Sylvain Juneau n'a pas digéré l'annonce de jeudi des cinq conseillers municipaux de Saint-Augustin issus de l'administration de l'ex-maire Marcel Corriveau. Ces derniers ont décidé de procéder à une révision du budget 2017, qui devait augmenter le compte de taxes des contribuables de 2,2 %. 

Juneau veut tourner la page sur les trop grandes dépenses à Saint-Augustin

Le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, Sylvain Juneau, se dit consterné - mais pas surpris - par le constat de chercheurs de HEC Montréal : sa ville aurait beaucoup trop dépensé. Il aimerait tourner la page.
Après lecture du Soleil de lundi, il pense avoir une légitimité renouvelée pour poursuivre les compressions budgétaires. Et conclure une fois pour toutes une entente avec Québec sur la part des frais d'agglomération à assumer.
Il entend relancer les pourparlers pour faire entériner l'accord qu'il avait conclu avec la mairie de Québec au sujet de la quote-part. Accord qui n'a pas été accepté par les conseillers de Saint-Augustin.
Le conflit est toujours devant les tribunaux. «Je pense qu'il va falloir penser à un règlement hors cour à un moment donné. Parce que les échos que j'ai de mes procureurs - même si tout le monde dit que ça va peut-être commencer en 2017 - c'est que ça ne commencera pas en 2017. Fort probablement en 2018... Ça n'en finira jamais. [...] À un moment donné, il faut en revenir et régler les problèmes.»
Les villes responsables
Le Soleil révélait lundi matin qu'une étude produite par HEC Montréal évalue que Saint-Augustin-de-Desmaures et L'Ancienne-­Lorette sont en bonne partie responsables de l'augmentation de leurs dépenses. Dix ans après les défusions, on apprend donc que la quote-part facturée par l'agglomération pour les services communs n'est pas seule à blâmer même si les deux municipalités la contestent toujours en cour.
Les dépenses de la Ville de Saint-Augustin seraient particulièrement hors normes, selon les économistes. Du moins, en comparaison avec les villes de taille équivalente; elles seraient en moyenne 19 % plus élevées. En 2014, elles ont même été de 51 % plus hautes que les municipalités semblables.
Longue liste
L'ancien maire Marcel Corriveau, comme ses conseillers qui ont été réélus, ont tenu la facture d'agglomération responsable de la situation financière précaire de la cité.
«Il y a eu des dépenses inconsidérées», pense plutôt le maire Sylvain Juneau. Des exemples? Le centre sportif, le centre communautaire, «acheter et revendre l'aréna Acti-Vital à grosses pertes, des sommes de 15 millions $ pour des infrastructures dans le secteur des campus intercommunautaires lorsque le règlement dit que ça doit être à 100 % à la charge des promoteurs, la place des Générations à hauteur de presque 5 millions $ pour une maison ancestrale et deux autres petites maisons [...]. La liste est longue.»
«On a arrêté l'hémorragie, soutient-il. On a arrêté de dépenser à tort et à travers n'importe comment pour n'importe quoi.»
Trop content d'avoir le haut sur les conseillers de l'ère Corriveau, Sylvain Juneau est d'attaque : «Aujourd'hui, ces gens-là nous mettent les bâtons dans les roues pour quelques milliers de dollars pour webdiffuser les séances [du conseil municipal], puis à l'époque, ça dépensait à coup de millions, des millions.»
Résidant de Saint-Augustin, le député de Louis-Hébert, Sam Hamad, plaide pour une saine gestion : «C'est une responsabilité des élus de la municipalité de bien gérer les taxes et les impôts.» Il a lui-même encaissé une forte hausse de taxes de 25 % en 2015.
Le député de Louis-Hébert évalue que les gestionnaires de la Ville contrôlent maintenant les finances de façon plus serrée. Et qu'il vaut mieux que les municipalités défusionnées discutent avec la Ville de Québec pour s'entendre sur le partage des dépenses communes.
«Pile-poil», dit Labeaume
À Québec, qui compte pour 93 % du poids de l'agglomération, le maire Régis Labeaume s'est vu conforté par l'étude. «Ils arrivent pile-poil avec tout ce qu'on vous a donné comme chiffres», a-t-il réagi. Les conclusions des experts de HEC, dit-il, confirment la responsabilité partagée qu'il a souvent évoquée. M. Labeaume a toutefois rejeté les commentaires des économistes qui, dans l'étude, avançaient que la Ville de Québec devrait être «plus transparente» et détailler davantage la facture d'agglomération. «Je ne pense pas qu'il y a des questions auxquelles on n'a pas donné de réponses», a-t-il tranché.
Du côté de L'Ancienne-Lorette, le maire Émile Loranger s'est dit «très à l'aise» avec les chiffres de l'étude parue dans Le Soleil de lundi. Oui, dit-il, les dépenses de sa municipalité ont augmenté car il l'a doté d'infrastructures neuves comme une piscine et un aréna.
M. Loranger voit aussi comme un signe de bonne gestion le fait que sa municipalité se situe exactement au même niveau que les villes de même taille. À l'inverse, l'analyse montrait que Saint-Augustin-de-Desmaures dépense 51 % de plus que les municipalités de sa catégorie.  Avec Valérie Gaudreau