Le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, a d’abord nié le stratagème pour éviter la destitution, puis s’est ravisé. Le maire est absent du conseil municipal depuis le 24 avril, à la suite d’une plainte pour harcèlement psychologique.

L'Ancienne-Lorette: conseil éclair... pour éviter la destitution

Les élus de L’Ancienne-Lorette ont siégé pendant deux minutes et vingt-cinq secondes, mercredi. Résultat d’une manœuvre du maire Émile Loranger, absent du conseil municipal depuis le 24 avril à la suite d’une plainte pour harcèlement psychologique, afin d’éviter un processus de destitution prévu par la loi. 

La prochaine séance ordinaire au calendrier de la municipalité de L’Ancienne-Lorette n’était prévue que le 31 juillet. Or pour éviter d’atteindre une absence de 90 jours consécutifs, M. Loranger n’a eu d’autre choix que de convoquer ses collègues pour une séance extraordinaire, à laquelle il devait évidemment participer.

La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités prévoit en effet une destitution à l’atteinte de ce délai. Un élu est démis de ses fonctions à la fin de la séance suivant l’échéance de la date butoir. M. Loranger aurait techniquement pu siéger le 31 juillet, mais les avocats de la Ville ont préféré ne pas tester les limites de la loi. 

Officiellement, les élus ont été convoqués pour autoriser la nomination d’inspecteurs municipaux, seul sujet à l’ordre du jour. Officieusement, l’objectif était de remettre le compteur de M. Loranger à zéro. Le maire a lui-même admis que la nomination des inspecteurs n’avait rien d’urgent. 

Interrogé sur les réelles motivations de la séance extraordinaire, M. Loranger a d’abord nié le stratagème en mêlée de presse, avant de se raviser. «C’est évident. Essayer de nier ça, ce serait de vous prendre pour des imbéciles», a-t-il dit aux journalistes, dubitatifs devant sa première affirmation.

M. Loranger a juré que la décision de convoquer cette séance n’était pas la sienne, mais plutôt celle «du conseil». La convocation est toutefois claire. «Monsieur Émile Loranger, maire, me demande de vous convoquer en séance extraordinaire le mercredi 18 juillet à 17h», peut-on lire dans l’avis de convocation remis aux élus lorettains.  

Harcèlement

Émile Loranger ne participe plus aux séances du conseil municipal depuis le 24 avril. Le maire disait avoir besoin de repos après la longue bataille menée contre la Ville de Québec concernant le partage de la quote-part de l’agglomération. Son absence a malgré tout suscité de nombreuses questions chez les citoyens, puis chez les journalistes. 

Le Soleil rapportait, fin juin, qu’il faisait l’objet d’une plainte pour harcèlement psychologique par une employée de la Ville. Des sources avaient indiqué que la plainte avait été déposée à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail. Alors contacté par Le Soleil, le maire avait démenti l’information, disant ne pas être au courant qu’il était visé par une plainte. Le même jour, quelques heures plus tard, il en confirmait l’existence au Journal de Québec.

M. Loranger ne s’est pas commis sur l’état des procédures, mercredi. Mais il a dit espérer être de retour à son poste dès le 31 juillet. «J’ai très hâte de reprendre mes fonctions. […] Il y a un problème, il faut que le problème se règle. J’espère que ça va se régler dans les plus brefs délais», a-t-il dit. «Mes collègues du conseil, pour lesquels j’ai beaucoup de respect, m’ont demandé de rester en dehors des dossiers. Je n’ai pas d’obligation légale d’obéir à ça, mais je pense que, par respect pour eux, ils se sentent plus à l’aise comme ça, j’accepte.»

Malaise

À sa sortie de la séance éclair, le conseiller indépendant Gaétan Pageau était quelque peu soufflé par toute cette histoire, de la plainte jusqu’au conseil extraordinaire de mercredi. «Écoutez, toute la situation qui se passe actuellement est très malaisante. Malaisante pour la population, malaisante pour les membres du conseil», a-t-il affirmé.

M. Pageau n’a pas commenté l’affaire directement, mais s’est désolé qu’il y ait une plainte de harcèlement contre le maire. «Un seul dossier, c’est un dossier de trop», a-t-il lancé, se gardant de tirer des conclusions avant la fin de l’enquête.