En poste depuis cinq semaines, le nouveau pdg de l’Aéroport de Québec, Stéphane Poirier, a insisté sur le fait qu’il souhaitait entretenir de bonnes relations avec tous les intervenants de la région

L’Aéroport de Québec souhaite diminuer son fardeau fiscal [VIDÉO]

Parmi les cinq grands axes de développement que s’est donné le nouveau pdg de l’Aéroport Jean-Lesage, Stéphane Poirier, on compte la diminution des frais d’exploitation. Une diminution qui passe nécessairement par une baisse du fardeau fiscal de l’Aéroport, a-t-il déclaré jeudi en conférence de presse.

«Absolument!», a lancé le nouveau pdg lorsque questionné à savoir s’il allait demander une baisse de taxes à la Ville de Québec. «Mais on veut le faire ensemble. Vous savez, on paie à la Ville de Québec au-dessus de cinq millions $ en taxes et on n’a pas de service de la Ville», a expliqué M. Poirier, qui a occupé de 2000 à 2016 le poste de vice-président senior et directeur commercial à l’Aéroport de Calgary avant de passer chez Links Aviation et Honeywell-Aerospace.

M. Poirier a ajouté que les négociations étaient déjà entamées avec la Ville à ce sujet. «Je n’ai pas encore rencontré le maire, mais, by the way, le maire est quelqu’un que j’admire. Personne ne peut l’accuser de ne pas vouloir le développement de sa ville. J’ai très hâte de le rencontrer et c’est clair que ça [une baisse de taxes] fera partie de nos discussions.»

Le président du conseil d’administration de l’Aéroport de Québec, Jean-Claude Labbé, a ajouté que la Ville n’était pas nécessairement à blâmer, car les deux principaux aéroports québécois étaient désavantagés par rapport à leurs homologues du reste du Canada en raison des politiques fiscales de la province. «Ailleurs, ils paient de 0,60 $ à 1 $ par passager alors que chez nous et à l’Aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, c’est plus de 3 $ par passager! On voudrait voir s’il n’y a pas moyen de changer ça», a-t-il expliqué.

Facture de 5,3 millions $

Ainsi, l’Aéroport de Québec paie annuellement 5,3 millions $ en taxes à la Ville de Québec, mais le gouvernement provincial l’a compensé au cours des deux dernières années en lui versant 2,5 millions $ en 2017 et la même somme en 2018 en compensations en lieu de taxes. «Nous ne voulons pas un congé de taxes, nous comprenons que la Ville a besoin de cet argent, mais si la Ville pouvait nous aider dans nos démarches auprès du gouvernement pour corriger un peu la situation. On veut travailler en harmonie avec tout le monde. On pourrait continuer à payer 5,3 millions $ à la Ville de Québec si le gouvernement du Québec nous remboursait davantage», a indiqué M. Labbé.

«Les compensations de 2,5 millions $ versées en 2017 et 2018 l’étaient en vertu d’une entente de cinq ans, mais il y a un nouveau gouvernement à Québec. Les discussions sont reprises sur le sujet», précise M. Labbé.

Le président du C.A. a aussi mentionné le bail de 60 ans avec Transport Canada et les 5,5 millions $ que l’Aéroport verse ainsi annuellement au gouvernement du Canada. «Ça non plus, ça n’aide pas au niveau des frais d’exploitation. Ça fait partie des choses dont nous souhaitons discuter actuellement», poursuit-il. Le loyer de l’Aéroport Jean-Lesage est fixé en fonction de son chiffre d’affaires. Alors qu’il était jusqu’à tout récemment de 6 % du chiffre d’affaires, le pourcentage a maintenant augmenté à 8 % du chiffre d’affaires et pourrait éventuellement atteindre le taux maximal de 10 % du chiffre d’affaires avec le développement de l’Aéroport.

Bonnes relations

D’autre part, en poste depuis cinq semaines, Stéphane Poirier a insisté sur le fait qu’il souhaitait entretenir de bonnes relations avec tous les intervenants de la région alors que les relations étaient plutôt tendues entre la Ville et l’Aéroport dans la foulée du dépôt du rapport du Comité de travail sur l’accessibilité aérienne qui avait été plutôt critique envers l’administration. «Je crois que j’ai une grande qualité de rassembleur, ce qui est essentiel pour faire avancer la cause de l’Aéroport de Québec», indique-t-il. De son côté, Jean-Claude Labbé a qualifié les querelles du passé de «vaines et inutiles» et dit avoir expédié une lettre à Andrée Gauthier, présidente de l’Office du tourisme de Québec, pour lui proposer la formation d’un comité conjoint qui serait coprésidé par elle et M. Poirier.

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UN PARC INDUSTRIEL ET UN HÔTEL DANS LES PLANS

Le nouveau pdg de l’Aéroport Jean-Lesage, Stéphane Poirier, voudrait voir celui-ci se développer comme l’Aéroport de Calgary, où il a œuvré pendant seize ans, plus récemment comme vice-président senior et directeur commercial.

«YQB est à un moment critique au moment où l’Aéroport sort d’une phase de construction intense. Là, mon défi, c’est d’accélérer le développement», a-t-il déclaré en conférence de presse jeudi. L’un des axes de développement que le nouveau pdg a l’intention de prioriser est l’augmentation et la diversification des revenus. «Il faut diversifier les sources de revenus afin d’être moins tributaire des frais d’atterrissage», insiste-t-il.

Le projet hôtelier sur le site de l’aéroport, M. Poirier souhaiterait le réaliser à court terme plutôt qu’à moyen terme. «On devrait faire l’appel d’offres au début de 2020, mais on sait qu’un hôtel, ce n’est pas quelque chose qui se bâtit en deux semaines», a-t-il expliqué. 

La vision de Stéphane Poirier se base sur l’expérience vécue à l’Aéroport de Calgary, où aucun hôtel n’était installé au début des années 2000. «J’ai mené de l’avant une stratégie qui commençait aussi par la construction d’un hôtel. Aujourd’hui il y a quatre hôtels et 3 millions de pieds carrés d’entreprises sur les terrains aéroportuaires. Tout cela amène aussi des clients qui peuvent amener une augmentation du volume de cargo.»

Centre de prédédouanement

Le projet de centre de prédédouanement à Québec tient également à cœur au nouveau pdg, qui en parle comme de la priorité de l’Aéroport. «C’est un dossier très important à l’Aéroport et dans la ville de Québec, c’est absolument incontournable à moyen et long terme», a-t-il déclaré en rappelant que le projet était appuyé par 95 % des résidents de la ville. Même s’il souhaite voir le projet prendre forme «le plus tôt possible», M. Poirier demeure réaliste en signalant qu’il s’écoule normalement trente mois entre l’autorisation et l’ouverture d’un centre de prédédouanement.

«À court terme, il faut impliquer tous les paliers de gouvernement dans ce projet. Jusqu’à maintenant, nos réunions portent à croire qu’on pourra faire valoir la validité du dossier», indique M. Poirier. Il souligne cependant que l’un des problèmes rencontrés est que le cadre légal pour mettre de l’avant un centre de prédédouanement à Québec n’existe pas actuellement. «Mais je pense que ça se réglera puisque, maintenant, on ne demande plus au gouvernement fédéral de payer les douaniers. C’était une embuche majeure. Hier [mercredi], des experts mondiaux ont commencé à travailler sur le dossier pour voir si on ne pourrait pas diminuer encore les coûts d’exploitation, pour voir si on ne pourrait pas faire un projet pilote.» 

Desserte

Quant à la desserte aérienne, M. Poirier compte bien ajouter des liaisons à l’Aéroport Jean-Lesage, mais souhaite y aller prudemment afin de s’assurer que les nouvelles liaisons demeurent en place. «Il faut que ce soit soutenable. Il faut être agressif, mais il faut que ce soit réalisable», précise-t-il en ajoutant qu’il a l’œil sur Londres, Paris et certaines villes des États-Unis. Encore là, son expérience à Calgary guidera ses efforts. «Quand nous avions décidé de développer un vol sans escale vers Tokyo il y a cinq ans, on se faisait dire que Vancouver avait le monopole pour l’Asie. Cinq ans plus tard, la liaison existe encore, de même qu’une liaison vers Pékin qu’on a ajoutée par la suite.» 

Stéphane Poirier ne croit pas non plus que l’Aéroport Jean-Lesage ait grandi trop vite. «Si on n’a pas la capacité, on n’aura pas les vols! On vient d’investir 2,4 milliards à l’Aéroport de Calgary et, pourtant, c’est vide certaines parties de la journée. Un aéroport doit être bâti pour les périodes de pointe et, si tu n’as pas la capacité, tu n’amèneras pas de nouveaux vols en période de pointe. Les transporteurs aiment beaucoup les périodes de pointe justement parce que ça leur permet de réaliser des économies d’échelle. C’est de cette façon qu’on développe un aéroport», conclut-il. Ian Bussières