En lisant un mot très senti, Julie Lemieux, émotive, a affirmé qu'il fallait «avoir du courage pour faire le saut en politique, mais qu'il en fallait autant pour la quitter».

Julie Lemieux quitte la vie politique

L'expression «Il n'arrive jamais rien pour rien» a pris tout son sens pour Julie Lemieux, le 13 juin. Victime d'un accident de la route ce jour-là, la vice-présidente du conseil exécutif de la Ville de Québec a vite réalisé qu'elle avait «besoin de s'arrêter et de passer à un autre chapitre» que celui de la politique municipale.
La conseillère du district de la Chute-Montmorency-Seigneuriale dans Beauport a annoncé mardi, à la surprise générale, qu'elle ne briguera pas de troisième mandat, contrairement à ce qu'elle avait déjà confirmé. C'est son accident de voiture, lors duquel elle n'a pas été blessée gravement, qui lui a ouvert les yeux sur son avenir.
«Je me sentais usée, un peu moins patiente et la flamme commençait à vaciller, mais j'avais décidé de continuer par affection pour le maire, mon ami, je le faisais beaucoup pour lui, pour l'équipe, mais moins pour moi», a raconté avec émotion la principale intéressée, qui avait convié la presse pour «une mise au point». 
«Je l'ai compris lors de mon accident. Lorsque je me suis retrouvée dans le gazon devant mon auto, perte totale. La première chose qui m'est venue en tête, c'est le besoin de m'arrêter et de passer à un autre chapitre. La vie m'a forcée à me tourner vers l'intérieur et me rendre à l'évidence que j'aspirais à autre chose», a-t-elle ajouté, lisant un court texte. 
À ses côtés, Régis Labeaume et son collègue, Jonathan Julien, sont demeurés silencieux le temps que Mme Lemieux ne termine de lire à haute voix, son texte très senti. Le maire a d'ailleurs dû prendre un long silence avant d'enchaîner, étouffé par l'émotivité. «Je perds une amie avant de perdre une collègue», a-t-il finalement lâché. 
«Lorsqu'elle m'a appelée d'urgence après son accident, j'ai compris que c'était terminé. Il y avait là comme un signal. J'ai lâché prise à ce moment-là», a affirmé le maire Labeaume. «J'ai compris qu'elle prenait la bonne décision. [...] La Ville de Québec perd une femme sensible, brillante, rigoureuse et parfaitement honnête.»
Si son accident l'a mené à l'évidence, Julie Lemieux sait très bien pourquoi elle «saute maintenant dans le vide» à l'aube de ses 48 ans. «C'est l'âge parfait pour mener de nouveaux défis, mais c'est aussi parce que j'ai beaucoup, beaucoup donné. La politique et les services publics sont passionnants et enrichissants, mais prennent toute la place». 
Mme Lemieux veut d'abord et avant tout «s'occuper davantage de sa fille et de ses proches», a-t-elle confié avant de ravaler un sanglot. «Je veux aussi accompagner ma maman malade dans sa fin de vie. Je veux aussi vivre pleinement ma relation avec mon nouveau conjoint sans craindre de fausses rumeurs de gens malintentionnés», a-t-elle dit. 
Il y a un mois, elle et le maire Labeaume ont nié tout favoritisme après qu'un promoteur immobilier eut déposé une poursuite contre la Ville de Québec, prétextant qu'un haut fonctionnaire aurait rejeté son choix de collaborateurs pour lui en suggérer d'autres, entre autres la firme d'architecte ABCP, dont le conjoint de Mme Lemieux est associé. 
Questionnée sur le poids de cette poursuite dans sa décision de quitter ses fonctions, Julie Lemieux persiste et signe. «Je n'ai aucun problème avec cette poursuite-là et n'allez pas croire que c'est basé là-dessus. Ça n'a rien à voir. Je n'ai rien à me reprocher», a-t-elle martelé, prévenant qu'elle se défendra jusque devant les tribunaux «si besoin». 
Aucun regret 
Après huit ans, Julie Lemieux estime laisser «la maison en ordre» et trace un bilan positif de ses années d'élue municipale. Au chapitre de ses réalisations, elle se dit fière «d'avoir contribué à l'essor culturel» de la ville surtout, de son apport au développement des bibliothèques et de l'aménagement de «rues conviviales» et d'«espaces publics». 
Elle promet également de «mentorer» celui ou celle qui lui succédera. Julie Lemieux reste par ailleurs en poste jusqu'aux prochaines élections. Pour la suite, l'ex-journaliste souhaite s'accorder une pause avant de réfléchir à l'avenir, même «si les offres» ne manqueront pas de l'avis du maire Labeaume. 
Julie Lemieux ne ferme pas non plus définitivement la porte à la vie politique «qui vaut la peine d'être vécue, malgré ce que l'on peut en dire», réaffirme-t-elle. «Là, j'ai besoin de prendre un recul, mais peut-être que j'y reviendrai un jour, je ne sais pas à quel palier, mais j'ai beaucoup aimé ça. [...] C'est essentiel les services publics.» 
Régis Labeaume soutient enfin qu'il n'y a «pas d'urgence» à nommer un candidat dans le district de Mme Lemieux. «On discute Julie et moi, elle connaît son coin et elle connaît l'équipe alors ensemble, on essaye de déterminer qui pourrait faire l'affaire», a indiqué le maire, laissant néanmoins savoir «qu'ils travaillaient là-dessus» déjà mardi matin.
Une «femme engagée»
La chef de l'opposition officielle, Anne Guérette, n'a pas manqué de souligner «son respect» pour Julie Lemieux, malgré leur adversité dans certains dossiers. «C'est une question de respect des personnes, de Julie Lemieux comme femme engagée, femme politique et là-dessus, c'est clair, qu'elle a tout mon respect, mon admiration.»
«La vie politique n'est pas toujours un long fleuve tranquille, que ce soit la question de la conciliation travail-famille, de la femme ou des jeunes parents», a poursuivi Mme Guérette avant la séance municipale. «On travaille fort et puis, ce n'est pas toujours facile, mais on a des idéaux, on y croit et ce sont ces idéaux-là qui nous tiennent». 
En annonçant son départ mardi, Julie Lemieux a d'ailleurs confié que ce qu'elle avait trouvé le plus difficile pendant ses huit années de politique a été d'avoir eu moins de temps pour sa fille, qui était relativement jeune à son élection de 2009, et sa famille. Du même souffle, elle rappelle le rôle important de femmes en politique. 
«Je reste un modèle pour elle [ma fille] et je pense que c'est important. Cette présence-là est importante, cette sensibilité des femmes, cette façon différente de voir les choses. Ça prend des femmes en politique. Il faut le faire. J'invite les femmes à s'essayer parce qu'on peut se trouver là-dedans aussi», a-t-elle ajouté.