Les résultats de l’étude de Systra réjouissent le président du RTC, Rémy Normand. Selon les données, le passage du tramway n’engendrera aucune hausse du niveau sonore ambiant sur 95 % du tracé, plus encore, il diminuerait même le bruit ambiant sur près de 5 kilomètres.

La Ville promet un tramway silencieux [VIDÉO]

Le passage du tramway n’engendrerait aucune hausse du niveau sonore ambiant sur 95 % des 23 kilomètres du tracé grâce à des mesures efficaces d’atténuation du bruit, conclut une étude. Malgré tout, des résidents du secteur Pie-XII et de la rue de la Couronne devront vivre avec une hausse anticipée du bruit, dont l’impact est jugé faible à modéré.

La Ville de Québec a présenté jeudi les conclusions «très attendues» de l’étude d’impact acoustique du tramway. À première vue, les résultats compilés par Systra, firme qui accompagne la Ville pour la conception du réseau structurant de transport en commun, auraient de quoi apaiser bien des craintes.

D’entrée de jeu, le responsable acoustique et vibrations, Éric Augis, explique que le bruit émis par un tramway s’élève à 75 décibels, alors que celui d’un autobus atteint 75 à 85 décibels et une automobile, 80 décibels. Mais là s’arrête la comparaison aux fins de la présente étude.

En effet, le paramètre retenu dans l’industrie est le niveau sonore équivalent sur une période longue et non à l’événement, c’est-à-dire lors du passage du tramway. 

Tout d’abord, l’étude visait à évaluer le niveau sonore actuel en façade des bâtiments exposés et le comparer à une modélisation du niveau sonore projeté avec un tramway. Systra a effectué des mesures sur des périodes de 24 heures et d’autres d’une heure le jour comme la nuit. M. Augis précise que le type de tramway choisi pour la modélisation n’est ni optimal ni pénalisant au chapitre du bruit.

Le résultat peut paraître surprenant. «Le passage du tramway n’engendrera aucune hausse du niveau sonore ambiant sur 95 % de son tracé», insiste l’expert. Plus encore, il y aurait un effet bénéfique sur 4,8 kilomètres. Autrement dit : le niveau sonore diminuerait parce que les autobus cesseront de circuler sur les artères où le tramway passera. Par exemple, un effet bénéfique sera senti sur une portion de la 1re Avenue, du boulevard Laurier et du chemin des Quatre-Bourgeois. 

Corridor vert sur Pie-XII

Le secteur Pie-XII a été identifié comme zone sensible. Le tramway circulera derrière les résidences dans l’emprise d’Hydro-Québec. Sans l’érection d’un mur acoustique, le niveau sonore passerait à certains endroits de 51 à 66 décibels et de 54 à 68. Le mur, qui pourrait prendre l’apparence d’une butte de terre végétalisée d’un à trois mètres de hauteur (un merlon) permettrait de retrancher dix décibels. Il faut mentionner que même avec la hausse, le niveau de bruit, toujours sous la barre des 60 décibels, n’atteint jamais un seuil de risque ou de danger pour la santé des citoyens.

Les résidents de la rue de la Couronne connaîtront aussi une hausse du bruit en raison d’une augmentation (inexpliquée pour le moment) de 65 % du trafic automobile. Comme pour quelques citoyens de Pie-XII, l’impact est considéré comme faible, généralement entre zéro et deux décibels. 

Au final, trois logements, dont deux dans le secteur Pie-XII et un dans le secteur de la 76e rue subissent des hausses de bruit plus importantes. La Ville promet de s’y attarder.

Pour l’ensemble du réseau, il faudra installer un dispositif contre le bruit de crissement en courbe, avoir des spécifications acoustiques précises pour la commande des véhicules et faire un entretien acoustique de la voie (enlever la rugosité sur les rails), prévient l’étude. Sans ces autres mesures atténuations, l’absence d’impact ou d’un effet bénéfique se ferait sentir sur seulement 50 % de la ligne plutôt que les 95 %.

Enfin, l’étude soutient que le centre d’exploitation et d’entretien de la 41e rue et celui de la rue Mendel ne causeront aucun impact, même sans écran de protection phonique. Toutefois, il est envisagé de mettre en place un dispositif anti-crissement, notamment en raison des entrées et des sorties des rames.

Ces résultats réjouissent, dans l’ensemble, le président du RTC, Rémy Normand. Cependant, il est conscient de la problématique que peut engendrer le secteur Pie-XII. «Il y a une zone de vigilance à cet endroit. On veut travailler le concept final avec les gens de Pie XII. On veut maintenir le dialogue», a-t-il lancé, tout en excluant la possibilité de modifier le tracé comme les citoyens l’auraient souhaité. Une rencontre est prévue d’ici peu.

Vibrations

Systra a aussi présenté les résultats d’une étude vibratoire qui ne semble pas, pour l’heure, poser problème. L’installation d’une voie classique est sans impact sur 60 % du tronçon. La mise en place de dispositifs comme une semelle sous rail et un tapis sous dalle permettra d’atténuer les vibrations pour l’autre portion.

Certains sites sensibles nécessiteront des études plus détaillées. Parmi eux, l’Hôpital Saint-François d’Assise, comporte un risque fort en raison de la proximité de la proximité du service d’ORL et du sol plus sensible aux vibrations. Même risque pour les équipements de l’INRS qui est à l’entrée du tunnel de la côte d’Abraham. Cinq autres installations sensibles sont toujours à l’étude : l’Université Laval, le Groupe de médecine familiale Laurier, le Grand Théâtre, le Palais Montcalm et le Diamant.

+

«C'EST DE LA FOUTAISE» 

Le représentant de la Coalition des résidents de Pie-XII, qui s’oppose au passage du tramway derrière les résidences, entretien des doutes sur l’étude de Systra. Il compte toujours se battre pour forcer la Ville à changer de tracé. «C’est de la foutaise», lance Denis Lemay, même s’il n’avait pas pris connaissance de l’étude. Il donne en exemple les problèmes de crissement sur rail du tramway de Tours en France alors que les citoyens s’étaient aussi fait promettre un tram silencieux. Pour lui, le passage du tramway dans l’emprise d’Hydro-Québec met fin à sa qualité de vie. «J’aimais prendre un verre dans ma cour et dormir les fenêtres ouvertes. Je ne pourrai plus», soutient-il.

Il n’exclut pas la possibilité d’un recours judiciaire — aux contours encore assez flous pour le moment — bien qu’il accepte de participer aux rencontres avec la Ville. «Je suis dans la perspective que le tramway doive circuler dans la rue et pas dans la cour. Son passage à cet endroit est une erreur de conception. Les bénéfices sont plus grands s’il passait sur la rue de Marly», renchérit le représentant des citoyens du secteur.

Comme plusieurs, y compris le président-directeur général de Revenu, Carl Gauthier, il souhaite que le tramway emprunte la longue courbe du boulevard Versant-Nord pour atteindre le siège social de Revenu Québec, un générateur de déplacements. La Ville refuse de s’y rendre, évoquant des contraintes financières et techniques. Jean-François Néron