La longue route vers la biométhanisation

La Ville de Québec a lancé un appel d’intérêt international afin d’identifier les entreprises qui pourraient fournir le système automatisé — et fort complexe — de conditionnement des restes de table qui aboutiront au futur centre de biométhanisation. Le Soleil en profite pour faire le point sur ce grand projet.

L’avis d’appel d’intérêt a été publié le 16 février. Les fournisseurs intéressés ont jusqu’au 14 mars pour se manifester. Ils doivent présenter leurs équipements, mais également faire valoir leur expérience en pareille matière. Il n’est pas question de prix encore. Cela viendra dans l’appel d’offres formel qui sera rédigé sur la base de ces premiers résultats.

«C’est très avant-gardiste. En Amérique du Nord, des systèmes de biométhanisation qui vont traiter des résidus qui arrivent en sacs [avec les déchets], il n’y en a pas vraiment. Ça nécessite de faire un inventaire de tout ce qui existe à l’international pour répondre à nos besoins et avoir le digestat de la plus haute qualité comme on le souhaite», fait remarquer Mireille Plamondon, porte-parole de la Ville de Québec. 

Les documents publiés permettent de mieux comprendre comment le Centre de biométhanisation de l’agglomération de Québec (CBAQ) va fonctionner. 

Le projet de 124,5 millions $ se décline sur deux sites. À côté de l’incinérateur sera construit un nouveau bâtiment de 55 000 mètres carrés. Le Centre de récupération de la matière organique (CRMO) sera le lieu du tri entre les sacs de déchets et de résidus alimentaires, mais aussi de production de la biopulpe. 

Celle-ci sera ensuite envoyée au Centre de biométhanisation de la matière organique (CBMO), dans le port de Québec, où elle sera mélangée aux boues de l’usine d’épuration des eaux pour produire un digestat utilisable comme engrais agricole. 

Actuellement, les boues prennent le chemin de l’incinérateur par une conduite souterraine de 1,8 kilomètre. Le flux sera inversé pour que la biopulpe aille plutôt rejoindre les boues quand les deux sites seront en opération quelque part en 2022. C’est la date limite fixée par le gouvernement du Québec pour que les municipalités valorisent les résidus alimentaires et réduisent ainsi les déchets à enfouir ou à brûler. 

Emballages et corps étrangers

Les restes de table du secteur résidentiel représenteront environ les deux tiers des intrants au CRMO. Les industries, les commerces et les institutions, fournisseurs de l’autre tiers, pourront envoyer aussi des résidus alimentaires en vrac, prébroyés ou non, et même emballés. Le système recherché doit pouvoir trier des sacs, mais aussi des marchandises enveloppées dans du styromousse, des pellicules de plastique, des pots de verre, de métal ou de plastique. 

Le système de conditionnement de la matière organique recherché doit, de façon automatique et avec «un minimum de surveillance et d’entretien», déballer les résidus alimentaires reçus, les mettre en pulpe et retirer les corps étrangers. La cible est d’enlever toute matière solide d’une dimension supérieure à deux millimètres, qu’il s’agisse de verre, de plastique, de métal ou toute autre matière synthétique. Les roches, le gravier, le bois et les coquillages n’ont pas leur place non plus. 

La Ville de Québec devra développer sa propre norme pour les corps étrangers puisque celle du Bureau de normalisation du Québec a été pensée pour le compost et non un digestat comme celui qui sera produit. 

Premiers contrats

Jusqu’à maintenant, deux contrats ont été accordés en lien avec le CBAQ. Le consortium d’architectes NCube-CCM2 a obtenu 460 000 $ pour dessiner la nouvelle infrastructure. Les industries Fournier de Thetford Mines fourniront le procédé de déshydratation du digestat. L’entreprise France CMI Europe Environnement a déposé la plus basse soumission pour le procédé de traitement des odeurs (3,1 million $) et le procédé de traitement de l’effluent liquide (3,7 millions $), mais les contrats ne sont pas officialisés encore. 

Le système de tri automatisé pour la détection des sacs a aussi fait l’objet d’un avis d’appel d’intérêt au printemps 2017. L’appel d’offres est toujours en cours de rédaction, précise la porte-parole de la Ville de Québec. 

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LE FUTUR TRAJET DE VOS DÉCHETS DE TABLE

Les résidus alimentaires et les autres déchets sont séparés à la maison, mis dans des sacs de couleurs différentes fournis par la Ville de Québec puis déposés dans le bac à déchets. Les matières recyclables continuent d’aller dans le bac bleu. 

Tous les sacs provenant du bac à déchets sont mis sur un convoyeur à leur arrivée au Centre de récupération des matières organiques (CRMO), annexé à l’incinérateur, et triés grâce à un système de détection optique. Les déchets s’en vont à l’incinérateur. Les résidus restent au CRMO. 

Les résidus alimentaires sont débarrassés de tous les corps étrangers (métal, verre, plastique, roches, gravier) de plus de deux millimètres puis transformés en biopulpe.

Les matières organiques récupérées auprès des industries, des commerces et des institutions y sont mélangées pour produire aussi de la biopulpe. 

La biopulpe est chauffée et envoyée dans une conduite souterraine de 1,8 kilomètre de long vers le Centre de biométhanisation des matières organiques (CBMO) qui accueille aussi les boues de l’usine d’épuration des eaux, dans le port de Québec. 

6 Le tout est transformé en un digestat pouvant être utilisé comme engrais agricole grâce à la biométhanisation (ou digestion anaérobie), un processus de décomposition biologique réalisé sans oxygène et produisant un biogaz transformable en énergie. Le digestat est déshydraté pour être transporté plus facilement vers les champs.  

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QUELQUES CHIFFRES

  • 230 000 tonnes de déchets et de matières organiques triés au Centre de récupération de la matière organique
  • 86 600 tonnes de résidus alimentaires transformés en biopulpe
  • 96 000 tonnes de boues municipales provenant de l’usine d’épuration des eaux 
  • 182 600 tonnes de capacité totale pour le Centre de biométhanisation de la matière organique