Le maire a fait parvenir mercredi une lettre au fédéral pour lui faire part de l’intention de la Ville d’acquérir les terrains de l’ancien quartier militaire dans le secteur Sainte-Foy.

Guerre territoriale entre Québec et les Hurons-Wendat

Un conflit autour de l’acquisition des terrains de la Défense nationale sur le boulevard Hochelaga se dessine entre la Ville de Québec et la nation huronne-wendat.

Le maire de Québec a fait parvenir mercredi une lettre au ministre fédéral de la Défense, Harjit Singh Sajjan, pour lui faire part de l’intention de la Ville d’acquérir les quelque 12,3 hectares (123 000 mètres carrés) de terrains déclarés «excédentaires» après la démolition en septembre 2018 de l’ancien quartier militaire qui s’y trouvait et la construction d’un nouveau manège militaire. Carla Qualtrough, ministre de l’Accessibilité et des Services publics et de l’Approvisionnement a aussi été informée.

«Nous leur avons fait part de notre ferme intention de se porter acquéreur, a déclaré le maire, en marge d’une rencontre du conseil d’agglomération. Ça fait des années qu’on a informé le gouvernement fédéral qu’on voulait que se terrain se développe en harmonie avec ce qu’il y a autour. Il faut que ça soit strictement ou quasiment strictement du résidentiel, sinon quelques commerces en façade sur Hochelaga», insiste M. Labeaume.

Le maire avait un ton très solennel pour exprimer sa demande. «Il est important que ça se passe comme on le souhaite. Ils [le fédéral] savent très bien ce qu’on veut faire», ajoute-t-il, plaidant que les discussions à ce sujet avec Ottawa ont débuté en 2012.

Le maire demeure prudent lorsqu’on le questionne sur la «rivalité» qui s’installe entre la Ville et la nation huronne-wendat, qui convoite les mêmes terrains.

«Premièrement, je veux vous dire qu’on a d’excellentes relations avec la communauté. On ne veut pas embarquer dans ce débat-là. Ce qu’on dit c’est qu’on veut acquérir la propriété. On a de bonnes relations. Leur demande est légitime. Et notre demande est légitime aussi. Je fais ma job de maire de Québec.»

La Ville n’a pas encore arrêté définitivement son plan de développement, mais a déjà une idée sur le concept qui pourrait être mis de l’avant. «On aimerait potentiellement établir une centaine de familles dans des logements sociaux sur une portion du terrain. Nous voulons aussi que le boisé qui s’y trouve soit préservé intégralement.» Le reste du terrain serait consacré à des condos ou des maisons en rangée.  

M. Labeaume ne pouvait dire combien de personnes les lieux peuvent accueillir. Chose certaine, des promoteurs immobiliers ont déjà l’œil sur ces lots valant au moins 35 millions $. Pour la Ville, y renoncer équivaut à faire une croix sur des revenus de taxes supplémentaires.

Duclos favorable

Le problème, c’est que le ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, s’est déjà montré ouvert, au nom de son gouvernement, à céder ces terrains à la nation huronne-wendat.

«Le gouvernement du Canada a l’obligation et a l’opportunité de travailler avec la nation huronne-wendat dans un esprit de réconciliation et d’affirmation des peuples autochtones», avait lancé le ministre de la Famille en décembre dernier. Il confirmait alors que la demande faite par le grand chef Konrad Sioui était une des options retenues.

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KONRAD SIOUI SE DIT «UN PEU DÉÇU»

Pour Konrad Sioui, la cession des terrains à sa communauté et le renoncement de la Ville à vouloir les acquérir représentaient une véritable marque de réconciliation.

«J’étais convaincu qu’il appuierait la nation huronne-wendat.»

Le grand chef de la nation huronne-wendat de Loretteville, Konrad Sioui, a reçu mercredi un coup de fil du maire Labeaume avant que ce dernier s’adresse à la presse pour expliquer sa démarche.

«C’est un peu décevant. Ça fait partie du jeu. M. Labeaume a ses vues, ses objectifs. La conversation a été courte», lance celui qui pensait avoir l’appui de la Ville de Québec.

Le chef Sioui réitère, comme il l’avait fait avant les Fêtes, la nécessité d’acquérir de nouveaux terrains pour loger des membres de sa communauté. Actuellement, le territoire de Loretteville affiche complet et 851 Hurons-Wendat sont inscrits sur une liste d’attente.

«On pense que c’est normal que le fédéral réponde au besoin des Premières Nations. Si on est toujours les derniers sur la liste, on n’aura jamais rien. C’est ce qu’on plaide depuis deux ans. On a été entendu. Enfin, je l’espère», a déclaré M. Sioui lors d’un point de presse tenu quelques heures après l’annonce du maire de Québec.

En plus d’évoquer le manque d’espace, le grand chef rappelle que les terrains visés se situent dans les limites de la seigneurie de Sillery, territoire revendiqué depuis 1652. «Ça démontre comment on a été dépossédé dans le passé et comment le fédéral peut réparer un petit peu le tort.»

Marque de réconciliation

Pour lui, la cession de ces terrains à sa communauté et le renoncement de la Ville à vouloir les acquérir représentaient une véritable marque de réconciliation. 

«Tout reste à faire. On est dans une capitale nationale qui, sur le plan de l’image, n’a pas beaucoup réalisé à date l’exercice de réconciliation. Voici, c’est le temps de le faire. Tout le monde va y gagner. On va démontrer qu’il y a une bonne cohabitation. Ça va être une fierté pour la région», argumente M. Sioui.

Le sujet sera à l’ordre du jour des discussions lors de la visite à Québec vendredi du premier ministre Justin Trudeau. Le chef Sioui veut qu’Ottawa agisse rapidement. Il souhaite une réponse d’ici la tenue des élections fédérales à l’automne.