Afin d'embellir les lieux, pourquoi ne pas simplement retirer les dalles de béton à la base de l'édifice, y ajouter de la verdure et ainsi redonner une vocation de parc public à l'endroit? demande Réjean Lemoyne, chroniqueur urbain à la radio de Radio-Canada.

La laideur du G à masquer

«Le G n'est pas beau», laisse tomber le maire, Régis Labeaume. «La seule façon de régler notre problème, c'est de le faire oublier, et la seule façon de le faire oublier, c'est d'en avoir trois ou quatre autour, qui sont vraiment distinctifs, qui font en sorte qu'on voit plus le G.»
Régis Labeaume l'avoue : le secteur où se trouve l'édifice Marie-Guyart, le plus haut immeuble de Québec, 33 étages, «c'est le bout que j'aime pas du centre-ville». Il souhaiterait que d'autres édifices soient construits autour, en hauteur, pour faire en sorte qu'on le remarque moins. «Il y a une chandelle, et elle n'est pas belle. Comment l'oublier? Je pense que ça prend trois ou
quatre autres chandelles, des oeuvres d'art, quelque chose de fou.»
Il souhaite que Québec se distingue par son architecture. Il a souvent enjoint les architectes à lui soumettre des projets exceptionnels, en échange de quoi il accepterait qu'ils construisent en hauteur. «Si vous faites des oeuvres d'art, on va vous permettre des étages de plus», résume-t-il. L'assureur La Capitale a obtenu de cette façon l'autorisation de construire trois étages supplémentaires pour l'agrandissement de son siège social.
Cette démarche va de pair avec la volonté de l'administration municipale de densifier certains secteurs, comme celui du boulevard Laurier ou, dans le cas présent, de la colline parlementaire. Ainsi, les «chandelles» que le maire voudrait voir érigées seraient à vocation résidentielle. «Ici au centre-ville, on veut des humains. On veut qu'il y ait du monde. J'ai pas le goût d'engager des figurants pour mettre de l'action dans la ville.»
Si le maire parle de figurants, c'est que la population de la colline parlementaire s'effrite depuis deux ou trois décennies. «Il y a des commerces qui ferment, des pharmacies, des médecins qui s'en vont, il y a des petites épiceries qui ont fermé», explique le conseiller municipal François Picard. Il faut donc, poursuit M. Picard, réanimer le secteur, «on veut pas que ça devienne un Disneyland parce que, ce qui fait le charme de Québec, c'est que les touristes viennent et s'aperçoivent qu'il y a des gens qui y vivent».
La Ville cible en premier lieu les espaces vacants ou occupés par des stationnements de surface pour les remplacer par des bureaux, des commerces ou des édifices à logements.
Densification
Régis Labeaume lance un nouveau pavé dans la marre en réitérant son souhait d'augmenter la densité du secteur en y construisant des immeubles en hauteur. Fin mai, lors des consultations publiques sur le Programme particulier d'urbanisme (PPU) de la colline parlementaire, Anne Guérette, la conseillère municipale de Montcalm, parmi d'autres, avait émis de sérieuses réserves à ce sujet.
Quant au souhait du maire de construire d'autres immeubles pour cacher le complexe G, elle craint qu'il ne s'agisse «d'une façon de donner d'autres arguments pour essayer de vendre aux gens de Québec que ça prend des tours dans ce secteur-là», alors qu'il n'en rien. Selon elle, la colline parlementaire est déjà un exemple de densification, et la priorité devrait aller ailleurs, comme à D'Estimauville.
Elle croit aussi qu'une grande prudence s'impose, surtout lorsqu'il s'agit de construire dans un milieu déjà développé. Elle rappelle, à cet égard, les nombreuses erreurs du passé, comme la construction du Concorde, qui plonge la Grande Allée dans l'ombre. «Il ne faut pas essayer, prévient-elle, de cacher une erreur en en faisant une autre, peut-être plus grosse!»