Jonatan Julien a annoncé qu'il quittait Équipe Labeaume, jeudi après-midi.

Jonatan Julien tourne le dos à Régis Labeaume

«La sortie de M. Labeaume me concernant est injustifiée quant au fond et totalement inacceptable dans sa forme. Ce faisant, il a brisé le lien de confiance entre nous. Ce lien de confiance est essentiel. Sans celui-ci, je n’ai d’autre choix que de quitter le parti Équipe Labeaume.»

Le verdict est sans appel. Le conseiller du district Neufchâtel-Lebourgneuf, Jonatan Julien, a fait cette annonce-surprise jeudi dans le hall du bureau d’arrondissement des Rivières. D’une voix assurée, il a dit poser ce geste «lourd de conséquences pour lui avec conviction et sérénité». 

M. Julien a été prompt à réagir aux propos du maire de Québec tenus mercredi à son endroit. «Mon collègue l’a échappé», a déclaré Régis Labeaume en lien avec la mauvaise évaluation des coûts du projet de centrale de police et du manque d’espace du terrain acquis pour le construire.

Le Soleil révélait le 25 avril dernier que ce terrain de 15 000 mètres carrés, à l’angle du boulevard Pierre-Bertrand, dans Lebourgneuf, ne pouvait accueillir plus de 325 cases de stationnement, alors qu’il en faudrait 700 pour répondre aux besoins des policiers. 

De plus, on apprenait en décembre que la facture du projet, d’abord estimée à 40 millions $, allait plutôt s’élever à 72 millions $. Le maire attribue ces ratés à de «mauvaises décisions» prises et à un manque de planification. 

Dans une longue déclaration écrite, M. Julien désirait visiblement remettre les pendules à l’heure. «Il y a quatre ans et demi, presque jour pour jour, M. Labeaume me faisait l’honneur de me nommer sur le comité exécutif (...) Durant toute cette période, j’ai agi avec énergie, intégrité et rigueur pour réaliser au meilleur de mes compétences les différents mandats que le maire m’a confiés», a-t-il commencé.

«Sans exception, j’ai toujours assuré une reddition de compte en continu des enjeux, des problématiques rencontrées et des décisions à prendre afin de m’assurer que le maire soit au fait des dossiers, et ce, sans surprise, et qu’il soit en mesure de me donner de nouvelles orientations», a insisté M. Julien. Ce modus operandi a aussi été appliqué pour la centrale de police qui est un dossier fort complexe», a enchaîné celui qui était considéré comme le bras droit du maire, sans jamais dire clairement que M. Labeaume savait.

«Ne pas se défiler»

La déclaration du conseiller contient ainsi, entre les lignes, quelques messages destinés à son ancien chef. «J’ai toujours pris mes responsabilités et je n’ai jamais hésité à prendre sur moi les répercussions négatives de certains dossiers sensibles», laisse-t-il entendre, en les énumérant : déneigement, déversements d’eau usée et taxation. «Comme certains de mes collègues le disent régulièrement : "Voici un dossier de merde. Julien va aller au bat".»

M. Julien affirme qu’il ne le fait pas par plaisir. Il considère «naturel et normal» d’être franc avec la population. «Être un élu, c’est aussi, et surtout, savoir faire preuve de courage et de ne pas se défiler dans les moments d’adversité. Les citoyens méritent ça. C’est ce que j’ai toujours appliqué au sein d’Équipe Labeaume en plus d’une loyauté indéfectible à mon chef.»

Il a terminé son allocution de près de huit minutes en remerciant ses collègues pour les mots d’encouragement et de soutien qu’ils lui ont fait parvenir. «Ils étaient tous incrédules face à la sortie intempestive du maire [...] Je vous souhaite sincèrement bon succès pour la suite», a-t-il conclu avant de tourner les talons, sans répondre aux questions.

Le bureau du maire n’a voulu émettre aucun commentaire pour le moment.

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L'OPPOSITION INQUIÈTE

Le départ dans la tourmente de Jonatan Julien n’a rien pour rassurer les deux partis d’opposition à l’hôtel de ville qui se questionnent depuis déjà plusieurs mois sur les ratés du projet d’une nouvelle centrale de police. 

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, était présent pour entendre la déclaration de M. Julien. «Je voulais en apprendre plus sur la centrale de police. C’est un enjeu qui a précipité sa perte. Mais comme il l’a dit, le maire était au courant du dossier», a surtout retenu l’élu de Cap-aux-Diamants.

«À en croire M. Julien, le maire était au courant de chacune des étapes et des problèmes qui étaient mis de l’avant. Il était au fait de la situation. On a deux versions des choses. Il ne peut plus blâmer M. Julien», soutient Jean Rousseau.

Selon ce dernier, Régis Labeaume «est pris dans une très mauvaise situation parce que c’est cafouillage après cafouillage. Le management [la direction] qui ne sera pas à la même place, les cellules qui n’étaient pas conçues pour le lieu, le stationnement qui n’est pas suffisamment grand, ça pue l’amateurisme et le maire semble avoir désigné un coupable. C’est un aveu d’échec», résume le conseiller, qualifiant même le projet de «cirque».

M. Julien était apprécié de M. Rousseau. Il l’a d’ailleurs félicité pour le travail accompli. «Ça nous en dit long sur la fidélité. La fidélité semble être à sens unique dans Équipe Labeaume. Son départ va créer un grand vide dans l’équipe.»

Plénier encore demandé

Un avis partagé par Jean-François Gosselin, chef de l’opposition officielle. «On peut parler d’une crise. C’est une grosse perte pour Équipe Labeaume.» L’élu de Québec 21 dans Sainte-Thérèse-de-Lisieux croit que le parti au pouvoir traverse une crise de leadership. Il soutient même que le maire aurait dû retarder jeudi son départ vers New York où il doit assister à une activité économique de l’ONU. 

«Tout gestionnaire délègue, mais en gestion, tu ne peux pas retirer ta confiance comme ça. Quand ça va bien, c’est lui. Quand ça va mal, il cherche un coupable», lance M. Gosselin.

Le chef a aussi souligné son appréciation envers M. Julien. «Même comme adversaire, je l’ai toujours apprécié. Si on n’était pas d’accord, on pouvait toujours discuter avec lui.»

Comme il l’a fait lundi, M. Gosselin réitère sa demande de tenir un comité plénier sur le projet de construction d’une nouvelle centrale. «L’administration doit prendre un pas de recul», conclut-il.