La nouvelle centrale de police de Québec sera finalement construite à l’angle nord-ouest du boulevard Louis-XIV et de l’autoroute Laurentienne.

La future centrale de police de Québec construite près de Louis-XIV

Après un an de rebondissements en tout genre, la nouvelle centrale de police de Québec sera finalement construite à l’angle nord-ouest du boulevard Louis-XIV et de l’autoroute Laurentienne.

Le projet, qui fait depuis 18 mois l’objet de sévères critiques à cause d’une mauvaise évaluation des coûts et du choix d’un premier terrain jugé trop petit, verra finalement le jour le long de l’autoroute Laurentienne.

«On a examiné 16 terrains avant d’acquérir celui-ci», a lancé le directeur du service de police, Robert Pigeon, pour démontrer que l’emplacement retenu répond aux besoins du service, autant pour l’espace disponible que pour l’accessibilité à l’autoroute.

Il faudrait plutôt parler «des terrains» acquis parce que la Ville a acheté de gré à gré des bandes de terrains et des propriétés privées sur Louis-XIV d’une valeur de 3 millions $ pour permettre la construction de la nouvelle centrale.

Au fil du temps, ce dossier est devenu une véritable plaie d’Égypte pour l’administration Labeaume. En mai 2018, Le Soleil révélait que le premier terrain de 15 000 mètres carrés acquis en avril 2016 pour 2,6 millions $ à l’angle nord-ouest du boulevard Pierre-Bertrand et de la rue des Rocailles était trop petit pour les besoins du service. 

Le stationnement de surface alors prévu ne pouvait accueillir que la moitié des 700 autopatrouilles, véhicules banalisés, ceux des employés et des visiteurs, attendus lors des périodes de pointe comme les changements de quart de travail. 

La solution de remplacement aurait été de garer certains véhicules au centre administratif du Réseau de transport de la Capitale (RTC), rue des Rocailles.

Emplacement de la future centrale de police

Quatre fois plus grand

Le nouveau terrain de 60 000 mètres carrés est quatre fois plus grand que le précédent, réglant ainsi les problèmes d’espace. Le lieu géographique est tout aussi intéressant parce qu’il donne directement accès à l’autoroute Laurentienne. «Nous avons aussi dans les cartons le projet de demander l’autorisation au ministère des Transports d’aménager une bretelle d’autoroute sur Laurentienne en direction sud réservée aux véhicules d’urgence», souligne le chef de police.

Le directeur Pigeon souhaite une mise en service en 2022. N’eût été les ratés, elle devait avoir lieu en 2021.

Presque le double

D’autre part, le directeur ne pouvait se prononcer sur le coût du projet, dont l’estimation de départ avait aussi fait l’objet de critiques. 

En décembre 2017, la facture avait grimpé de 40 à 72 millions $ depuis l’annonce du projet en mai 2016. Le manque de communication entre le Service de police et celui de la gestion des immeubles explique la hausse vertigineuse. À lui seul, l’ajout d’équipements liés à la sécurité a fait grimper le prix de construction au mètre carré.

«Mon collègue l’a échappé.» Comme si ce n’était pas suffisant, cette critique du maire faite en mai 2018 envers son ex-bras droit, Jonatan Julien, alors responsable du projet, a mené à la démission de ce dernier le lendemain même. M. Julien avait quitté Équipe Labeaume pour siéger comme conseiller indépendant parce qu’il sentait que le lien de confiance avec le maire était brisé.

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SERVICE BONIFIÉ

Le chef du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, explique profiter de la réorganisation pour redéployer les véhicules sur la route, près des citoyens, en nombre suffisant aux heures où ils sont requis.

Le chef de police promet un service à la population bonifié malgré la fermeture des postes de quartiers de La Haute-Saint-Charles et de Charlesbourg. 

«Le service de proximité se donnera à partir du véhicule de patrouille. Actuellement, nous sommes encore dans un modèle de service de police d’avant les fusions avec un nombre de postes élevé», résume-t-il. 

Robert Pigeon explique profiter de la réorganisation pour redéployer les véhicules sur la route, près des citoyens, en nombre suffisant aux heures où ils sont requis. Il donne en exemple le fait que 49 % des appels sont reçus entre 13h et 21h. 

Pour y arriver, le service créera un Bureau dédié à la sécurité routière, un Centre de suivi et de vigie des opérations 24 heures sur 24 et un Bureau du service à la clientèle pour la réception des plaintes par téléphone et par Internet. «Ça va nous faire récupérer du temps de patrouille», insiste M. Pigeon.

Près de 700 des quelque 1000 employés seront greffés à la nouvelle centrale. «On va faire des gains majeurs en renforçant les liens entre les patrouilleurs et les enquêteurs. La direction générale déménagera aussi de Sainte-Foy à la nouvelle centrale.» 

Deux postes fermés en octobre

Le service de police de Québec n’a pas l’intention d’attendre la construction de la nouvelle centrale pour amorcer le redéploiement de son service. Le directeur Robert Pigeon envisage de fermer dès octobre 2019 les postes d’arrondissement de La Haute-Saint-Charles et de Charlesbourg. 

Une fois le redéploiement complété, le service de police comptera aussi sur le poste de quartier de l’édifice F.-X.-Drolet (avec cour municipale), rue du Pont, sur l’actuel quartier général de l’édifice André-P.-Boucher, route de l’Église, et sur son poste de Beauport, rue Clémenceau, où il regroupe ses unités spécialisées.

Le directeur annonce aussi le retour des patrouilles à pied, notamment dans les quartiers centraux. «Nous voulons être plus près des commerçants, des résidents et des touristes pour plus de sécurité. C’est une façon de faire un lien avec les enjeux spécifiques d’un centre-ville», explique-t-il encore.  

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«LES ENCHÈRES SONT PARTIES»

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, n’achète pas sans contester l’idée que la Ville a finalement trouvé un terrain pour y construire sa nouvelle centrale de police. 

«On ne connaît pas encore toutes les exigences du service qui vont déterminer le coût de la centrale. Les enchères sont parties. C’est au minimum 100 millions $ quant à moi», estime celui qui rappelle que la dernière estimation est à 72 millions $.

«On est encore en attente des besoins. On sait qu’il y aura assez de stationnements, mais on ne sait pas s’ils seront couverts ou pas, donne-t-il en exemple. Quels sont les coûts de la future centrale», questionne-t-il encore. 

Même son de cloche du côté de l’opposition officielle. «Nous n’avons encore aucune explication. On ne sait pas comment ça va coûter. Ce n’est pas un jeu essai-erreur quand on achète des terrains comme ça. C’est un projet pour lequel on fait preuve de beaucoup d’amateurisme», renchérit Jean-François Gosselin, chef de Québec 21, en référence au fait que le premier terrain de 2,6 millions $, acquis sur Pierre-Bertrand, n’est toujours pas revendu.

Il se questionne aussi à savoir pourquoi aucun élu n’accompagnait le directeur Robert Pigeon lors de l’annonce de ce dossier «fortement médiatisé».