. Ça va faire toute la différence dans les prochaines années», affirme M. Gagné, qui recevait Le Soleil mercredi pour une entrevue éditoriale.

Les données auxquelles il réfère sont préparées par la firme ASM, pour Airport Strategy Management, basée à Manchester en Angleterre. Celle-ci a accès aux systèmes de réservation des agences de voyage de par le monde ainsi qu’aux requêtes enregistrées sur les sites de voyage comme Booking, Expedia ou Tripadvisor. Il est ainsi possible de quantifier l’intérêt des touristes pour Québec et d’identifier les préférences de voyage des gens d’ici. 

Dans une économie où le client est roi, Aéroport de Québec inc. (la société privée qui gère l’aéroport) et son sous-traitant ASM comptent utiliser ces informations pour persuader les transporteurs qu’«il y a du marché à Québec». 

Les mégadonnées lèvent le voile sur la demande pour l’international. Dubaï a ainsi été très populaire auprès des gens de Québec. La Chine aussi. Mais pour le moment, il faut partir de Montréal ou faire escale à Toronto pour s’y rendre. L’Islande cote fort également, au point d’attirer l’attention des transporteurs desservant ce marché, rapporte Gaëtan Gagné. 

Alors qu’environ 25 000 passagers s’envolent de Québec pour aller en France, les mégadonnées révèlent qu’il y a une demande pour 165 000 passagers. Et si les Québécois aiment bien aller au Mexique l’hiver, les Mexicains, eux, aimeraient bien venir au Québec l’été. Enfin, il y a la clientèle asiatique, qui se pointe en autobus pour profiter du Vieux-Québec. «Pourquoi ils n’arriveraient pas directement à Québec au lieu de passer par Montréal ou Toronto?» demande M. Gagné. 

Un «changement de culture» à opérer

À l’échelle plus locale, le grand patron de l’aéroport international Jean-Lesage pense qu’il y a un «changement de culture» à opérer. En cours d’entrevue, il n’hésite pas à attaquer de front les transporteurs canadiens, représentés par l’Association du transport aérien du Canada (ATAC), qui se plaignent depuis des années des frais d’atterrissage qui leur sont imposés à Québec et de l’augmentation des frais d’amélioration aéroportuaire (FAA) refilés aux passagers. À 35 $ par billet au départ de la capitale, ils sont parmi les plus élevés au Canada. 

Pour répondre aux critiques, l’équipe d’AQi a étudié la différence de prix avec Montréal. Selon les calculs, atterrir à Québec coûte aux transporteurs 1,66 $ de plus par passager. Rien pour justifier tant de mauvaise humeur, dit M. Gagné. «C’est un problème de culture et de fiction parce qu’on s’est mis à dire : c’est cher à Québec, c’est cher à Québec. C’est pas vrai. C’est cher pour le billet d’avion, mais c’est ça que [les transporteurs] veulent, c’est leur pain et leur beurre», plaide-t-il. 

De la même façon, il justifie les frais imposés aux passagers. «Qu’est-ce qu’ils ont pour 35 $? Ils ont une belle infrastructure. Est-ce qu’ils paient leur billet moins cher? La réponse est oui. Il y a eu des baisses de prix dramatiques, particulièrement pour ceux qui voyagent sur une base régulière», s’enorgueillit le président de l’aéroport. 

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LES ÉTATS-UNIS PAR LA BANDE

«Ce n’est pas vrai que j’ai moins de gens qui vont aux États-Unis. Ils y vont de façon différente.» 

Le président de l’aéroport de Québec en a assez d’entendre qu’il n’y a plus de vols directs vers nos voisins du Sud. Gaëtan Gagné rappelle qu’il y a un vol quotidien vers Newark exploité par United. Sunwing et Transat desservent Fort Lauderdale l’hiver. Pendant l’été et une partie de l’automne, United va à Chicago et American Airlines va à Philadelphie. Mercredi, ce transporteur américain a justement annoncé qu’il revient à Québec en 2018 et qu’il va étirer la saison jusqu’au début novembre. 

M. Gagné attribue aux fusions d’entreprises aériennes la concentration à Montréal et à Toronto des vols vers d’autres destinations américaines. Mais il répète qu’en conséquence, le nombre de correspondances assurées par Air Canada a augmenté. 

Toutes ces questions seront discutées au sein du comité promis par le maire de Québec en campagne électorale. Une rencontre est prévue «prochainement» entre Régis Labeaume et Gaëtan Gagné pour en définir le mandat.

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DES TRANSPORTEURS BRANCHÉS

Il sera désormais plus facile pour les transporteurs aériens de se connecter au système informatique de l’aéroport de Québec. Le nouveau terminal est équipé par l’entreprise européenne Amadeus, présente dans plusieurs aéroports du monde. 

«C’est un plug and play. Ils se branchent et c’est fini. Il n’y a pas d’investissement. Pour les compagnies, c’est intéressant et pour nous autres aussi», fait valoir le président Gaëtan Gagné. Celui-ci s’attend ainsi à voir débarquer davantage de compagnies qui voudraient desservir Québec sur une courte période, pendant l’été par exemple ou pour la saison des croisières. 

Les nouveaux avions d’environ 200 places capables de franchir l’Atlantique pourraient aussi favoriser un marché comme celui de la capitale, selon le gestionnaire. M. Gagné pense au Boeing 737 MAX 200, au Airbus A321neo, même au CSeries de Bombardier. «Avec ça, je pourrais avoir un vol sur Paris et un vol sur Londres.» 

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PRÉDÉDOUANEMENT: TECHNOLOGIE COÛTEUSE

L’aéroport de Québec a dans ses coffres une trentaine de millions de dollars pour financer la construction du centre de prédédouanement américain, mais il lui faudra trouver 30 autres millions $ pour l’équiper à la fine pointe de la technologie, en tout respect des standards imposés par le gouvernement des États-Unis. 

L’appui du gouvernement du Québec, verbalisé mais pas encore chiffré par le premier ministre Philippe Couillard, pourrait servir à cela, indique le patron de l’aéroport. Ce dernier ne peut dire encore si les municipalités et organisations touristiques de la grande région de Québec seront sollicitées, mais parle d’un «projet collectif». 

En raison du temps mis pour adopter la loi sur le prédédouanement, de la réglementation qui reste à définir et du différend sur le paiement des salaires des douaniers américains — Québec refuse d’assumer des frais qui sont payés dans d’autres aéroports malgré un changement de formule annoncé — la mise en chantier ne pourra débuter avant le printemps 2019 pour se terminer 18 mois plus tard.