L'abandon du SRB à Lévis, pas juste une question d'argent

Le maire de Lévis a abandonné le projet de service rapide par bus (SRB) en raison du calcul coûts-bénéfices, mais également parce qu'il craignait que les usagers du transport en commun de Lévis soient contraints à plusieurs transferts pour joindre la rive nord. Gilles Lehouillier se met donc à la recherche d'«interconnexion» et évoque même la possibilité que les bus de Lévis roulent sans entraves dans les rues de Québec.
Le nombre de transferts fait partie des «questions sans réponse» au même titre que le financement du SRB, a spécifié M. Lehouillier mercredi, lors d'une mêlée de presse à l'hôtel de ville.
Le maire a expliqué qu'un scénario de moins grande envergure a été considéré pour le SRB. Il concernait le secteur de la tête des ponts, aurait nécessité des investissements de 55 millions $ et compté pour 9 % de l'achalandage total du SRB. Mais il aurait alors fallu que les passagers de l'est de Lévis changent de véhicule au pôle d'échange de Saint-Romuald. 
Il était prévu d'étirer le corridor réservé jusqu'au pôle Desjardins dans une deuxième phase, mais cela aurait coûté près de 600 millions $ pour aller chercher seulement 2 % plus de clientèle. 
Le conseil municipal de Lévis a tout rejeté en bloc car il craignait que la première phase force la deuxième. Le maire se montre confiant de développer une «solution sur mesure» qui fasse davantage l'affaire des citoyens et coûte moins cher. 
«Il y a une inconnue sur le nombre de transferts. Il ne faut pas oublier que le SRB va graviter sur le boulevard Charest alors combien de transferts les gens de Lévis auraient eu à prendre pour se rendre à destination par exemple sur la colline parlementaire? Alors que nous, il ne faut pas l'oublier, la STL (Société de transport de Lévis) dessert directement, elle a une ligne directe vers la colline parlementaire», a-t-il fait valoir. 
«Interconnexion» nécessaire
Malgré la mise au rancart du SRB, M. Lehouillier estime nécessaire d'avoir une «interconnexion» avec le réseau de transport en commun de Québec. Mercredi, il a fait part de scénarios où un carrefour de correspondance serait aménagé d'un côté ou de l'autre du pont de Québec, à Saint-Romuald ou près de l'Université Laval. 
Le maire de Lévis a aussi manifesté le désir de voir rouler librement les autobus de la STLévis dans les rues de Québec. Actuellement, les express «parlementaires» vont porter les navetteurs jusque dans le secteur du Parlement et aux portes de quelques institutions d'enseignement postsecondaire, mais ne peuvent prendre de passagers au retour. «Nous, on veut être maîtres de transporter nos gens à Québec», a indiqué M. Lehouillier. 
La nouvelle proposition de Lévis sera élaborée dans les prochaines semaines par un comité tout juste formé et présidé par le président de la STLévis, Michel Patry. Les trois employés municipaux prêtés au bureau d'études du SRB seront rapatriés dans les prochains jours. 
La Ville entend déposer une proposition «moins onéreuse» mais avec «une très grande efficience» au ministère des Transports du Québec. Le maire parle de voies réservées classiques, sans la plateforme typique du SRB qui oblige à retirer les infrastructures du sous-sol. Il n'est pas clair si le fédéral sera invité à participer financièrement. 
M. Lehouillier a confirmé qu'il n'a pas l'intention de réclamer une partie des 56 millions $ accordés dans le dernier budget provincial pour la réalisation des plans et devis du SRB. Il croit possible pour Québec de réaliser le projet en solo. Il doit en discuter avec son homologue Régis Labeaume, avec qui il est confiant de s'entendre sur «une interconnexion intéressante». 
Quant à l'opinion publique, qui semble se détourner du SRB et réclamer plutôt un troisième lien, M. Lehouillier y est sensible. «Le troisième lien pour nous est un incontournable et on va se battre très fort pour sa réalisation», a-t-il affirmé mercredi.