L'ancienne propriétaire de la Maison Krieghoff, Esther Harrison (au centre), encadrée de Nicole Kobinger et de la courtière immobilière Chantale Bouchard.

La maison Krieghoff vendue

«Je vais essayer de ne pas pleurer. Ne me demandez pas de sourire, je n'en ai pas envie. Cette maison a été précieuse pour moi.»
La journée de jeudi avait beau être ensoleillée, il pleuvait à torrents dans le coeur d'Esther Harrison. Un chapitre important de sa vie venait de se tourner. La célèbre maison Krieghoff, sur Grande Allée, qu'elle avait achetée et sauvée d'un péril certain il y a une vingtaine d'années, est devenue la propriété de Nicole Kobinger, une résidente du quartier Montcalm.
Après un dîner en compagnie de la courtière immobilière Chantale Bouchard, de la firme Sotheby's, les deux dames sont venues rencontrer Le Soleil pour parler de cette transaction hautement émotive. 
À l'intérieur, tous les meubles et effets personnels de Mme Harrison sont toujours là. Ce n'est qu'au début octobre que le déménagement officiel est prévu.
«Cette maison, je l'ai complètement restaurée. Elle tombait en ruines. Le propriétaire voulait la démolir pour construire des condos», explique Mme Harrison, en faisant faire le tour du propriétaire. À l'époque, l'ex-enseignante avait quitté Toronto pour venir habiter la maison, découverte «par hasard», lors d'une promenade dans la capitale.
Sur les murs, des photos témoignent de l'état de délabrement avancé de la résidence à l'époque. Également en évidence, bien sûr, des reproductions de toiles de Cornelius Krieghoff. Le célèbre peintre d'origine néerlandaise a habité la maison entre 1859 et 1860. À l'extérieur, une plaque commémorative et un buste en bronze rappellent sa mémoire.
Tombée en amour
Comme Mme Harrison dans le temps, Mme Kobinger, 75 ans, est littéralement tombée en amour avec la résidence dès la première visite. «Pour moi, mon condo [sur la rue Casot] devait être ma dernière maison. Je ne croyais jamais en sortir. Ç'a été soudain comme décision. Ça s'est décidé en 48 heures. Je l'ai visitée et le lendemain je l'achetais», explique-t-elle, un peu en retrait, dans une volonté manifeste de respecter le chagrin de l'ex-propriétaire.
La maison construite en 1849, dont la façade donne sur l'avenue Cartier, a été entretenue avec le plus grand soin par Mme Harrison. Non seulement le bâtiment, mais aussi le jardin dans la cour arrière. «Quand j'ai fait faire l'inspection, on n'a absolument rien trouvé», s'extasie Chantale Bouchard.
Pour la nouvelle propriétaire, la Ville de Québec est «redevable» à Mme Harrison pour tout le travail accompli afin de restaurer cette demeure classée patrimoniale en 1975. Mme Kobinger compte poursuivre son oeuvre. «J'ai bien l'intention de conserver son ambiance et l'âme qui l'habite. Il y a de l'histoire dans cette maison...», termine celle qui, peintre à ses heures, se voit déjà assouvir sa passion dans le petit boudoir, à l'arrière.
Depuis sa mise en vente en mai, au prix de 826 000 $, la maison Krieghoff avait attiré l'attention d'une dizaine d'acheteurs potentiels. L'un d'eux, plus sérieux, voulait en faire des bureaux.
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Peintre célèbre du XIXe siècle
*L'oeuvre vivante et colorée de Cornelius Krieghoff (1815-1872) en fit l'un des peintres canadiens les plus connus du XIXe siècle. Né à Amsterdam, il arriva en 1840 au Canada où il peignit près de 200 tableaux inspirés par son pays d'adoption. Dans un style rappelant la peinture hollandaise de genre, Krieghoff représenta de pittoresques excursions de chasse et de pêche, des voyages en traîneau ainsi que des scènes de la vie autochtone et de la vie rurale du Québec, souvent empreintes d'humour et de gaieté. Sa vision romantique, très appréciée à son époque, ne cesse de fasciner. 
*Inscription sur la plaque commémorative installée devant la résidence