«On ne peut pas toujours être intempestif, dans l'action-action. Parfois, il faut s'asseoir et réfléchir avant de prendre une décision», analyse le spécialiste en communication politique Thierry Giasson au sujet du maire Régis Labeaume.

Labeaume devra «amender» son style

Le spécialiste en communication politique Thierry Giasson souhaite que l'aventure Rapaille entraînera un changement de pratique du maire dans la manière dont il semble mener certains dossiers.
«C'est révélateur de la façon dont il gère la Ville», lance le professeur de l'Université Laval, faisant référence au fait que M. Labeaume n'a jamais su bien expliquer sa démarche au public, pourtant si importante à ses yeux. «On ne peut pas toujours être intempestif, dans l'action-action. Parfois, il faut s'asseoir et réfléchir avant de prendre une décision», ajoute-t-il.
«La façon dont le maire communique avec les gens et la manière dont il présente ses projets sont inadéquates. Il n'y a jamais eu de relation de confiance entre M. Rapaille et la population. Les gens se demandaient pourquoi il fallait faire affaires avec quelqu'un de l'extérieur [du Québec] et pourquoi il fallait lui verser 300 000 $. Quand on refuse de donner des réponses aux journalistes, ces derniers commencent à creuser et ils découvrent des choses. Le style Labeaume devra être amendé», précise l'expert.
M. Giasson considère également que le travail de recherche fait par Le Soleil aurait dû être effectué par l'équipe du maire avant qu'on signe le contrat avec Rapaille. «Vérifier les références des gens, on fait ça pour n'importe quel employé.»
Une opinion que partage Richard Thibault, spécialiste en gestion de crise. Selon lui, des vérifications adéquates sur le personnage auraient évité tous ces tracas à l'administration municipale. Et lui aussi estime que les problèmes du maire remontent plus loin que la publication du reportage de samedi dans Le Soleil.
«Le public n'avait déjà pas apprécié de se faire traiter de névrosé, de mangeux de poutine et de sadomasochiste. Ça a culminé avec ce reportage. Clotaire a été accusé, jugé et pendu. Il a perdu toute crédibilité et lui-même devra vivre avec les dommages considérables provoqués par l'enquête du Soleil.»
Porter le blâme
M. Thibault, interrogé avant la tenue de la conférence de presse de M. Labeaume, aurait conseillé au maire de faire un mea-culpa. «Il y a une faute qui a été commise et il doit en porter le blâme», laissait-il entendre en milieu d'après-midi. Force est de constater que le maire ne l'a pas écouté puisqu'il a finalement mentionné que le seul à blâmer était Rapaille lui-même.
N'empêche, M. Thibault croit que le maire se relèvera. «Ça ne sera pas une plaie mortelle. C'est au plus une erreur de jugement de sa part et de plusieurs personnes qui lui ont recommandé l'emploi de cet homme-là.»
De son côté, M. Giasson rappelle que le maire a l'avantage de ne pas avoir d'opposition et d'avoir commis cette erreur en début de mandat. Ce qu'il attend, à présent, c'est la réaction des membres de son équipe. «En fin de semaine, il semblait y avoir une omertà. Pourtant, il ne devait pas y avoir de ligne de parti. Est-ce qu'on ne voit pas poindre une ligne de parti avec un chef? Il risque d'y avoir quelques soubresauts», conclut-il.