Lorsque le feu a éclaté dans l’Hôtel de Glace, il n’y avait personne pour assurer les mesures d’urgence et pas de personnel dans l’hôtel.

Hôtel de Glace: des héros pallient les failles de sécurité

EXCLUSIF / N’eût été de la vigilance d’un employé du Village Vacances Valcartier qui s’occupait des canons à neige à proximité, les conséquences de l’incendie qui a éclaté à l’Hôtel de Glace dans la nuit de lundi à mardi auraient pu être bien plus graves.

Un rapport interne obtenu par Le Soleil montre qu’il n’y avait aucun employé dans l’hôtel lorsque le feu a pris naissance dans une suite — une absence d’autant plus préoccupante que l’Hôtel de Glace n’est pas doté d’avertisseurs de fumée en raison du froid. 

Vers 1h du matin, Yanick Lajoie, qui s’occupait des canons à neige, est passé derrière l’Hôtel de Glace pour se rendre au centre de glisse hivernal du Village Vacances Valcartier lorsqu’il a aperçu de la fumée qui s’échappait du corridor principal de l’hôtel. Il s’est alors rendu dans la roulotte de chantier, où il a averti Shayne Jack, un responsable de l’entretien à l’Hôtel de Glace qui était en pause. 

«Il lui a dit qu’il y avait le feu dans l’hôtel et donc de venir vite. Ils sont entrés tous les deux et ils ont fait chambre par chambre en réveillant tous les clients», relate le rapport, rédigé par Maxime Bouchard, chef de la sécurité au Village Vacances Valcartier, dont fait partie l’Hôtel de Glace. 

Dans un communiqué diffusé le matin suivant le feu, la direction de l’Hôtel de Glace indiquait qu’au «moment de l’incendie, les mesures d’urgence ont été déployées pour assurer la sécurité des visiteurs et du personnel de l’hôtel». 

Or, lorsque le feu a éclaté, il n’y avait personne pour assurer les mesures d’urgence, et pas de personnel dans l’Hôtel de Glace.

Joint jeudi matin par Le Soleil, le directeur général de l’Hôtel de Glace, Jacques Desbois, a affirmé qu’il n’était pas en mesure de préciser quel employé se trouvait dans l’Hôtel de Glace au moment où l’incendie a éclaté. «Mon commentaire s’arrête là, je n’ai pas à décortiquer plus que ça». 

En plus de faire l’entretien, Shayne Jack est responsable de faire des rondes d’inspection à l’Hôtel de Glace. Mais comme il était en pause à l’extérieur de l’hôtel lors de l’incendie, les clients étaient seuls quand la fumée a commencé à se répandre dans leurs chambres. 

Lorsqu’il est arrivé sur les lieux, le responsable de l’entretien a joué un rôle crucial dans l’évacuation, montre le rapport. «Il a ouvert les rideaux des chambres et il a tapé sur les sacs de couchage en criant [aux clients] de se réveiller, qu’il y avait un incendie. Quelques clients étaient paniqués. Il les dirigeait vers la sortie où d’autres clients les attendaient pour se rendre au lobby d’Hôtel Valcartier. Les gens faisaient un décompte de leur famille pour s’assurer que tout le monde soit sorti». 

En pleine nuit et dans la fumée, l’intérieur de l’Hôtel de Glace était sombre. Le père d’une famille de deux adultes et de trois enfants a témoigné qu’il aurait eu du mal à fuir l’hôtel s’il n’avait pas été guidé. «L’employé leur a montré la sortie en la pointant avec sa lampe de poche, par chance puisqu’ils n’auraient jamais été capables de sortir sans cela», a-t-il confié au chef du service de sécurité. 

Le rapport indique aussi qu’un Australien qui logeait dans la chambre où une chandelle aurait embrasé un sac de couchage a subi une brûlure à la main droite en tenant d’éteindre le feu, alors que sa conjointe a inhalé de la fumée. La «femme a mentionné que le feu allait jusqu’au plafond lorsqu’ils ont quitté la chambre», précise le rapport.

Plusieurs clients avaient d’ailleurs le visage taché de suie en sortant de l’hôtel. Six clients ont été transportés à l’hôpital après avoir inhalé de la fumée. 

Des vies sauvées

Par le temps que le service de sécurité du Village Vacances Valcartier et les pompiers de Valcartier arrivent à l’Hôtel de Glace, tous les clients avaient déjà été évacués. 

La vitesse avec laquelle le responsable des canons à neige et le responsable de l’entretien ont fait sortir les clients de l’hôtel a peut-être permis de sauver des vies, souligne Pascal Gagnon, technicien au Service de sécurité incendie de Valcartier.

«Il aurait pu y avoir des décès dus à la fumée», dit M. Gagnon. «La plupart du temps, les gens qui décèdent dans un incendie, c’est la boucane.»

Selon le ministère de la Sécurité publique, 80 % des décès qui surviennent dans les incendies de bâtiments résidentiels sont causés par la fumée. Les gens ne meurent habituellement pas brûlés, mais asphyxiés.

Dans le pire des scénarios, indique le Ministère sur son site, les familles ont trois minutes pour sortir d’une maison en flammes. «Cela comprend le temps que l’avertisseur de fumée détecte la fumée, sonne et vous réveille. Il ne vous reste plus beaucoup de temps pour évacuer.»

L’Hôtel de Glace n’est évidemment pas un bâtiment normal. Mais comme il s’agit d’un «endroit clos», la fumée se propage plus facilement, note Pascal Gagnon. 

Avertisseurs de fumée inefficaces dans le froid

L’avertisseur de fumée est un outil très efficace de prévention, souligne M. Gagnon. Mais l’Hôtel de Glace n’en possède pas, puisqu’il «n’existe pas de détecteur de fumée qui fonctionne sous zéro», indique le directeur général de l’hôtel, Jacques Desbois. 

Les meilleurs avertisseurs réussissent à fonctionner à 4 °C, note-t-il. Mais la température dans l’Hôtel de Glace descend plus bas. Ce qui exige des mesures de sécurité supplémentaires. 

«La mesure supplétive principale qui a été convenue, c’est qu’on a du personnel 24h sur 24, ce qui a permis dans le cas présent l’évacuation rapide et efficace des gens», dit M. Desbois. 

La surveillance est assumée par une personne qui circule dans l’hôtel, fait «des rondes d’inspection et font l’entretien des planchers», indique le directeur général. 

Réouverture

Après deux jours de fermeture et de nettoyage, l’Hôtel de Glace a rouvert jeudi matin aux visiteurs et en soirée pour les nuitées. 

Le Service incendie de Valcartier a recommandé à l’Hôtel de Glace d’interdire les chandelles et toutes les «flammes nues» comme les briquets et les cigarettes. 

Pour sa réouverture, la direction de l’hôtel a déjà appliqué cette recommandation, indique le directeur général. Il n’y aura plus de chandelles à l’Hôtel de Glace.

Les pompiers de Valcartier ont aussi suggéré l’augmentation de la surveillance de nuit.