L'îlot Lépine comprend deux édifices à vocation résidentielle en brique, qui font le coin de la rue Saint-Augustin, et le terrain désaffecté d'un ancien garage.

La Ville pourrait acheter l'îlot Lépine

L'administration Labeaume a décidé d'inclure l'îlot Lépine, qui jouxte le trou béant laissé par la démolition de l'église Saint-Vincent-de-Paul dans la côte d'Abraham, dans la liste des terrains et bâtiments qu'elle se donne le droit d'acquérir si le développement immobilier ne s'y fait pas assez vite, ou à son goût.
La Ville de Québec soumet ces jours-ci à la population une nouvelle version du programme particulier d'urbanisme (PPU) de la colline Parlementaire.
Les principaux changements ont été annoncés en septembre. Des protections devaient être ajoutées pour cinq sites d'intérêt avec, à la clé, la possibilité pour la Ville d'exproprier sans possibilité de contestation les propriétaires qui n'entretiennent pas leurs immeubles ou tardent à construire sur leurs terrains vacants. 
L'église Saint-Coeur-de-Marie et la maison Pollack sur la Grande Allée, la «petite maison blanche» de l'avenue Wilfrid-Laurier et l'ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague font partie du lot. Il faut ajouter le terrain vacant du patro et de l'église Saint-Vincent-de-Paul situé aux portes du Vieux-Québec, terrain qui appartient au promoteur immobilier Jacques Robitaille, en bataille constante avec l'administration municipale. 
Longeant lui aussi la côte d'Abraham, l'îlot Lépine - à ne pas confondre avec le carré Lépine, situé près de l'ancien complexe funéraire Lépine-Cloutier en bas de l'escalier... Lépine - a fait son apparition dans la liste. Ce pâté de maisons comprend deux édifices à vocation résidentielle en brique, qui font le coin de la rue Saint-Augustin, et le terrain désaffecté d'un ancien garage, lui aussi propriété de Jacques Robitaille.
Une porte-parole de la Ville de Québec, Marjorie Potvin, motive cet ajout par le fait que «l'îlot Lépine est adjacent à l'îlot Saint-Vincent-de-Paul et il est possible qu'un éventuel projet comprenne les deux îlots ou qu'il faudra tenir compte de l'un et de l'autre». 
Le PPU toujours en vigueur, adopté en 2010, considère d'ailleurs ces deux îlots comme un seul. Parmi les critères de consolidation qui leur étaient alors imposés, il était question d'aligner tout futur bâtiment avec ce qu'on voit sur la côte d'Abraham et d'ajuster la volumétrie en tenant compte du voisinage, mais aussi de la vue sur la basse-ville et les Laurentides.
«La Ville n'a pas fait de plans de ce qu'elle voudrait y voir exactement. Le programme d'acquisitions d'immeubles est un pouvoir que la Ville se donne pour acquérir ou exproprier les sites ciblés si elle juge qu'elle ne pourra pas voir se réaliser un projet conforme aux objectifs du PPU, mais elle ne s'engage pas à l'utiliser», poursuit Mme Potvin. 
Le promoteur Jacques Robitaille refuse de commenter l'offensive de l'administration Labeaume. Gilles Prince, l'autre propriétaire dans l'îlot Lépine, n'était pour sa part pas au courant des intentions de la Ville. Il s'est mis à la recherche d'informations après notre appel. 
Maison blanche et église Saint-Coeur-de-Marie
La lecture de la version proposée du PPU nous apprend également que la protection de la «petite maison blanche» située au 390, avenue Wilfrid-Laurier, ne signifie pas qu'elle demeurera petite à jamais. 
La Ville de Québec la présente comme un «complément essentiel» à la tour Martello. Il faut donc «assurer le maintien de dégagements importants à la périphérie de la tour Martello, préservant des perspectives visuelles suffisantes à sa mise en valeur». 
Toutefois, un agrandissement ou des modifications majeures pourraient être acceptés si les travaux permettent de conserver ces «dégagements importants» et qu'un inventaire archéologique est réalisé avant de creuser, puisque le site présente «un potentiel important au niveau archéologique». 
Pour l'église Saint-Coeur-de-Marie, la Ville de Québec justifie ainsi son intervention : «Outre sa valeur patrimoniale intrinsèque, cet édifice représente également un repère visuel important dans son milieu et se définit comme une composante importante qui caractérise la Grande-Allée.»
En plus de stopper la dégradation du bâtiment, fermé au culte depuis 1997, la Ville souhaite «favoriser, si possible, la réalisation de projets d'agrandissement ou de construction complémentaire». Dans ce contexte, la préservation du parvis et le maintien des perspectives visuelles sur le clocher apparaissent comme des incontournables.
Pour le promoteur Louis Lessard, ces nouvelles prescriptions sont inacceptables. «Les gens n'ont pas idée d'où est-ce qu'on part», dit-il en entrevue téléphonique au Soleil. Il réfère à l'état de dégradation de l'ancienne église, mais aussi aux moyens financiers de la Ville de Québec. «Ils n'ont pas une cenne à mettre pour ni acheter ni remettre en état ce bâtiment-là», est-il convaincu. 
Même si son bien était revendu, M. Lessard croit que la structure ne peut être conservée. «Il n'y a pas un promoteur, que ce soit moi ou un autre, qui va commencer à travailler à l'intérieur de ce bâtiment-là parce que ça coûte en partant 10, 12 millions $» pour le garder debout, dit-il. 
L'assemblée publique de consultation sur la modification au PPU de la colline parlementaire, prescrite par la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, aura lieu le 14 mars à 19h à l'amphithéâtre Daniel-Johnson de l'édifice Marie-Guyart (complexe G) situé au 675, boulevard René-Lévesque Est, à Québec.