La Ville de Québec achète un grand terrain contaminé pour transformer l’ouest de Saint-Sauveur

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
La Ville de Québec vient de s’offrir un grand terrain inoccupé dans Saint-Sauveur avec l’intention de le «développer» pour «redéfinir» l’ouest du quartier de la Basse-Ville. Le lot, vendu 1$ par Hydro-Québec, est cependant pollué. L’administration municipale prévoit qu’elle devra décaisser quelque 15 millions $ pour la seule décontamination.

Pour vous situer, la propriété s’étire sur une bonne partie de la rue de Verdun, près du parc Dollard-Des Ormeaux — celui où on joue au volley-ball de plage. Il est accoté à la zone industrielle Saint-Malo. Entouré d’une clôture, le gazon de 3,8 hectares est toutefois peu accessible.

Jadis, trônait ici une entreprise fort polluante : «Cette ancienne usine à gaz […] a été utilisée à des fins industrielles entre 1907 et 1974», raconte-t-on dans un document municipal.

La Frontenac Gas Company a été la première installée. Mais celle-ci a été rachetée par la Quebec Railway, Light, Heat and Power Company qui s’était emparée du monopole privé de l’électricité dans la région de Québec, apprend-on dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Elle sera plus tard connue sous un nom condensé : Quebec Power Company.

Au début des années 60, le gouvernement québécois a cependant décidé de faire le ménage dans l’industrie de l’électricité en créant un monopole d’État. «Hydro-Québec est devenue propriétaire de l’usine de gaz lors de la nationalisation de l’Électricité», raconte au Soleil Marc-Antoine Ruest, conseiller aux communications de l’entreprise publique. «À partir des années 70, on a démantelé les installations.»

«En 1975, l’usine est démolie et plusieurs anciennes conduites souterraines du réseau de distribution de gaz se trouvant notamment sous les rues limitrophes sont abandonnées», ajoute-t-on dans une note remise aux élus de l’Hôtel de Ville expliquant l’achat du terrain.

Hydro-Québec a néanmoins investi des millions pour nettoyer en partie le site souillé. «De 1993 à 1996, il y a eu des travaux de décontamination», rapporte Marc-Antoine Ruest. Mais cela n’a pas suffi; le terrain figure d’ailleurs toujours dans le Répertoire des terrains contaminés du ministère de l’Environnement du Québec.

Aussi, en 2006, le ministère a jugé que le site ne permet qu’un usage de stationnement, à moins d’être dépollué.

Depuis, Hydro-Québec coupe le gazon et s’assure que les produits chimiques ne percolent pas dans la nappe phréatique, indique M. Ruest. «On a entretenu ce terrain-là durant toutes ces années. […] La ville va maintenant être responsable de la contamination du terrain.»

Photo prise en 1974. Le terrain est celui où se trouve notamment le bâtiment rond, circulaire.

Grandes ambitions

Pourquoi la Ville de Québec a-t-elle choisi d’acheter le lot malpropre? Parce qu’elle cultive un rêve de transformation, de revitalisation : «En procédant à l’acquisition de ce vaste terrain de 3,8 hectares […] la Ville pose un geste porteur qui annonce une intention pour redéfinir la vocation du secteur ouest du quartier Saint-Sauveur», lit-on dans le document municipal. «Ce terrain constitue un espace de transition entre une frange industrielle et résidentielle. Il représente une réelle opportunité de développement immobilier […]. Ainsi, la requalification et le redéveloppement de ce terrain pourraient permettre de mieux structurer la trame urbaine existante et, par le fait même, de stimuler la dynamique immobilière de cette partie de la Ville.»

Hydro-Québec n’avait pas l’obligation de procéder à la décontamination du terrain ni à son lotissement, fait remarquer la conseillère en communication, Wendy Whittom. «En faisant cette acquisition, la Ville s’assure que le terrain sera valorisé.»

«Dans le cadre des négociations, la Ville a accepté de prendre en charge le coût de décontamination puisque le terrain est vacant depuis de nombreuses années et qu’il offre un grand potentiel de redéveloppement, d’où le montant d’acquisition pour une somme nominale de 1$.»

«Sa localisation stratégique en plein cœur de la ville, à proximité d’un parc et des axes structurants de commerces et de transports, permettra de tisser les liens entre le secteur résidentiel et la zone industrielle Saint-Malo», poursuit Mme Whittom. Il serait toutefois prématuré de dévoiler le plan d’aménagement. «Avant toute prise de décision pour le développement du site, la Ville doit élaborer un plan de décontamination.»

Ça va coûter combien?

«Bien que le terrain ait été réhabilité en partie par Hydro-Québec en 1997, il appert, à partir des documents et études environnementales transmis par Hydro-Québec, qu’il serait raisonnable d’évaluer le coût de la réhabilitation du site, selon l’usage retenu, à environ 15 millions de dollars», dixit le document remis aux élus. «Afin de minimiser les coûts, la Ville analysera différents scénarios tout en procédant à des analyses de risques pour permettre un projet d’ensemble qui répond aux orientations urbanistiques.»

Sans garantie

La Ville sera entièrement responsable de dépassements de coûts éventuels, selon le contrat conclu avec Hydro-Québec : «La vente sera faite sans garantie légale. Hydro-Québec ne donne aucune garantie concernant l’état de l’environnement de l’immeuble notamment la composition du sol et de l’eau souterraine et la présence ou l’absence de contaminants ou la migration de contaminants à l’extérieur ou vers l’immeuble.»