Boufeldjah Benabdallah, lors du colloque «Vivre ensemble avec nos differences» vendredi.

La société québécoise a progressé depuis l'attentat, dit Benabdallah

Un an après la tragédie de la Grande Mosquée, la société a progressé dans sa reconnaissance de l’autre. C’est du moins l’opinion d’un des cofondateurs du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldjah Benabdallah.

«Malgré une remontée de la minorité xénophobe, les gens se sourient, il y a plus d’ouverture. Beaucoup de gens, chez nous, le sentent. La population a progressé dans sa reconnaissance de l’autre», a déclaré M. Benabdallah en marge du colloque Vivre ensemble avec nos différences organisé par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

«Et cette minorité qui fait tache d’huile, ce qu’il faut, ce n’est pas la surveiller, mais bien lui dire qu’on ne veut pas de ça ici. Le bonheur doit être partagé par tous», a-t-il repris.

C’est d’ailleurs par un message d’espoir que M. Benabdallah a conclu le colloque, rappelant la générosité des Québécois envers la communauté musulmane l’an dernier. «Vous avez été généreux l’an passé. Il faut dire à tous que nous sommes une société qui aime l’autre, qui aime le bonheur.»

Lors des deux panels qui ont été tenus, différents porte-parole de la communauté musulmane ont réfléchi aux suites de la tuerie et à la notion de vivre ensemble. Samira Laouni, présidente de l’organisme Communication pour l’ouverture et le rapprochement interculturel (COR), avait cependant déploré le retour de discours haineux envers les musulmans deux semaines après le drame.

«Il subsiste malheureusement une méfiance qui peut conduire au rejet et à la haine. Cette merveilleuse solidarité s’est effritée quelques semaines après la vigile. Les réseaux sociaux ont été enflammés par des propos haineux, les groupes d’extrême droite ont poussé comme des champignons, particulièrement à Québec, et certains sont plus dangereux que d’autres», a-t-elle déclaré.

En entrevue avec Le Soleil, Mme Laouni a précisé sa pensée. «Oui, nous avons senti et vécu cet élan de solidarité, mais il faudrait laisser parler davantage la majorité silencieuse. Le problème, c’est que l’extrême droite et l’islamophobie, ce n’est qu’une infime minorité du Québec, mais c’est celle qui a les plus gros micros», a-t-elle résumé.

Impact

Pour Herman Deparice Okomba, président du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, c’est plutôt l’impact de cette solidarité après les attentats qui a peut-être été surévalué. «La solidarité est toujours présente, mais certaines personnes pensaient qu’elle aurait un impact sur d’autres problèmes, par exemple l’employabilité des Québécois de religion musulmane. Ça n’a pas été le cas et la vie est revenue “à la normale” sur ce point», illustre-t-il.

Pour Abdelwahed Mekki--Berrada, professeur titulaire au département d’anthropologie de l’Université Laval, l’islamophobie est aussi l’affaire d’une minorité qui fait beaucoup de bruit à l’image d’un arbre qui tombe alors que la forêt qui pousse est silencieuse. 

«C’est une minuscule minorité, une petite poignée d’universitaires, de rares élus et quelques chroniqueurs et essayistes», a-t-il résumé. «Mais si nous sommes ici et si on se pose la question sur comment on peut créer des ponts, on a déjà les trois quarts du chemin de fait.»

Pourparlers en cours pour un centre de prévention à Québec

Même si le maire Régis Labeaume a déjà déclaré qu’il ne voyait pas l’utilité d’ouvrir à Québec un Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, l’organisme est toujours en pourparlers avec la Ville pour éventuellement établir une antenne dans la capitale. 

«Nous discutons avec les autorités municipales», a déclaré Herman Deparice Okomba, président du Centre de prévention établi à Montréal en marge du colloque Vivre ensemble avec nos différences. «Il faut démontrer l’utilité d’un centre à Québec et peut-être qu’à l’époque, on n’avait pas bien fait notre job», a-t-il avoué.

M. Deparice Okomba dit demeurer persuadé de pouvoir un jour établir un Centre de prévention à Québec. «Il ne faut pas oublier que nous avons déjà deux employés à temps plein à Québec», a-t-il fait remarquer. Il refuse toutefois de considérer les mouvements d’extrême droite, souvent pointés du doigt depuis le drame de la Grande Mosquée, comme un enjeu régional. «Ce n’est pas un enjeu de Québec, ce n’est pas un enjeu de Montréal, c’est un enjeu national. Il faut l’analyser et le comprendre dans ses dimensions nationales. Et quand les gens d’une région nous appellent davantage concernant un phénomène, ça ne veut pas nécessairement dire que ça va mal. C’est plutôt parce que les gens ne tolèrent plus cela», poursuit Herman Deparice Okomba.

Pour lui, le Québec n’est pas une société raciste. «Je refuse de dire cela. Il y a cependant une minorité de gens qui font mal paraître le reste de la population», termine-t-il.