L’«infirmier de la rue» Gilles Kègle, qui préfère le titre de «missionnaire de la paix», voit la misère au quotidien depuis 33 ans. Sa fondation a besoin de 100 000 $ pour poursuivre sa mission.

Gilles Kègle appelle à l’aide

Gilles Kègle doit faire face à un nombre anormalement élevé de personnes décédées seules et sans-le-sou, pour qui sa fondation paie les services funéraires. Sans une aide financière d’urgence, celui qui a consacré sa vie aux plus démunis devra couper dans les services d’accompagnement aux personnes isolées et malades.

L’«infirmier de la rue», qui préfère le titre de «missionnaire de la paix», voit la misère au quotidien depuis 33 ans. Des personnes malades, vivant seul, sans aucun proche ou ignorées de leur famille et sans argent.

Cette fois, c’est sa fondation qui doit composer avec un potentiel manque de liquidités. «Je ne sais plus quoi faire», lance-t-il, quelque peu désemparé. 

Un des services de sa fondation est de fournir aux personnes défavorisées des funérailles dignes de ce nom. Gilles Kègle a reçu il y a quelques années de la maison funéraire Lépine-Cloutier un lot de 1000 places au cimetière La Souvenance à Sainte-Foy pour y déposer les cendres de ceux et celles qu’il refuse d’abandonner. Ils sont déjà 500 à y reposer.

Seulement le quart de sa clientèle bénéficie des 2500 $ offerts par la Régie des rentes du Québec pour des funérailles de base. La Fondation paie donc pour la majorité. 

Le problème est que le nombre de bénéficiaires a considérablement augmenté depuis les dernières années. En 2012, sa fondation avait pris en charge 26 personnes dont les corps n’avaient pas été réclamés dans les six derniers mois ou dont les proches n’avaient pas les moyens ou l’envie d’offrir une sépulture.

L’année suivante, il avait tenu une cérémonie religieuse pour 23 personnes décédées en seulement six mois. La prochaine qui aura lieu ce vendredi à l’église Saint-Roch commémorera le décès de 43 personnes décédées depuis octobre 2018 seulement.

«On s’en va vers une année de plus de 80 décès pris en charge. À l’automne, je ne suis plus sûr d’avoir l’argent pour leur offrir des funérailles», se désole l’homme de 77 ans. 

2 millions de visites

Depuis sa création, la Fondation offre aussi des visites et de l’accompagnement auprès des personnes malades, en collaboration avec les services de santé. Gilles Kègle estime que la quarantaine de bénévoles et lui-même ont effectué, au fil des ans, 2 millions de visites. Sans compter les 150 repas par mois cuisinés et livrés à des personnes, qui autrement, «mangeraient des croûtes», selon son expression.

«Si on me demande ce que je dois faire entre les nourrir et leur offrir des funérailles, je vais continuer à les nourrir», reconnaît-il, sans pourtant vouloir abandonner les services funéraires. «Pourquoi les pauvres n’ont-ils pas le droit à la dignité», questionne-t-il pour justifier l’importance de ce service.

Le vieillissement de la population peut expliquer la hausse des demandes. Il avait pourtant vu venir le coup. «Je savais que ça arrivait. J’ai fait une demande d’aide financière au ministère de la Santé avant les élections de 2018. Et ça m’a été refusé. Ils ont répondu qu’ils n’avaient pas d’argent pour ça», lance-t-il encore d’un ton peiné.

Il considère la situation d’autant plus injuste qu’il a toujours fonctionné sans l’aide du gouvernement et seulement avec les dons provenant directement du public.

Gilles Kègle calcule l’aide nécessaire à 100 000 $. Sa sortie publique est un véritable cri du cœur aux noms de personnes laissées sans voix. «J’ai toujours dit qu’on découvre les gens derrière des portes closes, parfois morts seuls depuis plusieurs jours. Les pauvres, ça ne crie pas. Ils sont étouffés par la misère. C’est ça ma clientèle.»

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