Régis Labeaume, accompagné de Rémy Normand sur la photo, a annoncé lundi les modifications apportées à son comité exécutif après le départ, jeudi, d’un des piliers de son équipe, Jonatan Julien

Labeaume regrette le départ de Jonatan Julien

Régis Labeaume regrette le départ de Jonatan Julien et garde même la porte ouverte à un éventuel retour. Mais du même souffle, il affirme que le maire de Québec ne peut assumer seul les conséquences des gestes posés à la Ville.

M. Labeaume annonçait lundi les modifications apportées à son comité exécutif à la suite du départ, jeudi, d’un des piliers de son équipe. Il a convoqué les médias dès son retour de New York où il participait à une rencontre économique de l’ONU. Du coup, il devait revenir sur la malheureuse séquence qui a mené à la décision de M. Julien.

«Je regrette son départ, je le remercie pour le travail accompli et je lui souhaite bonne chance», a lancé le maire. Bien que réticent à parler des événements, il a soulevé une partie du voile.

Ainsi, M. Labeaume dit avoir contacté le conseiller de Neufchâtel-Lebourgneuf sur sa boîte vocale et par texto pour lui parler avant qu’il ne prenne la décision de siéger comme indépendant. Il a d’ailleurs appris la nouvelle en même temps que tout le monde. Selon ses dires, il n’a obtenu aucune réponse. Vendredi, M. Labeaume était «en maudit» sur la tangente de cette histoire. Aujourd’hui, il a décidé de regarder devant. «Jonatan a fait ses choix. J’ai fait les miens. La page est tournée», tranche-t-il, insistant sur le fait que ce dossier ne reflète pas la dernière d’une série de divergences entre les deux hommes.

Signe qu’il n’en veut pas à celui qui était considéré par plusieurs comme son bras droit, le maire confirme que la porte demeure ouverte s’il voulait revenir au bercail. «Le cas échéant, il me fera plaisir de voir s’il peut réintégrer le comité exécutif.»

Des ratés

Le Soleil révélait le 25 avril que le terrain de 15 000 mètres carrés de 2,6 millions $ acquis pour la construction d’une nouvelle centrale de police, à l’angle du boulevard Pierre-Bertrand, dans Lebourgneuf, ne pouvait accueillir plus de 325 cases de stationnement, alors qu’il en faudrait 700 pour répondre aux besoins des policiers en période de pointe.

Pour pallier ce problème, la Ville envisageait un second stationnement sur le terrain du RTC, rue des Rocailles, à quelque 500 mètres du futur poste.

C’est le dernier d’une série de ratés dans le dossier de la construction de la centrale qui a mené au départ de M. Julien. Mercredi dernier, Régis Labeaume avait confié: «Mon collègue l’a échappé», en lien avec la mauvaise évaluation des coûts du projet de centrale, qui est passé de 40 à 72 millions $, et du manque d’espace du terrain acquis pour la construire.

Ce blâme public a convaincu M. Julien de quitter Équipe Labeaume et de siéger comme indépendant. Jeudi, il expliquait à la presse que «la sortie de M. Labeaume est injustifiée quant au fond et totalement inacceptable dans sa forme et que le lien de confiance est maintenant brisé».

Mauvaise image

Lundi, Régis Labeaume a précisé que sa version des faits diffère de celle de M. Julien. «Mon lien de confiance s’est aussi beaucoup dégradé dans ce dossier [...]. Le maire ne peut pas, en tout temps, en toute circonstance, et pour tout le monde, assumer toujours seul les conséquences des gestes posés à la Ville de Québec. Les plus expérimentés ont toute la latitude pour travailler et ficeler leur dossier avant que les décisions finales soient prises. Avec la responsabilité viennent l’imputabilité et le devoir d’assumer», a-t-il expliqué.

«La gestion du dossier de la centrale de police a donné l’impression de cafouillage et d’explosion des coûts alors qu’on en revient au coût initial», enchaîne le maire. C’est avec beaucoup de frustrations que j’ai pris sur mon dos toute cette confusion. Ça donne l’impression que l’administration était incapable de gérer ce dossier. Tout ça est très dommageable au moment où on s’apprête à investir 3 milliards $ dans la construction d’un réseau structurant de transport. La suite du dossier [manque d’espace] a renforcé encore plus ce sentiment d’incapacité de l’administration. C’est injuste», a-t-il résumé.

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin, estime que le maire tente de banaliser «ce qui s’est passé dans le dossier de la centrale de police». Il réclame toujours un plénier pour s’assurer «que la planification [du projet] est au rendez-vous» et que l’argent est bien dépensé.

Pour sa part, le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, parle du retour d’une certaine justice. «Le dossier de départ était estimé à 80 millions $ par les policiers. À l’époque, le maire avait qualifié ces demandes de «chromées et exagérées»», souligne-t-il.

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«LE DOSSIER EST SUR MON BUREAU»

Le maire de Québec reprend les rênes du dossier de la construction de la future centrale de police. Toutes les hypothèses sont sur la table, incluant la possibilité de construire la centrale sur un autre terrain... plus grand.

Le maire Labeaume avait lui-même plus de questions que de réponses à donner, lundi, sur le projet de la future centrale de police. «Le dossier de la centrale est sur mon bureau. Actuellement, je veux me remettre dedans pour tout revoir, pour s’assurer qu’on est correct. Heureusement, il n’y a pas beaucoup d’argent investi. Les pertes financières, ça va être minime», a-t-il indiqué. Le projet en est encore à la conception des plans. 

Le principal problème avec l’actuel terrain demeure le manque d’espace pour garer tous les véhicules dans un stationnement de surface. Idéalement, on veut éviter de construire un coûteux stationnement étagé. On désire encore moins se tourner vers un plus dispendieux stationnement souterrain. Ces solutions doivent pourtant être envisagées pour éviter d’aménager un second stationnement, avenue des Rocailles, au siège social du RTC.

Pour la Fraternité des policiers, cette dernière option soulève des questions de sécurité pour les policiers en civil qui devraient alors se rendre à pied jusqu’à la centrale. 

«Je souhaite informer les policiers de la Ville de Québec que nous ferons tout pour leur assurer un environnement sécuritaire», a déclaré le maire.

«J’ai demandé à tout le monde de regarder des hypothèses ailleurs aussi», a précisé M. Labeaume. Le choix d’un autre terrain pourrait même se faire à l’extérieur du secteur Lebourgneuf, initialement choisi pour sa proximité avec les autoroutes.

Cette révision du projet pourrait entraîner un délai avant l’inauguration d’un nouveau bâtiment initialement prévu pour 2021.

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À QUATRE POUR REPRENDRE LES DOSSIERS

Ils s’y mettront à quatre pour reprendre les dossiers devenus orphelins avec le départ de Jonatan Julien. 

L’actuel responsable des imposants projets liés aux transports et au plan de mobilité durable, Rémy Normand, devient l’un des deux vice-présidents du comité exécutif. L’autre vice-présidence est déjà assurée par Marie-Josée Savard. M. Normand ajoute à ses fonctions les finances et les approvisionnements. 

Steeve Verret, déjà membre du comité, prendra l’ingénierie et les infrastructures de rue. 

Jérémie Ernould est le seul nouveau venu dans l’exécutif. Le conseiller de 33 ans sera chargé des travaux publics, de l’évaluation, de la  gestion des immeubles et des équipements motorisés. 

Enfin, Régis Labeaume lui-même reprend une partie des tâches. Il s’occupera des ressources humaines, des relations de travail et des grands projets. 

S’il n’est plus membre de l’exécutif, Jonatan Julien conserve toujours son titre de président de l’arrondissement des Rivières. Le maire Labeaume statuera plus tard s’il peut demeurer vice-président du Réseau de transport de la capitale.