Avec son taux de chômage de 3,8% et sa création d’emplois toujours à la hausse, Québec a beaucoup d’espace pour accueillir de nouveaux immigrants.

La pénurie de main d'oeuvre, nouvelle réalité du XXIe siècle

La pénurie de main-d’oeuvre que vivent présentement les entreprises de Québec et Chaudière-Appalaches est loin de se résorber. Elle restera même présente de façon permanente selon l’économiste Pierre Fortin, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal.

C’est l’un des constats réalisés jeudi lors du Rendez-vous annuel des gens d’affaires lors duquel 300 personnes du monde des affaires se sont penchées sur les enjeux de main-d’œuvre et d’immigration. «La pénurie de main-d’œuvre restera avec nous tout le XXIe siècle», a déclaré M. Fortin, pour qui l’immigration est une solution. «Mais pas une hausse générale sans porter attention aux besoins spécifiques des entrepreneurs, qui pourrait causer du chômage chez les immigrants et amener une résistance sociale très forte», a-t-il toutefois mis en garde.

Potentiel

Québec a cependant beaucoup d’espace pour accueillir de nouveaux immigrants, selon M. Fortin. Non seulement son taux de chômage de 3,8% est le plus bas au pays et sa création d’emplois, toujours à la hausse. Mais elle est, et de loin, la ville canadienne de sa taille dont le plus petit pourcentage d’habitants sont des immigrants de première ou de deuxième génération avec 8 %. À titre comparatif, l’agglomération d’Ottawa et Gatineau est deuxième à ce chapitre avec... 31 % d’immigrants de première et deuxième génération dans sa population. Pour Montréal, c’est 38 % et pour Toronto, 70 %.

«Il y a un potentiel régional énorme à Québec en matière d’immigration et l’économie du Québec et de Québec est très dynamique», signale M. Fortin, qui estime qu’il faudrait trouver une façon de faciliter la venue de nouveaux arrivants. À ce sujet, il rejoint le maire de Québec, Régis Labeaume, qui s’est inquiété des nombreux obstacles à la venue d’immigrants dans la Belle Province.

«Pourquoi c’est plus facile d’avoir un permis de travail permanent en Ontario qu’au Québec? Le partage des pouvoirs en matière d’immigration devrait au contraire faire que ce soit plus facile...», a amené le maire, qui craint aussi que certaines entreprises aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre décident d’opter pour la délocalisation.

«Ça existe déjà. Il y a de petites entreprises d’usinage par exemple qui ont 27 employés et sont incapables de combler les retraites. L’entrepreneur n’est pas du tout intéressé à aller au Mexique, mais, s’il ne trouve pas de monde, il va finir par aller où le monde est. Le pire dans tout ça, c’est qu’il finira par se rendre compte que c’est payant et cessera de se battre pour développer son entreprise ici», a-t-il illustré, rappelant que 12 000 emplois sont toujours à combler à Québec, 20 000 si on ajoute ceux de la Chaudière-Appalaches.

Solutions

Les résultats d’un sondage dévoilé durant la journée démontrent d’ailleurs que pour 90 % des gens d’affaires de Québec, le recrutement est une préoccupation alors que la rétention de main-d’œuvre l’est pour 77 % d’entre eux. Au total, 75 % des répondants ont affirmé que leurs employés étaient sollicités par leurs compétiteurs. Le salaire (44 %) figure bien en haut des facteurs d’attrait de main-d’œuvre pour les entreprises, suivi du bien-être (23 %) et de la flexibilité (19 %).

Au total, ce sont 81 % des entrepreneurs qui estiment que la main-d’œuvre immigrante fait partie de la solution, mais ils sont aussi 79 % à croire que l’ensemble des efforts liés au processus d’immigration est trop lourd et exigeant. Également, on note un écart important entre le pourcentage d’entrepreneurs qui estiment que les communautés culturelles modifient positivement l’organisation d’une entreprise, soit 65 %, et le pourcentage de la population en général qui pense la même chose (30 %).

Pas suffisant

Pour le maire Labeaume, l’immigration ne suffira pas. Il faudra aussi investir dans les organismes communautaires pour «ramener des gens dans le système» et modifier les règles fiscales pour les travailleurs âgés qui souhaitent faire un retour au travail. «Ce n’est pas normal que ces gens soient taxés sur une partie de leur salaire à 79%, soit plus que des dirigeants à haut revenu qui sont imposés à 52 %!» a d’ailleurs déploré Jean Saint-Gelais, président et chef de la direction de La Capitale et coprésident du Rendez-vous avec Olga Farman, directrice du bureau de Québec du cabinet d’avocats Norton Rose Fulbright.

«Maintenant, Olga et Jean vont préparer un plan d’action qu’on va aller porter aux deux niveaux de gouvernement supérieurs», a ajouté Régis Labeaume, qui se plaint encore de ne pas être suffisamment écouté quand il aborde avec les gouvernements fédéral et provincial le sujet de la pénurie de main-d’œuvre dans sa ville. «Peut-être qu’on m’écoutera davantage quand ça atteindra aussi Mont­réal?» a-t-il lancé en terminant.

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PLUS DE RETRAITÉS ACTIFS, MOINS DE PRESTATAIRES DE LA SÉCURITÉ DE REVENU 

La pénurie de travailleurs demeure dans la région de Québec, et ce, même si le nombre de retraités qui effectuent un retour au travail est à la hausse, et malgré le fait que le nombre de prestataires de la sécurité du revenu soit à la baisse.

Jean-Pierre Lessard, économiste chez Aviséo Conseil, a brossé un tableau du marché de l’emploi régional lors du Rendez-vous annuel des gens d’affaires. «Depuis les dix dernières années, le taux d’emploi des 65 ans et plus a augmenté de cinq points dans la région de Québec pour s’établir à 11,2 % en 2018, un sommet», explique M. Lessard, ajoutant que la part des emplois occupés par ce groupe d’individus était passée de 1,7 % à 3,6 % de 2009 à 2018.

S’il est plus élevé qu’à Montréal, ce taux demeure cependant inférieur au taux canadien de 13,5 %. Au Japon, où les 65 ans et plus représentent plus du quart de la population, leur taux d’emploi se situait à 23,5 % en 2017.

Selon M. Lessard, l’attraction d’employés de 65 ans et plus passera grandement par la flexibilité des employeurs à accepter davantage de temps partiel. «La stabilité des emplois à temps partiel à Québec depuis 10 ans ne peut plus être considérée comme étant une force», indique-t-il d’ailleurs.

Quant aux prestataires de la sécurité du revenu, on en comptait 24 696 dans la région de Québec en 2009 contre 18 927 l’an dernier, une baisse de 23 %. De ce nombre, seulement un peu plus de 6000 étaient évalués comme étant «sans contrainte», soit moins du tiers.