«C’est comme si on ne comptait pas», déplore Gabrielle Villeneuve, sortie sur son balcon pour nous pointer le conteneur planté à quelques mètres de ses fenêtres. Par ailleurs, le seul trottoir de la rue est bloqué, ce qui force les ainés à marcher dans la rue.

La construction d’un complexe immobilier dans Saint-Sacrement bouleverse la vie du voisinage

La construction d’un complexe immobilier de quelque 300 logements pour aînés derrière l’église du Très-Saint-Sacrement bouscule le voisinage qui subit les contrecoups de l’imposant chantier de 50 millions $ qui ajoutera à l’offre d’habitations pour retraités de ce quartier à la moyenne d’âge déjà vénérable.

«C’est comme si on ne comptait pas», déplore Gabrielle Villeneuve, sortie sur son balcon pour nous pointer le conteneur planté à quelques mètres de ses fenêtres. Les ouvriers, elle comprend qu’ils font leur boulot. Mais installer une boîte métallique grand format sous son nez, sans l’avertir, elle juge qu’il y a là un manque de tact évident. «C’est ça, vivre en société, il faut tenir compte des personnes.»

La dame habite Les Jardins Saint-Sacrement de la rue Garnier, dans la Haute-Ville de Québec. La résidence sans but lucratif offre des logis à prix réduit à 69 aînés. 

À côté du bâtiment se trouvait le monastère de la congrégation des pères du Très-Saint-Sacrement. Devant celui-ci s’étendaient un vaste gazon, des arbres, un stationnement de surface. En lieu et place pousseront des bâtiments de sept et huit étages. La vue va changer.

Directrice des Jardins Saint-Sacrement, Esther Larochelle ne critique pas l’arrivée du futur édifice de la firme Lokia. Elle aurait préféré conserver son ensoleillement, pouvoir regarder au loin encore. Le promoteur est cependant chez lui et ses plans ont été approuvés par la Ville.

«Je ne suis pas contre le projet, j’essaie juste de préserver la qualité de vie des résidents», affirme-t-elle. «C’est plate parce qu’on est dans le logement social et ils viennent nous enlever de la qualité de vie.»

Mme Larochelle a l’impression que ses locataires ne préoccupent pas le nouveau voisin. «C’est drôle de construire une résidence de personnes âgées sans tenir compte de celle qui est à côté. C’est une clientèle anxieuse. Tu bouleverses [leur] vie pendant un an et demi.» 

Un an et demi, c’est la durée anticipée du chantier. Bénévole aux Jardins Saint-Sacrement, Hélène Gauthier escompte des ajustements afin de le rendre plus supportable pour les résidents, surtout pour l’été. Le seul trottoir de la rue est bloqué, ce qui force les aînés à marcher dans la rue, cite-t-elle en exemple. Aussi, les travailleurs de la construction occupent plusieurs des stationnements disponibles dans le secteur.

«Pas de compromis»

Une plainte a été déposée à la Ville. La mairie n’a toutefois pas été en mesure de répondre à nos questions transmises jeudi.

«Il n’y a pas de compromis pour la sécurité des aînés», avertit toutefois le conseiller municipal indépendant du district Montcalm–Saint-Sacrement, Yvon Bussières. Tout juste rentré de vacances à Cuba, il a récupéré le dossier de la plainte citoyenne dont une copie a été envoyée à ses proches en son absence. «Durant les travaux, on va s’assurer que la sécurité des piétons est assurée. […] Ça va prendre des mesures de protection.»

L’élu souligne qu’il y aura beaucoup de trafic lourd dans les rues résidentielles. Il compte sur l’entrepreneur pour respecter ses engagements, entre autres en créant une entrée de chantier parallèle à la rue en détruisant de vieux garages collés à l’ancien monastère des Pères du Saint-Sacrement, ce qui libérerait la voie publique.

Moyenne d’âge élevée

Soulignons que Saint-Sacrement vieillit rapidement. Et que la future résidence pour retraités y contribuera. Selon les données de 2016, les plus de 65 ans y représentent près de 34 % de la population, contre 20,6 % dans la ville entière.

L’âge moyen du quartier est d’ailleurs de 50 ans, alors qu’il est de 43,2 ans sur l’ensemble du territoire de la capitale.

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DES CORRECTIFS «DANS LA MESURE DU POSSIBLE»

«Nous sommes conscients qu’un chantier de construction d’envergure peut influencer temporairement le quotidien du voisinage. Soyez assuré que les demandes de la population seront entendues pour trouver des terrains d’entente dans la mesure du possible.»

Le chantier prendra cependant de l’ampleur, explique Mélanie Savard, spécialiste communications et marketing du Groupe Lokia, entreprise propriétaire du futur complexe «haut de gamme». Il faudra creuser «plus de 100 cases de stationnement souterrain» pour ensuite ériger «environ 300 unités d’habitation».

Mme Savard ajoute que l’entreprise collabore avec la Ville afin de respecter la réglementation et qu’elle doit également se plier aux normes de sécurité pour les ouvriers, les piétons, les cyclistes et les automobilistes. Ce qui expliquerait les entraves à la circulation.

Si des irritants subsistent, Mme Savard invite les citoyens à contacter la municipalité : «Toute personne désirant formuler une demande peut le faire en communiquant avec la Ville de Québec.»