Le restaurant Soupe & Cie, dans Limoilou, a reçu une amende de 2000 $ pour son affiche lumineuse, et un avis d’infraction concernant ses banderoles en soutiens-gorge.

«La Ville tue la créativité»: des restaurateurs se disent victimes de leur originalité

La semaine dernière, le restaurant Soupe & Cie, sur la 3e Avenue, à Limoilou, a été condamné en cour municipale à payer une amende de 2000 $ pour une affiche de soupe au chocolat dont l’éclairage a été jugé non conforme par la Ville de Québec.

Dans la vitrine du commerce, l’affiche est insérée dans un cadre de bronze illuminé par des ampoules scintillantes. Mais celles-ci enfreignent le règlement d’harmonisation sur l’urbanisme de la Ville, qui exige un éclairage par projection ou rétroéclairage dans ce secteur de la ville. 

«Ils sont vraiment zélés», dit Natacha Thériault, copropriétaire du Soupe & Cie. «Mon affiche ne dérange personne.»

Mme Thériault, qui dit avoir reçu beaucoup de compliments sur son affiche rétro, trouve que les autorités municipales sont exagérément pointilleuses. À son avis, la Ville décourage l’audace artistique des restaurateurs, qui doivent se distinguer pour survivre dans une industrie déjà très difficile. 

En 2016, le Soupe & Cie a aussi reçu un avis d’infraction de la Ville pour avoir ajouté au-dessus de sa terrasse des banderoles de soutiens-gorge qui font office de pergola, sans avoir obtenu l’aval de la Ville. 

Des correctifs devaient être apportés, précisait la Ville dans son avis : «Vous devez retirer tous les éléments (poteau et câble d’acier ainsi que les brassières) de la pergola».

Les banderoles de soutiens-gorges sont revenues chaque été quand même, créant un buzz sur Instagram et auprès des touristes. Mme Thériault s’estime heureuse de ne pas encore avoir reçu de constat pour ça. 

Soupe & Cie avait déjà eu maille à partir avec le MAPAQ pour avoir installé un frigo à l’extérieur de son restaurant où les citoyens pouvaient partager leurs restes alimentaires avec les plus démunis. Natacha Thériault en a assez de la lourdeur bureaucratique. «T’as besoin d’un permis pour tout, tout, tout!» se désole-t-elle. 

Copropriétaire du café-resto libanais Shady, dans le quartier Maizerets, Patrick Pépin se dit épuisé par ce qu’il considère lui aussi comme le zèle de la Ville en matière d’urbanisme. «La Ville tue la créativité», dit-il.

Village décoratif

À l’été 2016, M. Pépin a reçu une série d’avis d’infraction de la Ville concernant le Sorbetto & Gelato, une annexe glacée qu’il a aménagée dans son entrée privée, à côté de son restaurant. 

Le restaurateur y avait entre autres fait construire un village décoratif pour les enfants, devant lequel il avait installé une estrade pour que les parents puissent voir leurs filles et leurs fils jouer pendant qu’ils dégustent leur crème glacée. 

L’endroit est devenu très populaire dans le quartier. Mais la Ville exigeait que le Shady retire ou modifie les enseignes, les estrades, le mobilier extérieur et le village décoratif pour les enfants du Sorbetto & Gelato, tous jugés non conformes. 

Des milliers de citoyens ont signé une pétition pour que le Sorbetto & Gelato puisse rester comme il était. Fort de l’appui populaire, affirme M. Pépin, le Shady a réussi à négocier avec la Ville pour faire quelques modifications sans défaire l’essentiel des aménagements de l’annexe glacée, dont l’estrade et le village pour enfants. 

Mais la bataille a découragé Patrick Pépin. «Je ne suis plus motivé par la création, pour rendre ça plus joli. [...] Maintenant, je fais juste entretenir avec mon pinceau». 

Au Soupe & Cie, Natacha Thériault compte soumettre une nouvelle demande de permis à la Ville pour une affiche de soupe au chocolat dépourvue d’éclairage. «La pancarte va avoir perdu son charisme», dit-elle. 

Le restaurant a encore une vingtaine de jours pour payer son amende. À 2000 $, note Mme Thériault, «ça fait beaucoup de soupe». 

Les banderoles de soutiens-gorges chez Soupe & Cie sont revenues chaque été quand même, créant un buzz sur Instagram et auprès des touristes.

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DES BALISES POUR ÉVITER LE «DÉBORDEMENT DE LA LUMIÈRE»

La Ville de Québec se défend de restreindre la liberté créative des commerçants en balisant l’affichage, mais fait valoir qu’elle veut notamment restreindre la pollution lumineuse et les nuisances dues au «débordement de la lumière». 

Sans commenter le cas précis du Soupe & Cie, la porte-parole Audrey Perreault souligne par courriel que la Ville met en place des balises et des normes d’affichage pour «maintenir l’équilibre entre le droit à publiciser son commerce [information de la population] et le respect du cadre de vie». 

La Ville veut notamment prohiber les enseignes qui peuvent occasionner de la confusion chez les usagers de la route, obliger les propriétaires à entretenir leurs enseignes et s’assurer que l’affichage s’intègre au milieu «plutôt que de le déstructurer», note Mme Perreault. 

Afin de limiter la largeur du faisceau lumineux, la Ville favorise l’illumination qui se concentre sur l’affiche. Cela permet de «réduire la pollution lumineuse générale et de réduire les nuisances dues à l’éblouissement engendré par le débordement de la lumière», note la porte-parole. Marc Allard