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Labeaume s'inspire d’Innovatech dans le développement de Québec
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Vous souvenez-vous d'Innovatech?

Régis Labeaume a toujours été un brin nostalgique de la glorieuse époque d’Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches. Il a siégé au conseil d’administration de la société de capital de risque de 1997 à 2005.

L’octroi, en juin dernier, d’une somme de 75,8 millions $ sur cinq ans par l’ancien gouvernement du Québec, dans la foulée de l’adoption de la Loi accordant le statut de capitale nationale à la Ville de Québec et augmentant à ce titre son autonomie et ses pouvoirs, a redonné au maire les moyens de ses ambitions en matière de développement économique.

«À la fin des négociations qui ont mené à l’adoption de la loi, j’ai dit au gouvernement : il faut recréer Innovatech», expose Régis Labeaume dans une entrevue accordée au Soleil avant le congé des Fêtes. «J’ai finalement réussi à aller chercher cet argent-là.»

Un petit retour en arrière s’impose.

La société Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches a vu le jour en 1994.

Sa mission consistait à soutenir des initiatives permettant d’accroître la capacité technologique dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches. La société de capital de risque intervenait auprès des jeunes pousses au moment où ces dernières traversaient les cruciales étapes d’amorçage et de démarrage de leurs opérations.

En tout et partout, Innovatech a injecté 182 millions $ dans plus de 150 entreprises naissantes.

Pour chaque dollar investi par la société de capital de risque, les investisseurs privés ont déposé 2,20 $ sur la table.

Ainsi, Innovatech a contribué à la création de 4000 emplois et à l’émergence d’entreprises comme BD, Anapharm, Medicago, H2O Innovation et Optosécurité.

Placée sous le respirateur artificiel au milieu des années 2000, la société Innovatech est devenue, par la suite, un fonds de capital de risque géré par Desjardins.

Faire plus avec moins

Régis Labeaume l’avoue : ce n’est pas le rôle d’une ville de faire du développement économique. 

«La Ville de Québec n’est pas une banque. Par contre, avec l’argent que nous avons obtenu du gouvernement provincial, nous pouvons organiser notre écosystème à Québec pour que ça fonctionne. Entre 15 et 20 millions $ par année, ce n’est pas des pinottes!»

Cet écosystème en matière d’aide au développement économique régional et à l’entrepreneuriat a connu un bouleversement à la fin de 2014 avec la cessation des activités du Centre local de développement (CLD) de Québec à la suite d’une décision du gouvernement du Québec de l’époque.

D’ailleurs, Régis Labeaume a milité fortement en faveur de la disparition du CLD de Québec.

«J’avais informé plusieurs ministres à Québec que le CLD à Québec, je n’en voulais plus», déclarait M. Labeaume au Soleil en novembre 2014. «Ça ne fonctionne pas, c’est beaucoup de monde, ça coûte énormément cher en administration avec 45 personnes. Pour les sommes qu’ils ont à gérer, ça n’a aucun bon sens», évoquait-il.

À la suite de la fermeture du CLD, la Ville de Québec a promptement pris la relève.

Aujourd’hui, une équipe de 12 conseillers en développement économique gère l’enveloppe de 75,8 millions $ sur cinq ans et deux fonds dédiés — le Fonds de développement des territoires (FDT) et le Fonds local d’investissement (FLI) — hérités du défunt CLD de Québec totalisant un peu plus de 7 millions $ par année.

«Nous faisons pas mal plus avec pas mal moins de ressources», se félicite le premier magistrat de Québec.

«Nous nous appuyons sur un réseau d’une soixantaine de partenaires et notre mission est de coordonner ce qui se fait sur le terrain», explique Jacques Vidal, directeur du Développement de l’entrepreneuriat, des entreprises et de la région à la Ville de Québec.

Ces partenaires, ils font leur boulot respectif dans le développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes, dans l’accompagnement des entrepreneurs ou encore dans le financement des entreprises.

Qu’il suffise de penser à Entrepreneuriat Laval, à Québec International, au Fonds d’emprunt Québec, à la Corporation de développement économique communautaire, à Sage Mentorat, le Fonds Innovexport et aux différents incubateurs d’entreprises. 

«À la Ville de Québec, lorsque nous recevons une demande d’un entrepreneur, nous l’acheminons sans délai à notre partenaire qui est le mieux placé pour faire avancer son projet», indique M. Vidal en précisant que la municipalité recevait plus de 700 demandes par année et en acceptait environ 360.

«Les taux de satisfaction des clients varient de 87 % à 90 %», souligne le haut fonctionnaire.

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Être dans la gang!

«Nous n’acceptons plus que chacun fonctionne en silo. Si tu veux fonctionner en silo, tu n’auras pas une cenne. C’est bête à dire comme ça, mais tu ne seras pas dans la gang!»

Pour Régis Labeaume, le «chacun dans son coin» a été trop longtemps la marque de commerce de Québec en matière de développement économique régional.

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Labeaume: «Nous autres, on prend des risques»

«Si on est pour être frileux, on n’a pas d’affaires-là», tranche Régis Labeaume.

«Nous autres, on prend des risques. On a la capacité, maintenant, pour le faire.»

La politique d’investissement de la Vision entrepreneuriale Québec 2023 prévoit des interventions de la Ville de Québec et de sa soixantaine de partenaires tout au long de la vie d’une entreprise. 

Ça va de la contribution à l’amorçage de la jeune pousse à l’accompagnement des sociétés matures vers les chemins de l’exportation en passant par l’aide accordée aux entreprises qui veulent prendre le virage numérique.

Le coup de pouce passe des contributions remboursables ou non remboursables.

«À la Ville, nous recevons les dossiers quand vient le moment d’accorder le financement», informe Jacques Vidal, Directeur du développement de l’entrepreneuriat, des entreprises et de la région. 

Un comité d’analyse et de recommandation passe au crible les demandes de financement. Il est composé de femmes et d’hommes d’affaires, en l’occurrence Élisabeth Bélanger (La Maison Orphée), Virginie Faucher (Chocolats Favoris), Denis Lefrançois (gestionnaire) et Luc Samama (Conjoncture affaires publiques). Le comité est présidé par Jacques Desmeules, un retraité du secteur financier qui a été président, à l’époque, d’Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches. «Des gens qui ont vu neiger et qui sont capables d’identifier les entrepreneurs qui ont de la graine de champions», souligne Charles Marceau, directeur du Service du développement économique et des grands projets à la Ville de Québec.

Partenariats

«C’est très rare que la Ville soit seule pour financer une jeune pousse. Nous sommes toujours en partenariat avec des investisseurs publics ou privés. La Ville est souvent le partenaire qui vient boucler le financement», précise Jacques Vidal.

«On les amène jusqu’à ceux qui sont frileux!» lance à la blague Régis Labeaume.

«Avant d’embarquer, les investisseurs exigent souvent qu’un partenaire solide se pointe le bout du nez. C’est le rôle de la Ville», renchérit Charles Marceau.

Par ailleurs, le maire Labeaume insiste sur l’importance de l’implantation à Québec, en septembre 2016, du Fonds Innovexport, une société d’investissement spécialisée en capital d’amorçage et de démarrage qui appuie le développement d’entreprises québécoises innovantes à la recherche de croissance sur les marchés internationaux.  

Pendant longtemps, Régis Labeaume a déploré l’absence, dans la capitale, de sociétés de capital de risque aux poches profondes. 

«C’était important d’avoir un tel fonds à Québec. Un fonds dirigé par un gars de Québec (Richard Bordeleau) en plus. Il sait ce qui se passe ici. Les jeunes entreprises performantes de chez nous, Innovexport les connaît.»