Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le nouvel édifice de Lauberivière, dans le quartier Saint-Roch, mardi
Le nouvel édifice de Lauberivière, dans le quartier Saint-Roch, mardi

Lauberivière: «On n’est pas le problème, on est une partie de la solution» [PHOTOS]

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Le directeur général de Lauberivière comprend les citoyens qui se plaignent du dérangement causé par certains usagers autour du nouvel édifice de l’organisme d’aide aux itinérants du quartier Saint-Roch. Cependant, il croit toujours faire davantage partie de la solution que du problème pour contrer un phénomène social qui touche tout le monde.

«Quand la neige a fondu en 2019 et que le soleil est arrivé : Pack! C’est apparu.» Encore aujourd’hui, Éric Boulay s’explique mal ce qui s’est produit. Les comportements problématiques d’usagers ont commencé à déranger le voisinage. Il y a eu des plaintes de citoyens. Aujourd’hui, Lauberivière ne manque pas à ses anciens voisins de la rue Saint-Paul, convient M. Boulay.

Celui qui célèbrera en juin ses 10 ans comme directeur de l’organisme avait alors fait une sortie médiatique pour tenter un début de réponse. Elle pourrait être la même aujourd’hui. «La ville a grossi. Le pourcentage de gens à risque augmente. C’est comme si l’itinérance était devenue visible comme dans une grande ville.»

En mars, Lauberivière ouvrait ses portes 500 mètres plus loin sur la rue du Pont. Du coup, l’organisme déménageait avec lui les problèmes d’un quartier à l’autre. Mais Lauberivière n’est pas le problème, insiste le directeur.

Le nouvel édifice de Lauberivière, dans le quartier Saint-Roch, mardi

«On est ici parce que le problème était déjà là dans notre ville. Je ne le sais pas ce qui est arrivé en 2019. C’est comme si on avait atteint un point de rupture. On mettait le couvercle sur la marmite. L’effet pervers de Lauberivière est de cacher quelque chose qui est là. Le couvercle a éclaté», résume-t-il.

Et la COVID, au dos large, est arrivée. Elle n’est pas la cause des problèmes vécus dans le quartier Saint-Roch. Cependant, elle les amplifie, avance M. Boulay.

Vol, vandalisme, intimidation. Saint-Roch serait transformé en zone où il ne fait plus bon vivre ni brasser des affaires, ont fait savoir des citoyens, lundi, au conseil municipal.

«Les policiers sont dépassés. On ne parle pas de niaiseries comme du flânage, de la consommation d’alcool ou de drogue ou de dépotoir comme le secteur est devenu», a lancé Simon Gauthier pendant la période de questions.

Le directeur-général de Lauberivière Éric Boulay

Jaime kate Woo, copropriétaire du légendaire restaurant Wok and Roll, va plus loin en disant que les gens sont agressifs et que «c’est le retour du Saint-Roch d’il y a vingt ans.» Elle se demande même pourquoi la ville «cherche ainsi à mettre ses citoyens en danger». 

Le maire de Québec n’a pu que souscrire aux inquiétudes des plaignants. «Je comprends très bien les gens qui vivent des problèmes. On en est très conscients. On fait tout ce qu’on peut», a-t-il répondu.

«On ne peut pas mettre les itinérants dans un camion et aller les porter aux portes de la ville. Lauberivière a un bâtiment neuf. Tout le monde est affecté par la COVID et les itinérants sont parmi les plus touchés. Il faudra mettre plus d’argent pour des travailleurs de rue autour de l’édifice. On pense que ça sera plus sécuritaire. On doit servir, aider ces gens-là qui sont dans la rue», ajoute le maire, qui se refuse de parler du retour du «Saint-Roch d’antan».

Éric Boulay n’a pas davantage de «solutions magiques». Assurément, il souhaite travailler de concert avec la Ville, la police et les citoyens pour atténuer un problème pour lequel il ne peut assumer toute la responsabilité.

Un immeuble du voisinage de Lauberivière

«C’est un problème sociétal qui dépasse Lauberivière, précise-t-il. C’est un petit pourcentage des gens qui ne viennent pas nécessairement dans notre ressource, mais qui gravitent autour et qui ont des comportements plus colorés. Si je restais dans Saint-Roch, ça me dérangerait d’avoir quelqu’un qui crie sur le bord de ma fenêtre toute la nuit. C’est dérangeant et déplaisant. L’itinérance, c’est confrontant», lance encore l’homme qui invite les citoyens à dénoncer.

Sans nier le sentiment d’insécurité et les dérangements, son expérience lui fait dire que les itinérants ne sont généralement pas dangereux, comme certains le supposent. Visiblement, il ne souhaite pas voir la mission de son organisme souffrir de cette mauvaise presse à l’extérieur des murs flambant neuf de l’édifice de 143 chambres construit pour 22,5 millions$.

«On remet des centaines de gens sur pied chaque mois. Même nous, comme travailleurs, c’est dérangeant de passer près de gens dans la rue, laissez à eux-mêmes. Quand tu n’es pas habitué à ça comme citoyen, ça te choque, ça te dérange. Mais un sac de couchage, ça n’a jamais mordu personne.» 

Lauberivière vient de s’entendre avec la Ville pour développer un projet de brigade de rue. Des usagers nettoieront les alentours chaque jour en échange d’une allocation bénévole. «C’est le genre d’initiative, quand on les multiplie, qui peut faire la différence», assure-t-il.

Il invite aussi les citoyens à l’appeler et à visiter les installations de Lauberivière. «Il faut continuer à se parler. Il y a aussi une partie d’éducation à faire. Mieux se connaître, c’est aussi une partie de la solution.»