L’embrasement du Manège militaire dans la nuit du 4 au 5 avril 2008 avait créé une onde de choc dans la ville de Québec.

Il y a 10 ans, le Manège militaire était détruit par les flammes

Les deux tiers des membres des Voltigeurs de Québec n’ont jamais mis les pieds à l’intérieur de l’ancien Manège militaire, détruit par les flammes dans la nuit du 4 au 5 avril 2008. Mais pour le tiers qui faisait déjà partie du régiment il y a une décennie, cette nuit restera à jamais gravée dans leur esprit alors que l’édifice patrimonial enfin rebâti s’apprête à rouvrir ses portes le 12 mai.

«Comme plusieurs Voltigeurs, j’étais tout juste de retour d’une mission en Afghanistan. J’étais chez moi, à la pointe de Sainte-Foy, et j’ai reçu un texto de mon frère comme de quoi quelque chose se passait en haute ville : “Manège Feu!”» se souvient le lieutenant-colonel Jonathan Chouinard, devenu depuis le commandant du Régiment des Voltigeurs. «Tous les Voltigeurs qui étaient à Québec s’étaient spontanément déplacés vers la haute ville quand ils avaient appris la nouvelle», se souvient-il.

Les soldats n’ont alors pu que constater que les pompiers étaient déjà en mode défensif, face à un élément destructeur qui avait envahi rapidement le bâtiment érigé en 1887. Le lieutenant-colonel Chouinard raconte comment lui et ses confrères sont reconnaissants envers trois Voltigeurs qui, avec l’autorisation des pompiers, sont entrés à l’intérieur de l’édifice en flamme pour ramener les symboles de l’unité. «

Les symboles d’une unité comme la nôtre sont les clairons et tambours. Ils étaient au troisième étage dans l’aile est. Les pompiers ont accepté d’escorter les militaires, qui sont montés au troisième, ont défoncé la vitre et sont ressortis avec les clairons et tambours quelques minutes avant que le plafond ne s’effondre.» Les artefacts, qui étaient gardés dans l’aile ouest, ont aussi pu être sauvés à 90 % par l’installation d’une bâche ignifuge par les pompiers et une chaîne humaine formée par les militaires.

Un deuil

Ironiquement, ce sont des travaux qui visaient à doter l’ancien Manège de gicleurs pour le protéger contre les incendies qui ont mené à sa destruction par le feu. Une lampe halogène qui servait à éclairer une zone de travail a été oubliée allumée dans un grenier et est tombée sur le plancher et s’est fracassée. 

La chaleur dégagée par les ampoules a mis le feu au plancher de pin sec vieux de 150 ans... Et le reste appartient déjà à l’histoire. «C’était le plafond en bois le plus long en Amérique du Nord. Quand le feu y a pris, on ne pouvait plus rien y faire», ajoute Jonathan Chouinard.

«Pour nous, c’était une tragédie, mais heureusement, il n’y a eu aucun mort», poursuit-il. Dès le lendemain, lors d’un rassemblement au Château Laurier, à côté des ruines encore fumantes, le commandant de l’époque, Éric Gosselin, s’adressait aux troupes pour leur dire que l’âme d’un régiment ne tenait pas à un bâtiment. «Ça a tout de même été un dur réveil, un deuil, comme si on avait perdu un homme du régiment. Mais un régiment continue à avancer malgré les pertes», poursuit-il.

Les Voltigeurs ont d’abord été relogés au 2e Bataillon de la Citadelle, puis dans leurs locaux actuels sur le boulevard Pierre-Bertrand. Le fait que les ruines n’aient pas été protégées pendant une certaine période de temps a fait que l’humidité et le gel ont causé d’autres dommages qui ont amené un retard supplémentaire dans la reconstruction du bâtiment à neuf. 

Mais le nouveau Manège sera enfin une réalité d’ici quelques semaines, plus de 10 ans après le sinistre. «Il a été rebâti pierre par pierre, numérotées et remontées», assure M. Chouinard, qui comme ses collègues ressent une excitation à l’approche de la réouverture.

Le nouveau Manège ouvrira ses portes le 12 mai. D’ici là, le public pourra visiter la grande salle les 27, 28 et 29 avril.

Perdu et retrouvé

«À la base, le Manège avait été construit pour les Voltigeurs. On retrouve notre bâtisse! Les locaux sur Pierre-Bertrand sont dans un quartier industriel, ce qui n’est pas l’idéal pour un régiment d’infanterie. De plus, les Voltigeurs sont le régiment de la ville de Québec, il doit être au cœur de la ville.» 

Plus accessible et plus ouvert, le nouveau Manège sera doté d’une passerelle menant sur les plaines d’Abraham entre l’aile est et la grande salle, qui elle pourra être louée et sera dorénavant accessible au grand public. Une exposition permanente sur l’histoire militaire d’avant le XXe siècle y prendra également place.

Le commandant recevra les clés du Manège le 11 mai et tous les travaux seront exécutés pour l’ouverture officielle le lendemain. Entre temps, les 27, 28 et 29 avril, trois journées portes ouvertes permettront au public de visiter la grande salle.

«Dès le 12 mai, tout sera en place et le grand public est invité aux cérémonies dès 10h30. Nous partirons de la cathédrale, nous marcherons dans les rues et nous entrerons au manège par la grande porte à 11h. En entrant, le sergent Rémi Gilbert, qui avait retiré le drapeau qui prenait place en haut de la porte centrale le soir de l’incendie, le remettra en place dans le nouveau Manège», explique le commandant en ajoutant que de 800 à 1200 militaires prendront part aux cérémonies.

Une fois les cérémonies complétées, des canons pris à l’ennemi lors de l’Offensive des 100 jours, durant la Première Guerre mondiale, seront dévoilés, rappelant les nombreux honneurs de batailles, lors desquelles les Voltigeurs ont perdu plus de 100 hommes, lors de ce conflit. Ces canons, pour l’instant éparpillés sur les plaines d’Abraham, seront regroupés en un même endroit derrière le Manège.