Faisant irruption sur les remparts du Vieux-Québec, un petit contingent d’hommes faisant flotter des drapeaux du groupe ultranationaliste Atalante Québec a dévoilé une grande banderole où était inscrit: «Le Québec aux Québécois».

Gauche et droite se défient sans heurts à Québec

Accusant le gouvernement Couillard de bafouer le peuple québécois, des groupes identitaires ont manifesté samedi en marge du congrès du Parti libéral, à Québec.

Les mouvements identitaires Storm Alliance et La Meute étaient les deux principaux acteurs de cette manifestation, à laquelle s’est aussi invité le groupe d’extrême droite Atalante Québec. Seuls les deux premiers s’étaient donné rendez-vous au parc de l’Amérique française, à 11h. 

La marche vers l’Assemblée nationale a été lancée peu après midi, sous une pluie soutenue. Les quelques centaines de membres de Storm Alliance ont été les premiers à prendre la rue en scandant «Dehors Couillard!»

Avec eux, des membres des III % Québec, qui se décrivent comme une milice, marchaient en périphérie pour «assurer la sécurité» des manifestants. Munis de vêtements aux couleurs militaires, dont des vestes pare-balles, les III % étaient «les bienvenus» à titre «de citoyens», a expliqué David Treggett, président et fondateur de Storm Alliance. Des journalistes de CBC ont rapporté avoir vu des membres de la milice armés de matraques. Le Soleil n’en a cependant pas été témoin, pas plus que le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). 

Un second cortège, uniquement formé de La Meute — qui avait aussi son propre service de sécurité —, a amorcé une marche silencieuse à quelques mètres derrière Storm Alliance. Les deux groupes, séparés par une ligne de policiers antiémeutes, ne se sont pratiquement pas mélangés.

Confrontation évitée

Au même moment, une centaine de militants terminant un rassemblement antiraciste devant l’Assemblée nationale ont entamé une marche afin d’aller à la rencontre des groupes identitaires. Menée par une vingtaine d’hommes et de femmes cagoulés, la contre-manifestation s’est rapidement heurtée à une large escouade antiémeute du SPVQ, au coin du boulevard René-Lévesque et de l’avenue Honoré-Mercier. 

Énervés à la vue des manifestants identitaires, immobilisés à une centaine de mètres devant eux sur René-Lévesque, les antifascistes ont commencé à invectiver les policiers, les accusant d’être à la solde des «riches et des fascistes». Les agents ont répliqué en enfilant des masques à gaz et en avançant sur les contre-manifestants, les forçant à reculer afin de laisser place à la marche de La Meute et de Storm Alliance.  

Menée par une vingtaine d’hommes et de femmes cagoulés, la contre-manifestation antiraciste s’est rapidement heurtée à une large escouade antiémeute du SPVQ sur le boulevard René-Lévesque.

Tentant de «garder la rue» malgré la charge policière, l’attention des antifascistes s’est soudainement tournée vers un autre groupe, derrière eux. Faisant irruption sur les remparts du Vieux-Québec, un petit contingent d’hommes faisant flotter des drapeaux du groupe ultranationaliste Atalante Québec a dévoilé une grande banderole où était inscrit: «Le Québec aux Québécois». 

À peine le temps pour quelques contre-manifestants d’échanger insultes et injures avec les représentants d’Atalante que les policiers amorçaient une autre charge, repoussant les antifascistes devant l’Assemblée nationale, puis au parc des Champs-de-Bataille. Des gaz irritants ont été utilisés à quelques reprises.

Tentant en vain de freiner les policiers avec des balles de neige et des barrières de métal, les contre-manifestants se sont retrouvés en quelques minutes sur les plaines d’Abraham, se dispersant peu à peu par la suite. 

Une fois la voie dégagée, la manifestation de Storm Alliance et de La Meute a culminé comme prévu devant le parlement. À un certain point, même le groupe aux couleurs d’Atalante Québec, qui n’était pas officiellement inclus dans la manifestation, est parvenu à traverser la ligne policière et s’est placé aux côtés des manifestants.

44 arrestations

La police de Québec a fait état de 44 arrestations, probablement tous des contre-manifestants, au terme des manifestations. Un premier groupe de 21 individus a été interpelé sur la rue Saint-Joachim aux alentours de 13h, puis un autre de 23 individus devant l’Assemblée nationale à la toute fin des manifestations, vers 14h.

Selon l’inspecteur André Turcotte, du SPVQ, des lance-pierres, des billes de métal, des armes blanches, des déguisements et des bouteilles d’un liquide non identifié ont été saisis.

Un premier groupe de 21 individus a été interpelé par la police sur la rue Saint-Joachim aux alentours de 13h, samedi.

Les personnes arrêtées devaient être rencontrées une à une. Elles pourraient faire face à des accusations pour attroupement illégal ou pour avoir porté un déguisement dans un dessein dangereux.

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COITEUX FÉLICITE LES POLICIERS

Le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux juge que les policiers sont intervenus «en temps opportun» samedi, faisant preuve d’une «répression adéquate, mesurée» contre les manifestants qui ont envahi la colline parlementaire. 

M. Coiteux a trouvé les agents du Service de police de Québec et de la Sûreté du Québec «très efficaces» et «bien déployés sur le territoire». Il a fait ces commentaires juste après que ceux-ci aient arrêté une vingtaine de manifestants, en milieu d’après-midi. 

«Les gens qui commettent des gestes illégaux doivent répondre de leurs gestes tout simplement. Peu importe de quel côté du spectre politique ils vont se situer», a-t-il ajouté. 

Le Centre des congrès de Québec, où étaient réunis les militants du Parti libéral samedi, a été sous haute sécurité toute la journée. Il n’était pas possible d’y entrer sur l’heure du lunch, au plus fort des manifestations. 

Le Centre des congrès de Québec, où étaient réunis les militants du Parti libéral samedi, a été sous haute sécurité toute la journée.

Le premier ministre Philippe Couillard n’a pas semblé ébranlé par la présence des groupes d’extrême droite et d’extrême gauche dans les rues de la ville. «Je ne leur donnerai pas plus d’attention qu’ils ne le méritent», a-t-il rapidement commenté dans les couloirs du Centre des congrès. 

M. Coiteux croit pour sa part qu’il ne faut pas faire de liens entre le 33e Congrès des membres du Parti libéral et les manifestations. «C’est un événement [le congrès] qui, en soi, n’a rien à voir avec ce qu’on voit à l’extérieur à l’heure actuelle.»

Il ajoute que son gouvernement n’a pas non plus à se sentir visé par les messages véhiculés. «Je pense qu’ils envoient leurs messages à eux. C’est pas un message au gouvernement.»  Patricia Cloutier