Le 64e Dîner des Francs Amis, qui regroupe plus d’une centaine d’hommes d’affaires de Lévis depuis 1954, acceptera pour la première fois des femmes à sa table le 8 février.

La fin d’une tradition purement masculine

L’une des dernières institutions exclusivement masculines deviendra finalement mixte en 2018. Le 64e Dîner des Francs Amis, qui regroupe plus d’une centaine d’hommes d’affaires de Lévis depuis 1954, acceptera pour la première fois des femmes à sa table le 8 février.

Événement annuel visant à recueillir du financement pour des causes humanitaires, le Dîner des Francs Amis remet depuis 45 ans les 20 000 $ à 30 000 $ qu’il récolte à l’Atelier occupationnel Rive-Sud, un organisme qui travaille à l’intégration sociale des personnes handicapées.

Serge Côté, conseiller municipal à Lévis et engagé dans l’organisation du Dîner depuis 15 ans, est à l’origine de ce «grand bouleversement» qui ouvrira au sexe féminin les portes de cette activité caritative. 

«On m’a donné comme mandat de faire un virage, alors j’ai décidé d’en faire tout un. En plus de tenir le dîner un soir de semaine plutôt qu’à midi la fin de semaine, on y acceptera les femmes et on aura même deux femmes comme présidentes d’honneur, à savoir Valérie et Marie-Ève Garneau du Groupe Garneau», explique-t-il au Soleil.

M. Côté signale également que l’idée de permettre aux femmes de dîner avec les hommes avait été évoquée à quelques reprises depuis une vingtaine d’années. La suggestion avait cependant toujours été rejetée avant cette année, alors que les femmes ont finalement été acceptées à l’unanimité. 

«Il y avait eu une suggestion il y a 12 ans et, à l’époque, moi aussi j’étais contre. J’étais pour le statu quo», avoue-t-il bien humblement. «Cependant, en 2018, je trouvais qu’il fallait évoluer. Il y avait moins de participants au Dîner et c’était plus compliqué d’interdire l’entrée à plus de la moitié de la population quand on veut amasser des sous. De plus, les “purs et durs” qui étaient contre l’admission des femmes n’assistent plus au Dîner.»

«Maris mis à la porte»

Serge Côté explique qu’à l’origine, le Dîner des Francs Amis avait lieu le lendemain du Jour de l’An et regroupait des «maris mis à la porte du foyer par leurs épouses qui faisaient le ménage après les Fêtes». Pendant une journée, parfois deux, ces messieurs se tapaient donc un «déjeuner cognac» avant de faire la tournée des tavernes tout en profitant de l’occasion pour recueillir des fonds pour une bonne cause.

«Au fil des années, les hommes d’affaires et les politiciens de la région se sont greffés à cela. C’était une mode à l’époque : on se disait que c’était notre journée. C’était un dîner de gars, alors il n’était pas question qu’il y ait des femmes là et ce qui se passait là restait là!» illustre M. Côté.

Rare brèche au protocole, l’ex-mairesse de Lévis Danielle Roy Marinelli a pu se pointer au Dîner de 2005 à 2013 pour y prononcer un discours de quelques minutes. Elle quittait cependant immédiatement après. «C’était une chasse gardée de gars!» rappelle Serge Côté. Son successeur Gilles Lehouillier a toutefois toujours pu assister à la totalité du Dîner. 

Quelques duchesses de Lévis au Carnaval de Québec auraient aussi obtenu la permission expresse d’entrer au Dîner des Francs Amis pour vendre la bougie. En 2017, l’arrivée imprévue de la duchesse Marie-Laurence Nolin aurait toutefois secoué les colonnes du temple, selon M. Côté.

«Elle est restée à la porte pendant que le C.A. délibérait. Parce que c’était la duchesse de Lévis, on lui a accordé une permission très spéciale de rentrer avec des accompagnateurs masculins et de faire le tour des tables pour vendre la bougie. Elle a fait de bonnes ventes, mais elle savait toutefois qu’elle devait quitter par la suite», conclut-il, ajoutant que Bonhomme Carnaval avait toujours pu entrer au Dîner sans problème, mais uniquement avec des accompagnateurs masculins lui aussi.

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LA BÉNÉDICTION DU DOYEN

Seul participant de la première heure du Dîner des Francs Amis toujours actif, Roland Bernier, 89 ans, se dit heureux que les femmes puissent désormais participer à l’activité.

«À l’époque, en 1954, le Dîner avait été lancé par des hommes qui ne savaient pas quoi faire le lendemain du Jour de l’An. On se ramassait à la brasserie et on prenait un “p’tit coup”! Les gars disaient qu’ils voulaient avoir la paix!» rappelle-t-il. «Mais c’est ben l’fun qu’on accepte les femmes maintenant», ajoute-t-il du tac au tac. «D’ailleurs, il y avait déjà eu des duchesses du Carnaval qui étaient venues faire un tour et ça n’avait pas causé de problème à personne.»

Même si l’idée ne vient pas de lui, M. Bernier assure n’avoir aucun problème avec le fait de permettre l’admission aux femmes. «Ce n’était pas dans mon programme, mais ce n’est pas non plus contre mes idées», assure le doyen du Dîner.