«Ce n’est pas une petite chicane provincial-fédéral que ça prend. Ça prend de la volonté politique», a lancé jeudi Régis Labeaume, nerveux à l'idée d'un retard dans les travaux du réseau structurant.

Labeaume nerveux pour le financement du tramway [VIDÉO]

Le maire de Québec lance «un dernier rappel» aux gouvernements supérieurs : ils doivent s’engager dans les imminents budgets à financer la totalité des 3 milliards $ requis pour lancer le projet de réseau structurant de transport en commun, peu importe d’où viennent les fonds. Sans quoi ils porteront la responsabilité des retards dans les travaux.

Régis Labeaume semblait nerveux jeudi. Nerveux de ne pas pouvoir poursuivre la gigantesque entreprise du tramway afin de respecter l’échéancier annonçant la construction dès 2021. «Il faut que ça parte. […] On n’a pas de réponse et on est à peu près à une dizaine de jours des budgets. À 10 jours je commence à sentir une urgence.»

Devant la presse, le maire s’est fait professeur en pointant des tableaux de statistiques et un résumé de son argumentaire à l’écran. Il voulait convaincre que des fonds pour le transport en commun sont disponibles, à Québec et à Ottawa. Et dire qu’il ne veut pas faire les frais d’un différend entre les deux gouvernements qui ne s’entendent pas dans quelles enveloppes piger les 3 milliards $. 

«Ce n’est pas une petite chicane provincial-fédéral que ça prend. Ça prend de la volonté politique», tonne Régis Labeaume. «N’allez pas dire que c’est la faute de l’autre, vous êtes capables de régler le problème. Il y a de l’argent comme il n’y en a jamais eu.»

Si le gouvernement de la Coalition avenir Québec ne confirme pas le financement de 3 milliards $ dans son premier budget, il y aura des retards, insiste le président du Réseau de transport de Québec, Rémy Normand. «Ça vient briser le rythme de croisière que nous avons acquis. On est dans un rythme où ça va bien nos travaux.»

«On n’a pas besoin de la somme demain matin», ajoute M. Normand. «On a besoin d’un engagement clair et précis.»

Moins pour Montréal

Dans son exposé, le maire Régis Labeaume a fait une série de demandes et de propositions à l’adresse des élus de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes. Au final, chaque idée soumise permet de financer le tramway.

Au fédéral, il suggère de modifier les critères d’octroi de subventions pour le transport en commun. Les sommes sont distribuées en fonction de l’achalandage, ce qui privilégie Montréal et ses banlieues qui peuvent toucher 82 % des milliards, et ne laisse que 8 % à la capitale. En versant les subsides selon la «population desservie», Québec recevrait 14 % ce qui serait suffisant pour compléter le financement du réseau structurant.

«Si le gouvernement fédéral refuse d’abandonner son critère d’achalandage, le gouvernement du Québec doit agir», enchaîne-t-il. Le ministre des Finances de la CAQ devrait compenser le manque à gagner, selon lui. Soit en répartissant les sommes dédiées au transport en commun différemment entre les villes, soit en ponctionnant le Fonds vert du Québec, soit en pigeant dans le Fonds des infrastructures vertes du fédéral. Ou, pourquoi pas, simplement en augmentant les montants dédiés au transport en commun dans le prochain budget. «Il faut vraiment éviter des délais et des retards.»

Le gouvernement québécois a déjà dit plusieurs fois qu’il ne versera pas plus que les 1,8 milliard $ promis. Et que c’est à Ottawa de débourser les 1,2 milliard $ manquants. Le fédéral dit plutôt qu’il donnera 412 millions $ et que la balance doit venir d’un des fonds verts…


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Le chef de l'Opposition officielle, Jean-François Gosselin

LA FAUTE DU MAIRE, SELON QUÉBEC 21

Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, invite le maire de Québec à «regarder dans sa cour à lui» s’il cherche un responsable pour les difficultés à financer le futur réseau structurant de transport en commun. 

«Le maire de Québec vient de nous confirmer que le financement de son projet de tramway est en péril», a commenté le chef de l’Opposition officielle après la conférence de presse du maire. 

«Régis Labeaume essaie de mettre la faute sur les gouvernements supérieurs. […] C’est sa faute à lui, ce n’est pas la faute des gouvernements supérieurs.» Le maire va trop vite, selon Jean-François Gosselin. La Ville poursuit les dépenses pour faire progresser le dossier sans que le financement soit bouclé : «Je trouve ça inquiétant.» 

Selon Jean-François Gosselin, il aurait fallu mieux évaluer les besoins en transport de la population de la région avant d’entreprendre les travaux et études préliminaires. Et il ne voit pas pourquoi les gouvernements devraient précipiter leurs investissements dans le tramway. «Où est l’urgence? Il va trop vite.» Baptiste Ricard-Châtelain

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Étienne Grandmont, d'Accès transports viables

«BRAS DE FER STÉRILE»

«Il n’y a rien qui empêche le gouvernement du Québec de financer un projet à 100 %», lance le directeur général d’Accès transports viables, Étienne Grandmont. Il juge que la Coalition avenir Québec doit passer outre le «bras de fer stérile et inutile» en cours avec le fédéral au sujet du financement du tramway. «Il y a de l’argent en ce moment pour le transport en commun, il n’y en a jamais eu autant. Québec est capable de financer à 100 %; let’s go, on avance! […] Retarder un projet de cette ampleur-là parce qu’on n’est pas capable de s’entendre politiquement, ça n’a pas de bon sens.»Baptiste Ricard-Châtelain